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Articles Tagués ‘sable’

Allez ! (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013



 

Mihai Criste   (19)

Allez ! et qu’on multiplie,
Dieu à chacun s’est donné
pour la mort et poux la vie
et chaque fois tout entier.
Prestige de l’Absolu,
éloge de la pensée.
Monde jaugé retenu :
esprit, tiens la fleur doublée.
Face à Face l’Intouchable
je le sens grandir en moi
et répéter le miracle
seul d’être à tous à la fois.
Je n’ouvre pas une fable,
je ne suis pas le portier
mais j’entre, le coeur troublé,
dans de grands pays de sable
parmi les miraculés.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Mihai Criste

 

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Mer et forêt sont pareilles (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013



 

mer  20090422_082443_

Mer et forêt sont pareilles,
pareils leurs sables de fond,
aussi leurs autels pareils,
pareilles leurs oraisons.
Voile au vent de la mémoire
atteindrons-nous le savoir,
l’Absolu dans le grimoire ?
Savoir c’est don de revoir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013




Pesanteur et tendresse, soeurs aux signes semblables,
Lourdes roses pour les guêpes et les mouches à miel.
L’homme agonise, la chaleur s’échappe du sable
Et sur de noirs brancards git le soleil d’hier.

La pierre est plus légère qu’à ma bouche ton nom.
Ô ! lourds rayons des ruches et vous tendres réseaux !
Je n’ai pour vivre désormais d’autre raison —
Ce beau souci, du temps surmonter le fardeau.

Je bois comme une eau noire l’air soudain troublé.
Le soc creuse le temps. La rose fut de terre
Et son lent tourbillon fit des couronnes doubles
Des lourdes tendres roses — tendresse et pesanteur.

(Ossip Mandelstam)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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ODE A DES FLEURS JAUNES (Pablo Neruda)

Publié par arbrealettres le 17 mai 2013



ODE A DES FLEURS JAUNES

Sur l’azur mouvant ses azurs,
la mer, et sur le ciel,
des fleurs jaunes.

Octobre vient.

Et malgré
l’importance de la mer développant
son mythe, sa mission, son levain,
il éclate
sur le sable d’or
d’une seule
plante jaune
et ses yeux
s’amarrent
la terre,
fuyant la vaste mer et ses palpitations.

Poussière nous sommes et serons.
Ni air, ni feu, ni eau
mais
terre,
seulement terre
nous serons
et peut-être
des fleurs jaunes.

(Pablo Neruda)


Illustration: John Gormsen

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Je m’ensevelis dans le sable blanc (Marie-Marcelle Ferjuste)

Publié par arbrealettres le 5 mai 2013



 

Je m’ensevelis dans le sable blanc
Comme les huîtres s’y engloutissent
pendant que pleurent les écrevisses
et se courbent les flamboyants
Dans le va-et-vient des lames
Je regarde le bleu de la mer
Où monte un doux Pater Noster
tandis qu’arrivent les rames
À l’ombre des cocotiers
au loin je vois naviguer les voiliers
quand sur le sable descend le soir
Au fur et à mesure au gré des flots
le sable blanc devient noir très noir
et l’univers se ferme sur mon visage

(Marie-Marcelle Ferjuste)

Illustration: William Bouguereau

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Mensonge (Michèle Voltaire Marcelin)

Publié par arbrealettres le 4 mai 2013



 

Mensonge

Ils m’ont menti, ceux qui m’ont dit un jour je serais plus tranquille.
Ils m’ont trompée.
Rien ne meurt avec l’âge.
Ni l’envie d’amour, ni celle des baisers.
Et mon coeur fou me fait parfois oublier ce corps encombrant alourdi par les ans.
Si facilement séduit pourtant, si passe de trop près, un homme aux yeux trop doux.
Et je tressaille du même désir, cent fois retrouvé, quand un danseur me chavire, ses doigts agrafés à mon cou.
Quelle chaleur soudain m’envahit à un éclat de rire?
Me donne envie de mordre à pleines dents ces lèvres heureuses?

Ils m’ont menti.
Je ne fais deuil de rien.
J’ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine
dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits, épaules nues au vent.
Des envies de culbutes aux membres emmêlés.
De baisers dont la saveur serait celle de la pulpe des mangues, et m’empliraient la bouche de leur sirop de miel.
D’une langue qui aurait la fraîcheur de l’eau d’une fontaine.
J’ai des envies de sexes durs comme du verre.
Des envies de peau chaude et d’aisselles dont je lècherais le sel, et plus bas encore dans l’odeur de fougère.
Je rêve à la brûlure si douce du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir comme celui de l’oiseau soudain désencagé.
J’ai dans mes mains des envies de caresses, dans mes oreilles le doux gémir qui suit une nuque frôlée.

Et vous passez sans me voir, laissant flotter autour de moi votre parfum de bête libre.
Sans savoir que mes yeux vous ont déjà appuyé contre ce mur, et mes bras cadenassé votre corps.
Que je vous ai de la tête aux pieds, comme une menthe, sucé.
N’avez-vous pas senti mes doigts dans vos cheveux?
Et du plus loin que je me garde, très loin de vous, lorsque je vous regarde, ne sentez-vous pas cette jouissance qui roule en moi?

Vous ne savez donc pas qu’ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour, je serais plus tranquille?

