Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘sang’

Tu voudrais bien (Paul Vincensini)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2013



Tu voudrais bien
Que ton sang passe de ton coeur
Dans ta main
Et dans ton stylo
Et pour écrire ton dernier soupir
Que ta main retombe inerte
Sur la page nette

Tu voudrais bien te prendre
Pour un épi de blé
Tu donnerais chair
Pour être nourriture
A autre chose
Qu’aux corbeaux ou aux vers
Et toi qui as toujours soif de vin
Tu disparaîtras bien volontiers
Dans une source

(Paul Vincensini)


Illustration

 

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Commentaires »

La demeure (Jeanne Bessière)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013



Le feu comme une parole
La mer comme un souvenir
vague sur vague à rebours
à l’écume enchevêtrée
quelques mots incandescents

Un labour d’algue et de sel
où germent les coquillages
une muraille de vent
sable espace chair et sang
bâtis de ciel et de briques

Un corps comme un paysage
je n’ai pas d’autre demeure

(Jeanne Bessière)


Illustration: Jean-Pierre Augier

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire »

Astrolarme (Teresa Rita Lopes)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013



Astrolarme

Larme
en suspens
rosée
des yeux
goutte de
lait
nectar
du sein
oeil
d’OEdipe
lavé
du sang
galet
transparent
roulé
dans la mer

***

Astrolâgrima

Lagrima
suspensa
orvalho
dos olhos
gota de
leite
néctar do
peito
olho de
Édipo
lavado
do sangue
seixo
transparente
rolado
no mar

(Teresa Rita Lopes)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 3 Commentaires »

Boeuf écorché (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 13 juin 2013


chagall-boeuf-ecorche

 

C’est de la viande où passait le sang, de la viande
Où tremblait la miraculeuse,
L’incompréhensible chaleur des corps.

Il y a encore
Quelque chose de la lueur du fond de l’oeil.
On pourrait encore caresser ce flanc,
On pourrait encore y poser la tête
Et chantonner contre la peur

(Guillevic)

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Commentaires »

L’attente (Jorge Luis Borges)

Publié par arbrealettres le 10 juin 2013



 

L’attente

Avant que le timbre impatient ne sonne,
Qu’on n’ouvre la porte et que tu entres, oh !
Anxieusement attendue, l’univers
Doit avoir accompli une série
Infinie d’actes concrets. Nul ne peut
Évaluer ce vertige, le compte
De tout ce que multiplient les miroirs,
Des ombres qui s’étirent et qui reviennent,
De tous les pas qui divergent et convergent.
Le sable ne saurait les dénombrer.
(Dans ma poitrine, l’horloge de sang
Mesure le temps inquiétant de l’attente.)

Avant que tu n’arrives,
Un moine doit avoir rêvé d’une ancre,
Un tigre doit mourir à Sumatra,
Et neuf hommes mourir à Bornéo.

(Jorge Luis Borges)

 

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Commentaires »

Chanson (Vincent Voiture)

Publié par arbrealettres le 5 juin 2013



 

Anne-Marie Zilberman (2)

Chanson

Les demoiselles de ce temps
Ont depuis peu beaucoup d’amants,
On dit qu’il n’en manque à personne,
L’année est bonne.

Nous avons vu les ans passez,
Que les galants étaient glacés ;
Mais maintenant tout en foisonne,
L’année est bonne.

Le temps n’est pas bien loin encor
Qu’ils se vendaient au poids de l’or,
Et pour le présent on les donne,
L’année est bonne.

Le soleil de nous rapproché,
Rend le monde plus échauffé ;
L’amour règne, le sang bouillonne,
L’année est bonne.

(Vincent Voiture)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

L’empreinte (Jeanne Marvig)

Publié par arbrealettres le 5 juin 2013



L’empreinte

Albi, ce matin-là, semblait s’épanouir
Comme une grande fleur dans le matin éclose
Et sur ses toits chaque rayon faisait fleurir
Des pétales de rose

La cathédrale était, dans le jour grandissant,
Un vaisseau de rubis aux hublots de lumière
et le vieux pont roulait des flots d’or et de sang
sous ses arches de pierre

" Viens, m’as-tu dit, courons pour surprendre l’éveil
Aux pleins-cintres des arcs, aux flammes des ogives,
Des légendes d’antan, dans les bras du sommeil
et de l’ombre captive

L’aurore accrochera des feux aux modillons,
Zigzaguera dans les panneaux de colombages,
Rira sur les rinceaux et, dans les médaillons,
Fleurira les visages !

A la clarté candide et jeune du matin,
Nous interrogerons tout bas les vieilles pierres
Et nous écarterons d’une pieuse main
Saxifrages et lierres.

Car la pierre où les doigts diligents des humains
Ont immobilisé l’élan de la pensée,
Dans la pérennité des lointains lendemains,
En reste caressée."

Alors, dans Saint-Salvy, sous le cloître roman,
Sur les pavés disjoints de "l’escalier de verre",
Nous avons écouté, comme un balbutiement,
Du passé la prière

Son immuable cœur semblait ressusciter
Dans le battement sourd d’une plainte éternelle,
Et renaître dans le matin et s’éployer
Plus palpitant qu’une aile.

(Jeanne Marvig)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

La pierre aqueuse (Rémy Belleau)

Publié par arbrealettres le 26 mai 2013


 


Annabelle Verhoye 7

 

La pierre aqueuse

C’était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d’une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l’eau,

Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.

Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l’attendant, l’a menée
Au lieu du lit, au tombeau.

Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.

Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l’émail de ses yeux.

Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D’Amour et de sa rigueur.

Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.

Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !

Et pour le cours de cette onde
La pierre n’est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s’altère :
Ainsi toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.

Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l’air voisin,
Ou dans soi qu’elle recèle
Cette humeur qu’elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?

Elle est de rondeur parfaite,
D’une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d’humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l’oeuf au mouvoir.

Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.

(Rémy Belleau)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

Petite chapelle (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Petite chapelle

Peuples du Christ, j’expose,
En un ostensoir lourd,
Ce coeur meurtri d’amour
Qu’un sang unique arrose.

Ardente apothéose,
Mille cierges autour
Palpitent nuit et jour
Dans une brume rose.

Ainsi que, jour et nuit,
Se lamentent vers lui,
Comme vers leur idole,

Les coeurs crevés venus
Pour ces maux inconnus
Dont rien, rien ne console.

(Jules Laforgue)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 217 followers