Articles Tagués ‘rire’
Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
Evasion
Le vert du feuillage
Eclate d’un rire de jeunesse
Sur le bleu tendre du ciel
Et s’élève des roses
Un parfum de velours
Le matin glisse sans bruit
Je quitte la maison
Où mes désirs sont captifs
Pour respirer la joie
Au milieu des champs
J’écoute le rire des pierres
Sur les lèvres du chemin
Je croque à belles dents
Dans la chair du jour
Sous un ciel comblé
De nuages folâtres
Qui broutent la colline
La surface de l’étang
Reflète la paix
Des eaux profondes
(Jean-Baptiste Besnard)
Publié dans poésie | Tagué: désir, tendre, parfum, étang, respirer, pierre, ciel, maison, bleu, glisser, rose, rire, lèvre, éclater, chair, joie, jeunesse, feuillage, vert, comblé, paix, évasion, croquer, s'élever, brouter, profonde, velours, folâtre, (Jean-Baptiste Besnard) | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
![Max Gasparini - (19) [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/max-gasparini-19-1280x768.jpg?w=863&h=607)
Un billet de femme
Puisque c’est toi qui veux nouer encore
Notre lien,
Puisque c’est toi dont le regret m’implore,
Ecoute bien :
Les longs serments, rêves trempés de charmes,
Ecrits et lus,
Comme Dieu veut qu’ils soient payés de larmes,
N’en écris plus !
Puisque la plaine après l’ombre ou l’orage
Rit au soleil,
Séchons nos yeux et reprenons courage,
Le front vermeil.
Ta voix, c’est vrai ! Se lève encor chérie
Sur mon chemin ;
Mais ne dis plus : " A toujours ! " je t’en prie ;
Dis : " A demain ! "
Nos jours lointains glissés purs et suaves,
Nos jours en fleurs ;
Nos jours blessés dans l’anneau des esclaves,
Pesants de pleurs ;
De ces tableaux dont la raison soupire
Ôtons nos yeux,
Comme l’enfant qui s’oublie et respire,
La vue aux cieux !
Si c’est ainsi qu’une seconde vie
Peut se rouvrir,
Pour s’écouler sous une autre asservie,
Sans trop souffrir,
Par ce billet, parole de mon âme,
Qui va vers toi,
Ce soir, où veille et te rêve une femme,
Viens ! Et prends-moi !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Max Gasparini
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), âme, écouter, écrire, billet, charmé, esclave, femme, glisser, implorer, lien, nouer, ombre, orage, parole, payer, plaine, pleur, prendre, rêver, regret, rire, s'oublier, se lever, soleil, souffrir, soupirer, tremper, veiller, venir | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Puisque ma bouche a rencontré
Sa bouche, il faut me taire. Trêve
Aux mots creux. Je ne montrerai
Rien qui puisse trahir mon rêve.
Il faut que je ne dise rien
De l’odeur de sa chevelure,
De son rire aérien,
Des bravoures de son allure,
Rien des yeux aux regards troublants,
Persuasifs, cabalistiques,
Rien des épaules, des bras blancs
Aux effluves aromatiques.
Je ne sais plus faire d’ailleurs
Une si savante analyse,
Possédé de rêves meilleurs
Où ma raison se paralyse.
Et je me sens comme emporté
Epave en proie au jeu des vagues,
Par le vertige où m’ont jeté
Ses lèvres tièdes, ses yeux vagues.
On se demandera d’où vient
L’influx tout-puissant qui m’oppresse,
Mais personne n’en saura rien
Que moi seul … et l’Enchanteresse.
(Charles Cros)
Publié dans poésie | Tagué: (Charles Cros), aromatique, bouche, bravoure, cabalistique, chevelure, effluve, enchanteresse, influx, lèvre, persuasif, possession, proie, rêve, rire, taire, trêve, troublant, vague, vertige | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 14 juin 2013

Dans l’étang,
C’était toi.
C’était en toi,
L’étang.
C’était nous deux, ce rire
Dans le chemin bordé de ronces.
Et nos mains réunies, c’était beaucoup de sève,
Et nos regards d’envahisseurs,
C’était le noir vers l’ouverture,
C’était le minéral ennuyé de sa masse
Qui se veut liane dans l’espace.
Nous deux dans l’herbe
Avec la terre, avec le ciel,
C’était l’espoir
De tous les autres dans le vent.
Ce que nous fîmes,
C’était gagné pour tous.
Et c’est bénis par l’air au nom de ce qu’il touche
Que le chemin nous a repris.
