Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘table’

Lueurs, sans formes (Jacques Ancet)

Publié par arbrealettres le 25 mai 2013



Lueurs, sans formes.
Les choses tombent,
comme aspirées
- table, lampe, fauteuil, lit -,
perdent leur nom.
Halo, vapeur.
Vallée sans bords.

(Jacques Ancet)


Illustration: Corrie White

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Pour naître (Christian Viguié)

Publié par arbrealettres le 9 mai 2013



Pour naître j’ai posé l’orange sur une grande table de bois
Etant sûr de notre silence
je suis resté autour d’elle à découper l’après-midi.

(Christian Viguié)

 

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Sentir pleinement (Virginia Woolf)

Publié par arbrealettres le 20 avril 2013


 


 

Van Gogh s Chair. 1888-1889 jpg

Au niveau de l’expérience ordinaire,
sentir pleinement que ceci est une chaise,
que ceci est une table
mais en même temps,
que c’est un miracle, une extase.

(Virginia Woolf)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Les yeux ouverts (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013




Les yeux ouverts

Il n’y a plus de temps, il n’y a plus d’espace,
J’ai tout examiné à travers la nuit blanche:
Et le narcisse sur ta table dans le vase,
Et la fumée bleue du cigare,
Et ce miroir, où, comme dans une eau pure,
Tu pourrais en ce moment te refléter.
Il n’y a plus de temps, il n’y a plus d’espace,
Et même toi, tu ne peux pas m’aider.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Marina Podgaevskaya

 

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Au soir, je suis devant ma table (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013


 

Au soir, je suis devant ma table,
La page est blanche irrémédiablement.
Le mimosa a une odeur de Nice et de chaleur,
Un grand oiseau vole dans un rayon de lune.

Je refais en les serrant fort mes nattes,
Comme si demain j’avais besoin de nattes.
Je regarde par la fenêtre, sans tristesse,
La mer et les langues de sable.

Quelle n’est pas la force d’un être humain
Qui ne demande pas même de la tendresse !
Je ne peux soulever mes paupières lasses,
Quand il prononce mon nom.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Francine Van Hove

 

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Le vieillard (Alain Jean-André)

Publié par arbrealettres le 9 mars 2013



Le vieillard

il se tait devant la grande table
ses enfants parlent plaisantent
ses petits enfants jouent et se chamaillent
quels souvenirs sombrent dans ses yeux vides?

(Alain Jean-André)


Illustration

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Meubles (Barbara Köhler)

Publié par arbrealettres le 6 mars 2013



Meubles

Quitter toute sécurité,
les phrases utilisées, taire
le dit jusqu’à ce qu’il aille,
jusqu’à ce qu’il aille aux choses,
qui se dressent immobiles dans la pièce :
la table
les deux chaises
le lit.
Sortir, fermer la porte, laisser
les choses pour elles,
pour toi.

Tout ainsi se transforme,
et vient le temps :
nous nous rencontrons
dans l’autre, une autre fois
la porte s’ouvre comme ça,
assis sur les chaises, attablés,
assis sur le lit, nous rêvons
encore une fois au retour du bois
dans les forêts.

***

Möbel

Alles Verläßliche verlassen,
die benutzten Sätze, das Besagte
verschweigen bis es geht,
bis zu den Dingen geht,
die im Raum stehen unbewegt :
der Tisch
die zwei Stühle
das Bett.
Hinaus gehen, die Tür schließen, die Dinge
stehen lassen für sich,
dir zu.

So wird alles anders
so wird es Zeit :
wir begegnen im Anderen
einander, ein andermal
öffnet sich so die Tür,
wir sitzen auf den Stühlen, am Tisch,
auf dem Bett träumen wir
noch einmal das Holz zurück
in die Wälder.

(Barbara Köhler)


Illustration: René Magritte

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Comme les hirondelles (Gabriel Cousin)

Publié par arbrealettres le 6 mars 2013



Comme les hirondelles

Le temps avait passé.
La maison s’était assoupie.

Les filles étaient parties.
Des gendres barbus
étaient venus s’installer à notre table.

Et voici les chambres se recouvrent de linge blanc.
Les langes encombrent les baignoires.
Les placards s’entrouvrent
libérant les cris et les rires
que nous venions de ranger.

Dans la maison vieillissante,
avec le printemps,
les hirondelles sont revenues.

(Gabriel Cousin)


Illustration

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Alicante (Jacques Prévert)

Publié par arbrealettres le 3 mars 2013



Une orange sur la table
Ta robe sur le tapis
Et toi dans mon lit
Doux présent du présent
Fraîcheur de la nuit
Chaleur de ma vie

(Jacques Prévert)

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TERRE ET POÉSIE (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 17 février 2013



 

TERRE ET POÉSIE

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts —
ou cernés à jamais en leur étroite forme,
ce qui est mourir d’une autre façon.

Le roman prend corps pour ensuite se vêtir.
Prenant âme, la poésie demeure nue.

L’heure aride : des clefs sur la table et pas de porte à ouvrir.

La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense
de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

La poésie n’est pas la proie du poème.
Elle assiège et s’éclipse.
Nous laissant plus gravé dans l’argile, ou plus libre d’un anneau.

Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de l’aventure humaine,
on peut se demander quelle force nous retient dans l’étroit.
Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route
sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?
La poésie — si elle s’inscrit en nous — tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins,
elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour.
Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés ;
et en réalité nous le sommes, sauvés, ici et ailleurs.
Toujours un peu en amont du dernier poème vécu, la poésie ne saurait décevoir.
Je dis : un peu, car il faut apprivoiser l’impossible ;
vouloir qu’un passage existe, à portée de voix, à portée de regard.
Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi
certainement que nous portons notre corps, cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements.
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Hostile aux vérités à éclipses,
le poète n’est soucieux que de l’homme à la recherche de son visage enfoui.

La poésie est naturelle.
Elle est l’eau de notre seconde soif.

Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir.
Nul mieux que lui ne s’accorde aux solitudes ;
mais aussi, nul n’a plus besoin que sa terre soit visitée.

Le poète séjourne hors des enceintes.
S’il ne rompait les digues,
comment joindrait-il ses terres à la terre, et la parole aux mots ?

Si l’appel du poème n’est pas contraignant, celui de la poésie est d’une haleine.
Fièvre perpétuelle qui brûle de devenir.

Pour en épeler les signes, la poésie endosse le monde dont elle est issue.
Mais à travers l’essaim des poèmes — intacte et pourtant remuée —
la poésie demeure au futur.

En sa terre labourée, le poète — pour un temps — s’apaise du cri qu’il pousse ;
poème dans sa nuit.

Le poète avance par saccades : coups d’aile et retombées.
L’expérience lui enseigne que la chute est le présage de l’essor ;
mais, au plus sombre d’une détresse, cette mémoire est de maigre secours.

Sauvegardons à ceux qui nous ont failli le mystère entier de leur visage.
Blessés et en cause, nous voici juges, les affublant du masque odieux.
Les faiblesses d’autrui, quand elles égratignent notre susceptible peau,
nous poussent à renier tout un passé d’entente.
Tourné vers la possession, nous sommes sans perspective et sans recours.

L’amour est toute la vie. Il est vain de prétendre qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

L’amour comme la mort — qui naviguent hors du temps —
lissent nos fronts, affinent nos visages.
Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus.
Et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix.

(Andrée Chedid)

 

 

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