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Poésie

Articles Tagués ‘renaître’

Dérive en rouge (Kettly Mars)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013



Bogdan Prystrom 538 

Dérive en rouge

Parce que chaque mot cache une fin du monde
et que l’ombre rend plus vive la lumière
la vie belle de sa blessure rouge
flamboie de tristesses éparpillées
Un rouge exubérant à en mourir
un rouge à aimer sans prendre souffle
à boire comme un merveilleux poison

Le rouge de mon amour me brûle si fort
Le flamboyant rouge au silence violent
feu de joie ou sacrifice sanglant
le flamboyant carnivore suce le sang de l’été
mon coeur en fait autant, j’en suis maculée
Nous sommes comme des amants voraces

Qui me dira qu’il n’est pas beau de pleurer
qui me dira de me livrer dans l’instant vermeil
et pourquoi le sang tenace de l’été renaît
dans l’orgasme du flamboyant

Un pétale deux pétales trois pétales
rouge sang rouge vulve rouge Ogou
Tu dérives ma fille, tu dérives et t’emmêles
point de garde fou dans la saison du flamboyant
La passion est rouge, rouge et mouvante
elle exulte au coeur de l’été en chute libre

Et mon désir sans aucune honte me colle au corps
omniprésent omnivore affamé d’instants multicolores
Le rouge flamboyant dans mes veines réclame son dû
comme les lèvres dévorantes d’un été scandaleux

(Kettly Mars)

Illustration: Bogdan Prystrom

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Rien de plus (Maggy De Coster)

Publié par arbrealettres le 5 mai 2013



Branko Bahunek (8) 

Rien de plus

Rien de plus
Rien de moins
Rien du tout
Trois fois rien
J’existe encore
Et pour longtemps
Longtemps à attendre
À rêver
À rêver du rêve
Rêve sans trêve
Rêve d’espérance
Histoire de vivre
Vivre sans trêve

Chaque jour
Renaît l’espoir
Puis il disparaît
Et vient l’après
L’après-qui-dure
L’après-qui-s’installe
Dans le jeu de l’après
Règne la permanence
La permanence du doute
Et du doute naît la raison
De la raison naît le choix
Choix du possible
Ou de l’impossible

Et se dédouble le je
Pour ne pas se prendre au jeu
Le jeu du hasard
Le hasard qui nous surpasse
Et qui se confond avec le sort
Le sort, incarnat du bon et/ou du mauvais

(Maggy De Coster)

Illustration: Branko Bahunek

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La terre de ce corps (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



 

La terre de ce corps
Veut
Retourner à la terre

L’eau de mon corps
Veut
Remonter au nuage

L’air de mon corps
Veut
Retrouver l’espace

Le feu de mon corps
Veut
Brûler n’importe où

Les cendres du désir
Veulent renaître

Et je n’aurai jamais

Qu’une âme
Unique pour répéter
Ces mensonges

(Werner Lambersy)

Illustration: Louis Treserras

 

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Roses ardentes (Charles Van Lerberghe)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



Roses ardentes
Dans l’immobile nuit,
C’est en vous que je chante,
Et que je suis.

En vous, étincelles,
A la cime des bois,
Que je suis éternelle,
Et que je vois.

Ô mer profonde,
C’est en toi que mon sang
Renaît vague blonde,
En flot dansant.

Et c’est en toi, force suprême,
Soleil radieux,
Que mon âme elle-même
Atteint son dieu !

(Charles Van Lerberghe)

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Cachée en ce beau lit de branches… (Charles Van Lerberghe)

Publié par arbrealettres le 21 avril 2013



Brad Kunkle  h feuille

 

Cachée en ce beau lit de branches et de feuilles,
Sur cet autel de mousse où j’ai versé des roses,
De la myrrhe et du miel,
Tendrement je te porte, et doucement te pose,
Ô fille morte
De l’éternel soleil !

Et voici que je t’ouvre encore,
Comme autrefois la porte d’or,
Éclatante et sonore,
Et qu’à mon souffle tu renais,
Fille des primitives forêts,
Et que tu danses et t’enivres
De revoir la lumière et de vivre.

Le vent dénoue ta chevelure
De mille étincelles, et ta ceinture
Immense de feu ;
Tu as des ailes
D’abeille blonde et d’oiseau bleu.

Que les airs embrasés gardent ta trace,
Et ta présence parfumée ;
Flamme, ne meurs pas tout entière
Toi dont je baise la cendre ardente,
Ame pure, âme claire,
Divinité future.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Parmi des chênes, accoudée (Jean Moréas)

Publié par arbrealettres le 21 avril 2013



Todd Williams (59)

 

Parmi des chênes, accoudée
Sur la colline au vert gazon,
Se dresse la blanche maison,
De chèvrefeuille enguirlandée.