(Guillevic)
Illustration: Vladimir Kush
Publié dans poésie | Tagué: toi, étang, ciel, espoir, (Guillevic), herbe, vent, ronce, chemin, espace, reprendre, rire, toucher, ouverture, gagner, sève, bénir, anecdote, regards, ennuyé, liane | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 12 juin 2013

Laisse-nous pleurer
Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer !
Promets-nous à jamais le soleil, la nuit même,
Oui, la nuit à jamais, promets-la-moi ! Je l’aime,
Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils,
Son rêve errant toujours et toujours ses réveils,
Et toujours, pour calmer la brûlante insomnie,
D’un monde où rien ne meurt l’éternelle harmonie !
Ce monde était le mien quand, les ailes aux vents,
Mon âme encore oiseau rasait les jours mouvants,
Quand je mordais aux fruits que ma soeur, chère aînée,
Cueillait à l’arbre entier de notre destinée ;
Puis, en nous regardant jusqu’au fond de nos yeux,
Nous éclations d’un rire à faire ouvrir les cieux,
Car nous ne savions rien. Plus agiles que l’onde,
Nos âmes s’en allaient chanter autour du monde,
Lorsqu’avec moi, promise aux profondes amours,
Nous n’épelions partout qu’un mot : " Toujours ! Toujours ! "
Philosophe distrait, amant des théories,
Qui n’ôtes ton chapeau qu’aux madones fleuries,
Quand tu diras toujours que vivre c’est penser,
Qu’il faut que l’oiseau chante, et qu’il nous faut danser,
Et qu’alors qu’on est femme il faut porter des roses,
Tu ne changeras pas le cours amer des choses.
Pourquoi donc nous chercher, nous qui ne dansons pas ?
Pourquoi nous écouter, nous qui parlons tout bas ?
Nous n’allons point usant nos yeux au même livre :
Le mien se lit dans l’ombre où Dieu m’apprend à vivre.
Toi, qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer.
Vois, si tu n’as pas vu, la plus petite fille
S’éprendre des soucis d’une jeune famille,
Éclore à la douleur par le pressentiment,
Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment,
Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole
Qu’elle croit endormie au son de sa parole :
Fière du vague instinct de sa fécondité,
Elle couve une autre âme à l’immortalité.
Laisse-lui ses berceaux : ta raillerie amère
Éteindrait son enfant… Tu vois bien qu’elle est mère.
À la mère du moins laisse les beaux enfants,
Ingrats, si Dieu le veut, mais à jamais vivants !
Sinon, de quoi ris-tu ? Va ! J’ai le droit des larmes ;
Va ! Sur les flancs brisés ne porte pas tes armes.
Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre innocence, ou laisse-nous pleurer !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Carrie Vielle
Publié dans poésie | Tagué: coeur, écouter, chercher, âme, aimer, soleil, danser, douleur, pleurer, rendre, rire, innocence, sommeil, enfant, ignorance, laisser, vivre, parler, larme, onde, harmonie, astre, famille, promettre, épeler, flambeau, agile, berceau, fécondité, (Marceline Desbordes-Valmore), philosophe, arme, se déchirer, prompt, idole, immortalité, raillerie | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Les roses
L’air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
Elle riait du dépit de l’amour :
Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.
Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l’heure des concerts ;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.
Tandis qu’aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.
Ô ma mère ! On eût dit qu’une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.
J’écoutais, j’entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,
Je m’endormis. Ne grondez pas, ma mère !
Dans notre enclos qui pouvait pénétrer ?
Moutons et chiens, tout venait de rentrer.
Et j’avais vu Daphnis passer avec son père.
Au bruit de l’eau, je sentis le sommeil
Envelopper mon âme et mes yeux d’un nuage,
Et lentement s’évanouir l’image
Que je tremblais de revoir au réveil :
Je m’endormis. Mais l’image enhardie
Au bruit de l’eau se glissa dans mon coeur.
Le chant des bois, leur vague mélodie,
En la berçant, fait rêver la pudeur.
En vain pour m’éveiller mes compagnes chéries,
En me tendant leurs bras entrelacés,
Auraient fait de mon nom retentir les prairies ;
J’aurais dit : " Non ! Je dors, je veux dormir ! Dansez ! "
Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire ;
Des songes prêts à fuir je retenais l’essor ;
Mais las de voltiger, (ma mère, j’en soupire,)
Ils disparurent tous ; un seul me trouble encor,
Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière ;
Son ombre s’approcha de mon sein palpitant :
C’était une ombre, et j’avais peur pourtant,
Mais le sommeil enchaînait ma paupière.