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Bill Viola

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Il me vient parfois (Évelyne Trouillot)

Publié par arbrealettres le 4 mai 2013



 

George Clausen  YouthMourning_1916_

Il me vient parfois la pudeur
de la mer
devant le sable

(Évelyne Trouillot)

Illustration: George Clausen

 

 

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Que faire de la petite voix (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013




Que faire de la petite voix
Sans voix
Qui dit des choses
Qu’on ne dit pas
Même
A l’oreille qui n’entend pas

On la connaît grain de sable
Tombée des meules
De la montagne
Où presque personne ne va

On la savait goutte de pluie
D’une pluie
Dont les dernières
Moussons faisaient cadeaux

On traîne ce lambeau d’âme
Comme une carie
Parmi les canines aiguisées
Du quotidien

Et les molaires
Mâcheuses de crépuscules

La parole sans verbe envoie
Ses marteaux-piqueurs
Défoncer
La mosaïque de nos images

Et les parpaings mal ajustés
Du silence
Ecrasent le reste en tombant

Laissant
Sur ces gravats
Les luzernes dorées et folles

(Werner Lambersy)

Illustration: Jeana Sohn

 

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ANTIENNE D’AMOUR (Kathleen Raine)

Publié par arbrealettres le 26 avril 2013




ANTIENNE D’AMOUR

Par le vent voyageur
Par les nuages sans trêve
Par l’espace du ciel,

Par l’écume des brisants
Par la courbe de la vague
Par le flux des marées,

Par le sillage du soleil
Par l’éclat de la lumière
Par l’étrave sur la mer,
Vienne mon amour.

Par la voie de l’air
Par le vol de la corneille
Par l’aigle sur le vent,

Par la falaise du cormoran
Par le rocher du phoque
Par le tertre du corbeau,

Par les coquilles sur le rivage
Par les rides sur le sable
Par le sombre varech,
Vienne mon amour.

Par la brume et la pluie
Par la cascade
Par le ruisseau rapide,

Par la source limpide
Par le puits sacré
Par la fougère de l’étang,
Vienne mon amour.

Par les sentiers de moutons
Par les traces du lièvre
Par les pierres du gué,
Vienne mon amour.

Par l’ombre lente
Par la clarté du soir
Par le soleil d’été
Vienne mon amour.

Par le parfum de la rose blanche,
Du trèfle d’eau
Et l’odeur du thym
Vienne mon amour.

Par le chant de l’alouette
Par la note du merle
Par le cri du corbeau
Vienne mon amour.

Par les voix de l’air
Par le chant de l’eau
La chanson d’une femme
Vienne mon amour.

Par les brindilles dans l’âtre
Par la flamme d’une chandelle
Par le feu dans le sang
Vienne mon amour.

Par le toucher des mains
Par la rencontre des lèvres
Par le tourment d’amour
Vienne mon amour.

Par le calme de la nuit
Par la blancheur de mon sein
Par la paix du sommeil
Vienne mon amour.

Par la bénédiction de l’ombre
Par le battement du coeur
Par mon enfant qui n’est pas né,
Vienne mon amour.

***

LOVE SPELL

By the travelling wind
By the restless clouds
By the space of the sky,

By the foam of the surf
By the curve of the wave
By the flowing of the tide,

By the way of the sun,
By the dazzle of light
By the path across the sea,
Bring my lover.

By the way of the air,
By the hoodie crow’s flight
By the eagle on the wind,

By the cormorant’s cliff
By the seal’s rock
By the raven’s crag,

By the shells on the strand
By the ripples on the sand
By the brown sea-wrack,
Bring my lover.

By the mist and the rain
By the waterfall
By the running burn,

By the clear spring
By the holy well
And the fern by the pool
Bring my lover.

By the sheepwalks on the hills
By the rabbit’s tracks
By the stones of the ford,
Bring my lover.

By the long shadow
By the evening light
By the midsummer sun
Bring my lover.

By the scent of the white rose
Of the bog myrtle
And the scent of the thyme
Bring my lover.

By the lark’s song
By the blackbird’s note
By the raven’s croak
Bring my lover.

By the voices of the air
By the water’s song
By the song of a woman
Bring my lover.

By the sticks burning on the hearth
By the candle’s flame
By the fire in the blood
Bring my lover.

By the touch of hands
By the meeting of lips
By love’s unrest
Bring my lover.

By the quiet of the night
By the whiteness of my breast
By the peace of sleep
Bring my lover.

By the blessing of the dark
By the beating of the heart
By my unborn child,
Bring my lover.

(Kathleen Raine)

 

 

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LA MAL-AIMEE (Kathleen Raine)

Publié par arbrealettres le 26 avril 2013




LA MAL-AIMEE

Je suis pure solitude
Je suis l’air désert
Je suis un nuage errant.

Je n’ai pas de forme
Je suis sans limite
Je n’ai pas de havre.

Je suis sans demeure
Je passe à travers des lieux
Je suis le vent indifférent.

Je suis l’oiseau blanc
Qui s’envole loin de la terre
Je suis l’horizon.

Je suis une vague
Qui n’atteindra jamais le rivage.

Je suis une coquille vide
Ramassée sur le sable.

Je suis la lumière de la lune
Sur la chaumière sans toit.

Je suis le mort oublié
Dans le caveau en ruine sur la colline.

Je suis le vieil homme
Qui porte de l’eau dans un seau.

Je suis la lumière
Qui voyage dans l’espace désert.

Je suis une étoile qui diminue,
Rapide s’éloigne
Et quitte l’univers.

***

THE UNLOVED

I am pure loneliness
I am empty air
I am drifting cloud.

I have no form
I am boundless
I have no rest.

I have no house
I pass through places
I am indifferent wind.

I am the white bird
Flying away from land
I am the horizon.

I am a wave
That will never reach the shore.

I am an empty shell
Cast up on the sand.

I am the moonlight
On the cottage with no roof.

I am the forgotten dead
In the broken vault on the hill.

I am the old man
Carrying his water in a pail.

I am light
Travelling in empty space.

I am a diminishing star
Speeding away
Out of the universe.

(Kathleen Raine)

Illustration: AnnMarie Zilberman

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