Articles Tagués ‘s’éteindre’
Publié par arbrealettres le 10 mai 2013

Je ne veux pas de ces masques à moitié creux,
autant la marionnette.
Elle, du moins, est pleine.
Je souffrirai sa carcasse,
le fil aussi
et même son visage de pur semblant.
Ici je suis en face.
Même si s’éteignent les lampes,
même si j’entends dire : fin
– même si, de la scène le vide vient à moi
dans le gris courant d’air,
même si, de mes silencieux ancêtres,
aucun n’est plus assis à mes côtés, aucune femme,
pas même le garçon à l’œil brun qui louchait;
je resterai.
Il y a toujours à voir.
(Rainer Maria Rilke)
Illustration: Andrzej Malinowski
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Publié par arbrealettres le 18 avril 2013
la solitude est féminine
(comme son nom l’indique)
elle est cette épouse éperdue
que jamais vraiment tu ne quittes
elle se tient au coin du feu
qui s’éteint dans la chambre basse
elle a les yeux clairs les mains bleues
des revenants de ton enfance
elle est là depuis ta naissance
elle est la fée au don précieux
qui pensive tient sa promesse
de veiller jusqu’au dernier soir
(Jean-Claude Pirotte)
Illustration: Fabienne Contat
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Publié par arbrealettres le 9 avril 2013

Fiat nox
L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.
Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.
Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !
Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.
(Charles Leconte de Lisle)
Illustration: Leon Spilliaert
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Publié par arbrealettres le 8 avril 2013

SENTIMENTS DU SOIR
Le jour s’éteint : la nuit, sur l’émail de la plaine.
Épanche les trésors de son urne d’ébène,
Et la lune, dans l’onde, humectant sa blancheur,
Du gazon qui s’y baigne argente la fraîcheur.
Le vent, dans les forêts qu’éveille son passage,
Comme un luth végétal fait frémir le feuillage.
C’est l’heure où l’âme entend ceux qu’on pleure tout bas,
Où nos anges gardiens sont plus près de nos pas,
Où le poète, ami de leur vol solitaire,
Accorde sa pensée aux soupirs de la terre.
Lyre intime du cœur, si prompte à t’émouvoir,
Réponds, comme les bois, aux caresses du soir :
A tes premiers concerts la douleur te rappelle.
Tu n’as point à chercher quelque note nouvelle,
Gémis ; et s’il existe, en de lointains climats,
Un ami de mon deuil, que je ne connais pas,
Prends tes ailes de flamme, et, comme un pur génie,
Va saluer ses pleurs d’un baiser d’harmonie.
(Jules Lefèvre-Deumier)
Illustration: Ettore Aldo Del Vigo
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Publié par arbrealettres le 17 mars 2013
La maison du temps
Du matin au soir
La fenêtre suit le soleil
Avec un regard malicieux
La maison se hausse sur ses fondations
Dans une lumière à peine esquissée
Au pied d’un arbre ventripotent
Le lierre encadre les pommettes de la façade
Qui m’offre le sourire de sa porte
Le soleil ne cicatrise pas
Les blessures du toit
La maison se lézarde
D’avoir trop ri et d’avoir trop pleuré
Et d’avoir trop prié
Le temps consume sa bougie
Chaque goutte de cire
Est une heure qui coule
La flamme diminue
Avant de s’éteindre
La mèche n’est jamais assez longue.
(Jean-Baptiste Besnard)
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Publié par arbrealettres le 15 mars 2013
Les longs jours les jours bas les nuits les jours les veilles
et chaque heure envolée sur le rayon des heures
veille qui ressemble à la veille… Les sommeils
submergent étonnés dans l’étang des malheurs
les dormeurs engourdis par le poids des matins.
Les grisards et les pies singent des vols plus doux
dans ces immenses ciels ouverts comme les ports.
Le ballet des vivants lointains comme des morts
les morts les vrais morts moins morts que leurs survivants
du troupeau des amours le bruit sourd qui s’éteint
accordent en mineur et font durer en nous
le chant du temps perdu de la lande et du vent.
(Armand Lanoux)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 13 mars 2013

Est-elle un empire
la lumière qui s’éteint
ou une luciole ?
(Jorge Luis Borges)
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Publié par arbrealettres le 28 février 2013

TESTAMENT
Si mon âme claire s’éteint
Comme une lampe sans pétrole,
Si mon esprit, en haut, déteint
Comme une guenille folle,
Si je moisis, diamantin,
Entier, sans tache, sans vérole,
Si le bégaiement bête atteint
Ma persuasive parole,
Et si je meurs, soûl, dans un coin
C’est que ma patrie est bien loin
Loin de la France et de la terre.
Ne craignez rien, je ne maudis
Personne. Car un paradis
Matinal, s’ouvre et me fait taire.
(Charles Cros)
Illustration: Clara Lieu
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Publié par arbrealettres le 13 février 2013

EROS GRAMOPHONE
Comme est douceur un très vieux disque
Voix tournoyante, fatiguée, et qui s’efface
Ô tout ce noir amour ! C’est lui
Qui tourne dans la rue, c’est lui qui passe
Et la rue est de neige et les couleurs s’effacent
Rutilantes couleurs, tous vos drapeaux s’endorment !
S’endorment ; puis revivent. Le temps du rouge :
C’est le midi du jour et c’est rouge et c’est louve
– Cette blessure au plus féminin du soleil.
La voix, la voix chantait.
La voix chantait comme est douceur un très vieux disque
D’avant mourir, d’avant l’oreille fermée de cire.
Cela après l’été dans ses éclaboussures,
Et, aussitôt,
Le corps avec le corps inventa le printemps
Cela chanta, puis s’éteignit : un couple
Avait perdu sa tête unique. Il la chercha.
La retrouva. La reperdit. Ô mal d’amour !
Les amoureux ont la vie dispersée
Leur mort aussi, leur mort est dispersion.
Leur disque seul continue son noir sillon.
(Salah Stétié)
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Publié par arbrealettres le 7 février 2013

Couronnez-moi de roses.
En vérité couronnez-moi
De roses -
De roses qui s’éteignent
Sur un front s’éteignant
Si tôt!
Couronnez-moi de roses
Et de feuillages brefs.
C’est tout.
(Fernando Pessoa)
Illustration: Jules Scalbert
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