Doucement, doucement, il m’appela deux fois ;
J’allais crier, j’étais tremblante ;
Je sentis sur ma bouche une rose brûlante,
Et la frayeur m’ôta la voix.
Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux :
Ô ma mère ! Il a vu mon rêve dans mes yeux !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Abdalieva Akzhan
Publié dans poésie | Tagué: soupirer, amour, fleur, sourire, bouche, rêve, danser, chaleur, rose, yeux, rire, abeille, couronné, voile, sommeil, pur, fête, zéphyr, murmurer, chanson, prairie, réveil, mousse, tremblant, tourbillon, brûlant, frayeur, essor, voltiger, (Marceline Desbordes-Valmore), concert, cintiller | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Les deux amitiés
Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.
L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Alexandre Sulimov
Publié dans poésie | Tagué: coeur, amour, douce, nuit, fleur, toujours, rire, souvenir, charmé, orage, amitié, jeunesse, enfance, aurore, nuage, luire, ignorance, confiance, ressembler, éprouver, avenir, craintif, préparer, guider, craindre, essor, pleur, s'avancer, (Marceline Desbordes-Valmore), s'élancer, imprudence, respecter, aimable, indocile | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 8 juin 2013
St-Sulpice
L’aiguille de ma montre
Compte le temps
Cependant que je le vis
Et je m’en ris
Puisque seul un poète dit
Ce qui vaut d’être dit
(Pierre Albert-Birot)
Publié dans poésie | Tagué: (Pierre Albert-Birot), aiguille, compter, dire, montre, poète, rire, temps, vivre | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 5 juin 2013

Ame et jeunesse
Puisque de l’enfance envolée
Le rêve blanc,
Comme l’oiseau dans la vallée,
Fuit d’un élan ;
Puisque mon auteur adorable
Me fait errer
Sur la terre où rien n’est durable
Que d’espérer ;
A moi jeunesse, abeille blonde
Aux ailes d’or !
Prenez une âme, et par le monde,
Prenons l’essor ;
Avançons, l’une emportant l’autre,
Lumière et fleur,
Vous sur ma foi, moi sur la vôtre,
Vers le bonheur !
Vous êtes, belle enfant, ma robe,
Perles et fil,
Le fin voile où je me dérobe
Dans mon exil.
Comme la mésange s’appuie
Au vert roseau,
Vous êtes le soutien qui plie ;
Je suis l’oiseau !
Bouquets défaits, tête penchée,
Du soir au jour,
Jeunesse ! On vous dirait fâchée
Contre l’amour.
L’amour luit d’orage en orage ;
Il faut souvent
Pour l’aborder bien du courage
Contre le vent !
L’amour c’est Dieu, jeunesse aimée !
Oh ! N’allez pas,
Pour trouver sa trace enflammée,
Chercher en bas :
En bas tout se corrompt, tout tombe,
Roses et miel ;
Les couronnes vont à la tombe,
L’amour au ciel !
Dans peu, bien peu, j’aurai beau faire :
Chemin courant,
Nous prendrons un chemin contraire,
En nous pleurant.
Vous habillerez une autre âme
Qui descendra,
Et toujours l’éternelle flamme
Vous nourrira !
Vous irez où va chanter l’heure,
Volant toujours ;
Vous irez où va l’eau qui pleure,
Où vont les jours ;
Jeunesse ! Vous irez dansante
A qui rira,
Quand la vieillesse pâlissante
M’enfermera !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Sol Halabi
Publié dans méditations, poésie | Tagué: bonheur, âme, amour, aile, ciel, rêve, robe, chemin, bouquet, oiseau, errer, rire, couronné, voile, éternelle, jeunesse, nourrir, enfance, emporter, espérer, or, élan, vallée, trace, soutien, tombe, exil, vieillesse, essor, (Marceline Desbordes-Valmore), enflammée, fâchée | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 5 juin 2013

A l’amour
Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.
Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.
Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.
Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;
Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !
Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !
Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.
Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.
Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.
L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.
Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…
Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.
Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Otto Lohmuller
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), abhorrer, amour, apprendre, artifice, aveux, éloquence, éterniser, charmé, complice, courage, cruel, désespoir, détester, douloureux, effort, envoyer, froid, haïr, hélas, ingrat, larme, mourir, oser, perfide, pleur, portrait, revenir, rire, rougir, s'enfuir, séparer, souffrir, sourire, supplice, témoin, trésor, trompeuse | Poster un commentaire »