Articles Tagués ‘secret’
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

A une chatte
Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.
Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas
Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.
Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l’été ?
Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s’efface,
Où va la pensée, où s’en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles ;
J’y trouve trop de noir au fond.
(Charles Cros)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Charles Cros), été, beauté, blanche, bouton, charnelle, chatte, couronné, déteinte, détourner, dessin, dormir, fièvre, lorgner, menacer, mort, moustache, nez, noir, pensée, penser, printemps, s'effacer, sarcasme, savoir, sérénité, secret, sein, splendeur, tache, trouver, valoir | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

Toi !
De Thomas Moore.
Du frais matin la brillante lumière,
L’ardent midi, l’adieu touchant du jour,
La nuit qui vient plus douce à ma paupière
Pâle et sans bruit rêver avec l’amour,
Le temps jaloux qui trompe et qui dévore,
L’oiseau captif qui languit près de moi,
Tout ce qui passe, et qu’à peine je vois,
Me trouve seul… seul ! Mais vivant encore
De toi !
Des arts aimés quand l’essaim m’environne,
L’ennui secret les corrompt et m’atteint.
En vain pour moi la fête se couronne :
La fête pleure et le rire s’éteint.
L’unique asile où tu me sois restée,
Le sanctuaire où partout je te vois,
Ah ! C’est mon âme en secret visitée
Par toi !
La gloire un jour a distrait mon jeune âge ;
En te cherchant j’ai perdu son chemin.
Comme à l’aimant je vais à ton image ;
L’ombre est si belle où m’attire ta main !
Ainsi qu’aux flots les barques se balancent,
Mes ans légers ont glissé loin de moi ;
Mais à présent dans tout ce que je vois,
Mes yeux, mon coeur, mes voeux, mes pas s’élancent
Vers toi !
Je dis ton nom dans ma gaîté rendue,
Je dis ton nom quand je rapprends les pleurs ;
Dans le désert la colombe perdue
Ne sait qu’un chant pour bercer ses douleurs.
Égide chère à ma vie embrasée,
Le monde en vain jette ses maux sur moi ;
Mon âme un jour sera calme ou brisée
Par toi !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Yoshiro Tachibana
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), adieu, amour, ardent, barque, bercer, brise, calme, chemin, corrompre, distraire, douleur, ennui, essaim, fêter, gaîté, image, languir, lumière, passer, paupière, pleurer, rêver, s'élancer, secret, tromper | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Vois-tu, dans ces silences en lesquels les choses
s’abandonnent et semblent tout près
de trahir leur ultime secret,
parfois on s’attend
découvrir un défaut de la Nature,
le point mort du monde, le chaînon qui ne tient,
le fil à débrouiller qui enfin nous conduise
au centre d’une vérité.
Le regard fouille à l’entour,
l’esprit enquête, accorde, sépare
dans le parfum qui sans cesse gagne
lorsque le jour se fait plus languissant.
Ce sont les silences où l’on voit
dans chaque ombre humaine qui s’éloigne
quelque Divinité surprise.
Mais l’illusion cède, et nous ramène le temps
dans les cités bruyantes où l’azur se montre
par morceaux seulement, tout en haut, entre les cimaises.
La pluie fatigue la terre, ensuite; et s’accumule
la tristesse de l’hiver sur les maisons;
la lumière se fait avare — amère l’âme.
Quand, un jour, d’un porche mal clos,
entre les arbres d’une cour,
nous apparaît le jaune des citrons;
et voici fondre le gel du coeur
et faire en nous ruisseler
leurs chants
les trompes d’or de la solarité.
***
Vedi, in questi silenzi in cui le cose
s’abbandonano e sembrano vicine
a tradire il loro ultimo segreto,
talora ci si aspetta
di scoprire uno sbaglio di Natura,
il punto morto del rondo, l’anello ehe non tiene,
il filo da disbrogliare che finalmente ci metta
nel mezzo di una verità.
Lo sguardo fruga d’intorno,
la mente indaga accorda disunisce
nel profumo che dilaga
quando i1 giorno più languisce.
Sono i silenzi in cui si vede
in ogni ombra umana che si allontana
qualche disturbata Divinità.
Ma l’illusione manca e ci riporta il tempo
nelle città rumorose dove l’azzurro si rostra
soltanto a pezzi, in alto, tra le cimase.
La pioggia stanca la terra, di poi; s’affolta
il tedio dell’inverno sulle case,
la luce si fa avara – amara l’anima.
Quando un giorno da un malchiuso portone
tra gli alberi di una corte
ci si mostrano i gialli dei limon;
e il gelo del cuore si sfa,
e in petto ci scrosciano
le loro canzoni
le trombe d’oro della solarità.
(Eugenio Montale)
Publié dans poésie | Tagué: coeur, ombre, regard, lumière, parfum, pluie, secret, ruisseler, trahir, silence, illusion, or, gel, fouiller, ultime, nature, cour, surprise, défaut, s'abandonner, citron, s'accumuler, languissant, avare, trompe, (Eugenio Montale), chaînon, cimaise, solarité | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 14 juin 2013

