Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘se taire’

Roulez tambours (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


 


Audrey Kawasaki i5

 

Roulez tambours, et grondez voix du Saint-Esprit : la jeune fille
nue a plus d’un tour dans son sac.
Peur à la peur, l’odeur s’est tue et le fonctionnaire en retraite se porte bien.
Dans son arbre généalogique il dépiste le gène chromosome et
sait extraire les coucous de sa famille.
Sûr de lui, il remonte la lourde pluie pour aller briser à Soissons ce qui reste du vase.
"Insistez dans l’inspiration " — commandait le gymnasiarque -
" et expirez à volonté. "
Je crains le crocodile et la plume trempée dans le lacrymatoire.
Dans le non-sens que de richesse de savoir !

(Georges Libbrecht)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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J’attendais un cri (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



J’étais dans des bruits.

Chaque fois la perforatrice
S’acharnait plus haut.

J’attendais un cri
Qui résumerait,
Qui effacerait,

Qui ramènerait
A ce qui se tait.

(Guillevic)

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A qui appartiennent la terre et l’arbre au bord de la route ? (Christian Viguié)

Publié par arbrealettres le 10 mai 2013



A qui appartiennent la terre et l’arbre au bord de la route ?
Les champs se taisent

(Christian Viguié)

 

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Silenciaire (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



Silenciaire
Il apparaissait
Claquait des bois d’ébène et tous figés
Dans l’huile lourde du respect
Se taisaient
En l’honneur du signe de sa souffrance
Il était à Byzance
Le silenciaire de l’empereur
Et pour eux tous
Il savait seul

(Werner Lambersy)


Illustration: Odilon Redon

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Elle parlait autrement que nous tous (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 28 avril 2013



 

Charles Edward Perugini  f3_b

Elle parlait autrement que nous tous,
d’autres choses d’ici, mais jamais dites
avant qu’elle ne les eût dites. Elle était tout :
Nature, amour et livre.

Comme l’aurore, toujours,
elle commençait de façon imprévue,
si loin de tout ce que l’on rêve !
Toujours, comme midi,
elle arrivait à son zénith, d’une manière
insoupçonnée,
si loin de tout ce que l’on raconte !
Comme le crépuscule, toujours,
elle se taisait d’une façon inconcevable,
si loin de tout ce que l’on pense !

Si loin, si près
de moi son corps ! Son âme,
si loin, si près
de moi!
… Nature, amour et livre.

***

Hablaba de otro modo que nosotros todos,
de otras cosas de aquí, mas nunca dichas
antes que las dijera. Lo era todo:
Naturaleza, amor y libro.

Como la aurora, siempre,
comenzaba de un modo no previsto
¡tan distante de todo lo soñado!
Siempre, como las doce,
llegaba a su cenit, de una manera
no sospechada,
¡tan distante de todo lo contado!
Como el ocaso, siempre,
se callaba de un modo inesperable,
¡tan distante de todo lo pensado!

¡Qué lejos y qué cerca
de mí su cuerpo! Su alma,
¡qué lejos y qué cerca
de mí!
… Naturaleza, amor y libro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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N’importe? pensée, Alerte! (Francis Vielé-Griffin)

Publié par arbrealettres le 25 avril 2013



 

Charles Guilloux

N’importe? pensée, Alerte!
L’écho de nos pas nous approuve;
Marchons vers la vaste mer verte
Sur la route qui s’ouvre.

Je t’interpelle dans l’ombre,
Ou me tais pour entendre ta voix
- Le ciel s’est fait bas et sombre
Et pèse comme la voûte des bois -

Alerte, vers ailleurs! ma pensée;
Vers demain et sa rive ignorée:
Une chanson de route cadencée
Vibre au loin, comme un vol essoré…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Charles Guilloux

 

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Quelque chose (Paul Celan)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Duy Huynh -   (73)

Quelque chose parla en entrant dans le silence,
quelque chose se tut,
quelque chose alla son chemin.

(Paul Celan)

Illustration: Duy Huynh

 

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COMME SI NOUS ETIONS REVENUS (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



 

Oskar Kokoschka bride-of-the-wind-1914.jpg!HD

COMME SI NOUS ETIONS REVENUS

Comme nous nous souvenons ou bien nous taisons,
Une lueur, un éclat de lumière nous accompagne,
Venant de la terre, de la chair, des choses.

Comme si nous étions morts et revenus.

C’est la mer aux mille lumières
Qui nous entourait, pénétrait en nous-mêmes,
Jusque dans le sommeil, jusque dans la chair.
Mer ineffable comme notre âme.

Sous ce toit-ci, à cette heure,
Avec ces mains, avec ces corps,
Nous nous sommes donnés l’un à l’autre dans la nuit.

(C’est une heure, c’est une nuit, et elles ne cessent pas
Le sommeil ne cesse pas, l’amour n’a pas de fin.)

Sur ce bois, dans cette lumière,
Sur ce bois, tu t’es appuyée, tu as regardé
Le sens matinal de l’arbre sans feuilles,
L’arbre le plus solitaire et le plus silencieux entre tous les arbres.

(Les arbres auront-ils jamais à rendre compte ?)

Tu m’as regardé dans les yeux, tu me regardes,
Ton visage est resté sur mon visage.

Tout le temps s’est embaumé, l’air s’est embaumé.

(Georges Themelis)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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Le poète (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013



 

Le poète

Tu penses que c’est un travail?
Mais c’est l’insouciance de la vie.
Prendre quelque chose à la musique
Puis, en riant, le donner comme sien,

Loger dans de certains vers
Le joyeux scherzo de quelqu’un,
Jurer que son pauvre coeur
Pleure parmi l’éclat des champs.

Écouter ensuite la forêt,
Les pins, qui semblent se taire,
Jusqu’à ce que partout s’élève
Le rideau épais du brouillard.

Je prends à droite et à gauche
Et même, sans me sentir coupable,
Quelque chose à la vie retorse,
Et tout, au silence de la nuit.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Où (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2013



Où la lumière n’éclaire
plus qu’elle
où l’âme
s’abandonne à l’absence

Là où se tient
ce qui ne parle n’écrit
ni se tait
ne repousse ni fait signe


ce qu’on appelle amour
dérange sans fin
ce que la mort voulait
si bien ranger

(Werner Lambersy)


Illustration: Pascal Renoux

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