Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
Avoir marché longtemps
longuement erré
incertains dévorés de soifs ravagés
la faim au ventre
les yeux brûlés l’ombre à l’âme
Avoir divagué trébuché
face contre la terre brute
privés de souffle et d’allant
ignobles défigurés
Avoir perdu corps et biens
Et déboucher dans cette clairière
Son silence de source
(Colette Nys-Mazure)
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

TRADUIRE UNE PRÉSENCE
Quelquefois, très rarement,
il arrive que dans ce qui respire ou s’exprime,
dans le vol de la beauté
ou ce qui couvre une lumière,
une fulguration de l’obscurité,
quelque chose d’ineffable et d’essentiel se dégage ,
prend forme dans sa forme, fait un pas,
du fond du geste, de la voix ou du silence,
et c’est comme une apparition accompagnée
sans laquelle rien n’émerge à la vie véritable.
Nous la percevons immédiatement,
en retenant le souffle,
et nous la nommons
présence.
(Sylvia Baron Supervielle)
Illustration: Catherine RÉAULT-CROSNIER
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

Son souffle était la crinière
d’une jument
qui forçait les grillages de l’incendie
Il s’endormait dans son pelage
Crosse folle de gentiane
Le vent filière de feu
la soulevait la déroulait
de sa main s’échappait la corde
d’où pendait son abîme.
(Charles Dobzynski)
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2013
![Erte the-seasons-winter.jpg!HD [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/erte-the-seasons-winterhd-1280x768.jpg?w=716&h=948)
Point d’adieu
Jeunesse, adieu ! Car j’ai beau faire,
J’ai beau t’étreindre et te presser,
J’ai beau gémir et t’embrasser,
Nous fuyons en pays contraire.
Ton souffle tiède est si charmant !
On est si beau sous ta couronne !
Tiens ! Ce baiser que je te donne,
Laisse-le durer un moment.
Ce long baiser, douce chérie,
Si c’est notre adieu sans retour,
Ne le romps pas jusqu’au détour
De cette haie encor fleurie !
Si j’ai mal porté tes couleurs,
Ce n’est pas ma faute, ô jeunesse !
Le vent glacé de la tristesse
Hâte bien la chute des fleurs !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Erte
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Publié par arbrealettres le 9 juin 2013

La rose flamande
C’est là que j’ai vu Rose Dassonville,
Ce mouvant miroir d’une rose au vent.
Quand ses doux printemps erraient par la ville,
Ils embaumaient l’air libre et triomphant.
Et chacun disait en perçant la foule :
" Quoi ! belle à ce point ?… Je veux voir aussi… "
Et l’enfant passait comme l’eau qui coule
Sans se demander : " Qui voit-on ici ? "
Un souffle effeuilla Rose Dassonville.
Son logis cessa de fleurir la ville,
Et, triste aujourd’hui comme le voilà,
C’est là !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Júlia Fernández Sánchez
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Publié par arbrealettres le 7 juin 2013

L’âme errante
Je suis la prière qui passe
Sur la terre où rien n’est à moi ;
Je suis le ramier dans l’espace,
Amour, où je cherche après toi.
Effleurant la route féconde,
Glanant la vie à chaque lieu,
J’ai touché les deux flancs du monde,
Suspendue au souffle de Dieu.
Ce souffle épura la tendresse
Qui coulait de mon chant plaintif
Et répandit sa sainte ivresse
Sur le pauvre et sur le captif
Et me voici louant encore
Mon seul avoir, le souvenir,
M’envolant d’aurore en aurore
Vers l’infinissable avenir.
Je vais au désert plein d’eaux vives
Laver les ailes de mon coeur,
Car je sais qu’il est d’autres rives
Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur !
J’y verrai monter les phalanges
Des peuples tués par la faim,
Comme s’en retournent les anges,
Bannis, mais rappelés enfin…
Laissez-moi passer, je suis mère ;
Je vais redemander au sort
Les doux fruits d’une fleur amère,
Mes petits volés par la mort.
Créateur de leurs jeunes charmes,
Vous qui comptez les cris fervents,
Je vous donnerai tant de larmes
Que vous me rendrez mes enfants !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Alexander Deineka
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Publié par arbrealettres le 5 juin 2013
à la limite de l’arc
(vibration immobile de l’attente)
le souffle
dont commence le tremblement
spasme de la tension rompue
prolongé
par la corde brûlante
de la respiration
l’air
dans l’émiettement du cri
vers l’unique cible
de la chute
les doigts
détendus du poème
caressant le bois souple du langage
(Werner Lambersy)
Illustration: Rodin
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Publié par arbrealettres le 4 juin 2013