S’il l’avait su
S’il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s’il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l’exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n’eût pas été possible ;
Fier de nourrir l’espoir qu’il a déçu :
A tant d’amour il eût été sensible,
S’il avait su.
S’il avait su tout ce qu’on peut attendre
D’une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l’entendre,
Comme il l’inspire, il eût connu l’amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n’a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S’il l’avait su.
Si j’avais su, moi-même, à quel empire
On s’abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l’air qu’on respire,
J’aurais porté mes jours sous d’autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’as ravie,
Si j’avais su !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Jonathon Earl Bowser
Publié dans poésie | Tagué: coeur, flamme, âme, respirer, espoir, savoir, pensée, secret, attendre, nourrir, inspirer, larme, pouvoir, entendre, ravie, empire, sensible, (Marceline Desbordes-Valmore), blessée, déçu, renouer | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 14 juin 2013

Prière pour lui
Dieu ! créez à sa vie un objet plein de charmes,
Une voix qui réponde aux secrets de sa voix !
Donnez-lui du bonheur, Dieu ! donnez-lui des larmes ;
Du bonheur de le voir j’ai pleuré tant de fois !
J’ai pleuré, mais ma voix se tait devant la sienne ;
Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera ;
Il ne dira jamais : "Soyons heureux, sois mienne !"
L’aimera-t-elle assez celle qui l’entendra ?
Celle à qui sa présence ira porter la vie,
Qui sentira son coeur l’atteindre et la chercher ;
Qui ne fuira jamais, bien qu’à jamais suivie,
Et dont l’ombre à la sienne osera s’attacher ?
Ils ne feront qu’un seul, et ces ombres heureuses
Dans les clartés du soir se confondront toujours ;
Ils ne sentiront pas d’entraves douloureuses
Désenchaîner leurs nuits, désenchanter leurs jours !
Qu’il la trouve demain ! Qu’il m’oublie et l’adore !
Demain ; à mon courage il reste peu d’instants.
Pour une autre aujourd’hui je peux prier encore :
Mais… Dieu ! vous savez tout ; vous savez s’il est temps !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Christophe Gilbert
Publié dans poésie | Tagué: ombre, chercher, bonheur, voix, Dieu, aimer, instant, secret, pleurer, charmé, créer, adorer, ignorer, prière, apprendre, clarté, larme, entendre, courage, prier, se confondre, s'attacher, (Marceline Desbordes-Valmore) | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 13 juin 2013

C’est au-dessous
Pour les secrets,
Les rendez-vous,
Les réservoirs,
Pour un espace
Aux dimensions de la bonté.
(Guillevic)
Publié dans poésie | Tagué: (Guillevic), au-dessous, bonté, réservoir, rendez-vous, secret | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 12 juin 2013