A la fenêtre, où dans des pots,
Fleurit la pâle marguerite,
Soupire une autre Marguerite :
Mon coeur a perdu son repos…

Le lin moule sa gorge plate
Riche de candides aveux,
Et la splendeur de ses cheveux
Ainsi qu’un orbe d’or éclate.

Va-t-elle murmurer mon nom ?
Irons-nous encor sous les graves
Porches du vieux bourg des burgraves ?
Songe éteint, renaîtras-tu ? – non !

(Jean Moréas)

Illustration: Todd Williams

 

 

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Vigne (J.J. Grandville)

Publié par arbrealettres le 21 mars 2013



Vigne

Les vendangeuses sont parties pour la vendange,
elles vont cueillir le raisin mûr.
Écoutez leurs cris et leurs chansons,
maintenant qu’elles reviennent;
voyez leurs yeux comme ils brillent;
la chaleur des grappes vermeilles s’est répandue sur leur visage.
Elles se tiennent par la main, et elles chantent en choeur
la chanson de la vigne, la jolie chanson du vigneron.

Je suis le mari de la vigne.
Alerte, bon vigneron!
J’étais bien jeune quand je l’ai épousée, et elle aussi,
la pauvre petite vigne;
elle n’était pas plus haute que ma main.
Je lui suis resté bien fidèle, pourtant.
C’était ma maîtresse, mon trésor le plus précieux.
Le dimanche, je le passais auprès d’elle;
j’écartais les cailloux de son chemin,
j’arrachais les mauvaises herbes de ses pas,
je passais de longues heures devant elle à la regarder.
Hiver, été; par le chaud, par le froid; par le vent, par la pluie,
c’est pour elle que je travaillais.
Il ne faut pas rester les bras croisés quand on est le mari de la vigne.

Toujours nous avons fait bon ménage.
Voyez les jolis enfants qu’elle m’a donnés!
Leur troupe couvre le côteau, et puis là-bas, dans la plaine,
voilà mes petits-enfants.
Chantons la vigne, la femme du vigneron.
Le vin n’a jamais fait de lâches ni de traîtres; le vin attire
le coeur sur les lèvres. C’est la vigne qui nous donne le vin!
Aussi, quand au printemps elle livre à la brise
le parfum pénétrant de sa petite fleur verte,
tout le monde est heureux,
tout le monde se sent renaître, et l’on attend l’automne
pour célébrer le mari et la femme,
la vigne et le vigneron.

(J.J. Grandville)

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LE SENS DU MONDE (Pascal Bonetti)

Publié par arbrealettres le 16 mars 2013




LE SENS DU MONDE

Mais au fond n’est-ce pas cela le sens du monde ?
Cette oscillation permanente et sans fin
De l’âme humaine entre l’enfer et le divin,
De l’angoisse à l’espoir et du pur à l’immonde…

Ces cadences de haine et d’amour, ces combats
Sans répit ni repos du soleil et de l’ombre,
Ces luttes sans merci de l’unique et du nombre,
Ces éternels coups d’aile et ces pas dans les pas ?

— Oui, nous sommes d’un temps qui ne tire trophée
Que de la boue, et du seul mal fait son butin,
C’est vrai ! Garde pourtant ta foi dans le destin !
Danse comme David ! Et chante comme Orphée !

Mais, plus sage que lui, va droit à l’avenir !
Pour qu’en tes yeux encor la grâce resplendisse,
Ne te retourne pas, tu perdrais Eurydice !
Sois de ceux que la nuit n’oserait retenir !

Car ce qui fut ne fut que pour ce qui doit être
Et le sens de ce monde en l’impassible azur
C’est d’aller à sa mort en le sachant, mais sûr
Que de sa cendre, un jour, le Jour devra renaître.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Janice VanCronkhite

 

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Poésie (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 19 février 2013



Poésie

Ce qui est plus que le mot
mais que le mot délivre

Ce qui est périssable
mais qui renaît devant

Ce qui sombre à foison
mais sans cesse se bâtit

Ce qui nous passe toujours
mais dont nous sommes semence

Ce qui a nom de vie
mais que les jours écartent

Ce qui est évidence
mais qui reste en suspens.

(Andrée Chedid)


Illustration

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POÉSIE II (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 18 février 2013



 

Kristoffer Zetterstrand CloudRose

POÉSIE II

Ce qui est plus que le mot
mais que le mot délivre

Ce qui est périssable
mais qui renaît devant

Ce qui sombre à foison
mais sans cesse se bâtit

Ce qui nous passe toujours
mais dont nous sommes semence

Ce qui a nom de vie
mais que les jours écartent

Ce qui est évidence
mais qui reste en suspens.

(Andrée Chedid)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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