Certaine clarté Oblique,
L’Après-midi d’Hiver –
Oppresse, comme la Houle
Des Hymnes Liturgiques –
Céleste Blessure, elle ne laisse
Aucune cicatrice,
Mais une intime différence –
Là où les Sens, résident –
Nul ne peut l’enseigner – Non –
C’est le Sceau du Désespoir –
Une affliction impériale
Que des Airs on nous envoie –
Elle vient, le Paysage écoute –
Les Ombres – retiennent leur souffle –
Elle s’en va, on dirait la Distance
Sur la face de la Mort –
(Emily Dickinson)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 3 juin 2013

Chant d’amour (III)
Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ?
Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage :
Rougis-tu d’être belle, ô charme de mes yeux ?
L’aurore, ainsi que toi, de ses roses s’ombrage.
Pudeur ! honte céleste ! instinct mystérieux,
Ce qui brille le plus se voile davantage ;
Comme si la beauté, cette divine image,
N’était faite que pour les cieux !
Tes yeux sont deux sources vives
Où vient se peindre un ciel pur,
Quand les rameaux de leurs rives
Leur découvrent son azur.
Dans ce miroir retracées,
Chacune de tes pensées
Jette en passant son éclair,
Comme on voit sur l’eau limpide
Flotter l’image rapide
Des cygnes qui fendent l’air !
Ton front, que ton voile ombrage
Et découvre tour à tour,
Est une nuit sans nuage
Prête à recevoir le jour ;
Ta bouche, qui va sourire,
Est l’onde qui se retire
Au souffle errant du zéphyr,
Et, sur ces bords qu’elle quitte,
Laisse au regard qu’elle invite,
Compter les perles d’Ophyr !
Ton cou, penché sur l’épaule,
Tombe sous son doux fardeau,
Comme les branches du saule
Sous le poids d’un passereau ;
Ton sein, que l’oeil voit à peine
Soulevant à chaque haleine
Le poids léger de ton coeur,
Est comme deux tourterelles
Qui font palpiter leurs ailes
Dans la main de l’oiseleur.
Tes deux mains sont deux corbeilles
Qui laissent passer le jour ;
Tes doigts de roses vermeilles
En couronnent le contour.
Sur le gazon qui l’embrasse
Ton pied se pose, et la grâce,
Comme un divin instrument,
Aux sons égaux d’une lyre
Semble accorder et conduire
Ton plus léger mouvement.
(Alphonse de Lamartine)
Illustration: Bruno Di Maio
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Publié par arbrealettres le 3 juin 2013

Parle-moi ! Que ta voix me touche !
Chaque parole sur ta bouche
Est un écho mélodieux !
Quand ta voix meurt dans mon oreille,
Mon âme résonne et s’éveille,
Comme un temple à la voix des dieux !
Un souffle, un mot, puis un silence,
C’est assez : mon âme devance
Le sens interrompu des mots,
Et comprend ta voix fugitive,
Comme le gazon de la rive
Comprend le murmure des flots.
Un son qui sur ta bouche expire,
Une plainte, un demi-sourire,
Mon cœur entend tout sans effort :
Tel, en passant par une lyre,
Le souffle même du zéphyre
Devient un ravissant accord !
(Alphonse de Lamartine)
Illustration: Pier Toffoletti
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