Le bouquet sous la croix
D’où vient-il ce bouquet oublié sur la pierre ?
Dans l’ombre, humide encor de rosée, ou de pleurs,
Ce soir, est-il tombé des mains de la prière ?
Un enfant du village a-t-il perdu ces fleurs ?
Ce soir, fut-il laissé par quelque âme pensive
Sous la croix où s’arrête un pauvre voyageur ?
Est-ce d’un fils errant la mémoire naïve
Qui d’une pâle rose y cacha la blancheur ?
De nos mères partout nous suit l’ombre légère ;
Partout l’amitié prie et rêve à l’amitié ;
Le pèlerin souffrant sur la route étrangère
Offre à Dieu ce symbole, et croit en sa pitié !
Solitaire bouquet, ta tristesse charmante
Semble avec tes parfums exhaler un regret.
Peut-être es-tu promis au songe d’une amante :
Souvent dans une fleur l’amour a son secret !
Et moi j’ai rafraîchi les pieds de la Madone
De lilas blancs, si chers à mon destin rêveur ;
Et la Vierge sait bien pour qui je les lui donne :
Elle entend la pensée au fond de notre coeur !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), amante, amour, âme, étrangère, blancheur, bouquet, coeur, croix, donner, errant, fleur, madone, mémoire, oublié;tombé, pensive, perdu, pied, pierre, pitié, prière, promis, rose, secret, songe, symbole | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Le portrait
Riant portrait, tourment de mon désir,
Muet amour, si loin de ton modèle !
Ombre imparfaite du plaisir,
Tu seras pourtant plus fidèle.
De ta gaîté je me plains aujourd’hui ;
Mais si jamais il cesse de m’entendre,
À toi je me plaindrai de lui,
Et tu me paraîtras plus tendre.
Si tu n’as pas, pour aller à mon coeur,
Son oeil brûlant et son parler de flamme,
Par un accent doux et trompeur
Tu n’égareras pas mon âme.
Sans trouble, à toi je livre mon secret.
S’il était là, je fuirais vite, vite.
Je suis seule… ah ! Riant portrait,
Que n’es-tu celui que j’évite !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Léon Cogniet
Publié dans poésie | Tagué: coeur, ombre, flamme, âme, désir, amour, égarer, fidèle, secret, muet, entendre, trouble, éviter, portrait, accent, fuir, s'égarer, (Marceline Desbordes-Valmore), modelé | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 10 juin 2013

Le secret
Dans la foule, Olivier, ne viens plus me surprendre ;
Sois là, mais sans parler, tâche de me l’apprendre :
Ta voix a des accents qui me font tressaillir !
Ne montre pas l’amour que je ne puis te rendre,
D’autres yeux que les tiens me regardent rougir.
Se chercher, s’entrevoir, n’est-ce pas tout se dire ?
Ne me demande plus, par un triste sourire,
Le bouquet qu’en dansant je garde malgré moi :
Il pèse sur mon coeur quand mon coeur le désire,
Et l’on voit dans mes yeux qu’il fut cueilli pour toi.
Lorsque je m’enfuirai, tiens-toi sur mon passage ;
Notre heure pour demain, les fleurs de mon corsage,
Je te donnerai tout avant la fin du jour :
Mais puisqu’on n’aime pas lorsque l’on est bien sage,
Prends garde à mon secret, car j’ai beaucoup d’amour !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Manuel Gil Perez
Publié dans poésie | Tagué: coeur, chercher, surprendre, amour, sourire, sage, danser, secret, dire, foule, désirer, apprendre, parler, cueillir, corsage, (Marceline Desbordes-Valmore), rougir, tressaillir, s'entrevoir | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 8 juin 2013

La couronne effeuillée
J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur ;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée :
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.
J’irai, j’irai lui dire au moins avec mes larmes :
" Regardez, j’ai souffert… " Il me regardera,
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père, il me reconnaîtra.
Il dira: " C’est donc vous, chère âme désolée ;
La terre manque-t-elle à vos pas égarés ?
Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ;
Voici votre maison, voici mon coeur, entrez ! "
Ô clémence! Ô douceur! Ô saint refuge ! Ô Père !
Votre enfant qui pleurait, vous l’avez entendu !
Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.
Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle ;
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Caroline Elkington
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), agenouillé, égaré, belle, ciel, clémence, coeur, couronné, crime, douceur, effeuillée, enfant, entrer, espérer, fleur, infidèle, jardin, maison, maudire, pardonner, père, perdre, posséder, répandre, reconnaître, revivre, secret, vaincre | Poster un commentaire »