Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘tendre’

Evasion (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2013



Evasion

Le vert du feuillage
Eclate d’un rire de jeunesse
Sur le bleu tendre du ciel
Et s’élève des roses
Un parfum de velours

Le matin glisse sans bruit
Je quitte la maison
Où mes désirs sont captifs
Pour respirer la joie
Au milieu des champs

J’écoute le rire des pierres
Sur les lèvres du chemin
Je croque à belles dents
Dans la chair du jour

Sous un ciel comblé
De nuages folâtres
Qui broutent la colline
La surface de l’étang
Reflète la paix
Des eaux profondes

(Jean-Baptiste Besnard)

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Trop tard (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2013



 

Kathryn Jacobi    04

Trop tard

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
"Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

"Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
"Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
"Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
"L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
"Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
"Ses fers jamais n’entraveront mes pas. "

Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
"Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

"Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
"L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
"Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
"La rose a froid sous ses froides lueurs.
"Vaine étincelle échappée à la cendre,
"Mon sort qui brille égarerait vos pas."

Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
"Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas. "

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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Mère (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013


Mère aux larmes brûlantes,

l’homme fut chassé de vous

De vos tendres ténèbres,

De votre chambre de muqueuses.

(Guillevic)

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Sans l’oublier (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2013



 

Jonathon Earl Bowser -1-1024

Sans l’oublier

Sans l’oublier, on peut fuir ce qu’on aime.
On peut bannir son nom de ses discours,
Et, de l’absence implorant le secours,
Se dérober à ce maître suprême,
Sans l’oublier !

Sans l’oublier, j’ai vu l’eau, dans sa course,
Porter au loin la vie à d’autres fleurs ;
Fuyant alors le gazon sans couleurs,
J’imitai l’eau fuyant loin de la source,
Sans l’oublier !

Sans oublier une voix triste et tendre,
Oh ! que de jours j’ai vus naître et finir !
Je la redoute encor dans l’avenir :
C’est une voix que l’on cesse d’entendre,
Sans l’oublier !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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La voix d’un ami (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 12 juin 2013


 


David Brayne  75 [1280x768] 

La voix d’un ami

Si tu n’as pas perdu cette voix grave et tendre
Qui promenait mon âne au chemin des éclairs
Ou s’écoulait limpide avec les ruisseaux clairs,
Eveille un peu ta voix que je voudrais entendre.

Elle manque à ma peine, elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.
Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l’on vivra toujours !

Souffle vers ma maison cette flamme sonore
Qui seule a su répondre aux larmes de mes yeux.
Inutile à la terre, approche-moi des cieux.
Si l’haleine est en toi, que je l’entende encore !

Elle manque à ma peine ; elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.
Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l’on vivra toujours !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: David Brayne

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La sincère (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 12 juin 2013


 


 Connie Van Winssen (2)

La sincère

Veux-tu l’acheter ?
Mon coeur est à vendre.
Veux-tu l’acheter,
Sans nous disputer ?

Dieu l’a fait d’aimant ;
Tu le feras tendre ;
Dieu l’a fait d’aimant
Pour un seul amant !

Moi, j’en fais le prix ;
Veux-tu le connaître ?
Moi, j’en fais le prix ;
N’en sois pas surpris.

As-tu tout le tien ?
Donne ! et sois mon maître.
As-tu tout le tien,
Pour payer le mien ?

S’il n’est plus à toi,
Je n’ai qu’une envie ;
S’il n’est plus à toi,
Tout est dit pour moi.

Le mien glissera,
Fermé dans la vie ;
Le mien glissera,
Et Dieu seul l’aura !

Car, pour nos amours,
La vie est rapide ;
Car, pour nos amours,
Elle a peu de jours.

L’âme doit courir
Comme une eau limpide ;
L’âme doit courir,
Aimer ! et mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Connie Van Winssen

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Le pardon (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 11 juin 2013


 


Carol Carter           Swimmer   39

Le pardon

Je me meurs, je succombe au destin qui m’accable.
De ce dernier moment veux-tu charmer l’horreur ?
Viens encore une fois presser ta main coupable
Sur mon coeur.

Quand il aura cessé de brûler et d’attendre,
Tu ne sentiras pas de remords superflus ;
Mais tu diras : " Ce coeur, qui pour moi fut si tendre,
N’aime plus. "

Vois l’amour qui s’enfuit de mon âme blessée,
Contemple ton ouvrage et ne sens nul effroi :
La mort est dans mon sein, pourtant je suis glacée
Moins que toi.

Prends ce coeur, prends ton bien ! L’amante qui t’adore
N’eut jamais à t’offrir, hélas ! Un autre don ;
Mais en le déchirant, tu peux y lire encore
Ton pardon.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carol Carter

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Le premier amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 11 juin 2013



Brenda Burke -

 

Le premier amour

Vous souvient-il de cette jeune amie,
Au regard tendre, au maintien sage et doux ?
À peine, hélas ! Au printemps de sa vie,
Son coeur sentit qu’il était fait pour vous.

Point de serment, point de vaine promesse :
Si jeune encore, on ne les connaît pas ;
Son âme pure aimait avec ivresse
Et se livrait sans honte et sans combats.

Elle a perdu son idole chérie :
Bonheur si doux a duré moins qu’un jour !
Elle n’est plus au printemps de sa vie,
Elle est encore à son premier amour.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Brenda Burke

 

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Le rendez-vous (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 11 juin 2013



Alphonse Mucha 

Le rendez-vous

Il m’attend ! Je ne sais quelle mélancolie
Au trouble de l’amour se mêle en cet instant ;
Mon coeur s’est arrêté sous ma main affaiblie ;
L’heure sonne au hameau ; je l’écoute… et pourtant
Il m’attend !

Il m’attend ! D’où vient donc que dans ma chevelure
Je ne puis enlacer les fleurs qu’il aime tant ?
J’ai commencé deux fois sans finir ma parure,
Je n’ai pas regardé le miroir… et pourtant
Il m’attend !

Il m’attend ! Le bonheur recèle-t-il des larmes ?
Que faut-il inventer pour le rendre content ?
Mes bouquets, mes aveux, ont-ils perdu leurs charmes ?
Il est triste, il soupire, il se tait… et pourtant
Il m’attend !

Il m’attend ! Au retour serai-je plus heureuse ?
Quelle crainte s’élève en mon sein palpitant ?
Ah ! Dût-il me trouver moins tendre que peureuse,
Ah ! Dussé-je en pleurer, viens, ma mère… et pourtant
Il m’attend !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alphonse Mucha

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Souvenir (Pierre Albert-Birot)

Publié par arbrealettres le 8 juin 2013



Souvenir

Cours donc
Après qui
Après quoi
Mais cours donc
C’est lui

Là-bas
Si loin
Quelques pas
Je suis las
Tu l’entends
Il t’appelle
Je l’entends
Je l’appelle
Il s’enfuit
Mais cours donc
La nuit vient
N’en dis rien
Il fait nuit
Je t’éclaire
Où est-il
Tends le bras
Il a fui
Cours plus vite
Je ne puis
Tu le tiens
Le vois-tu
Je l’ai vu
Que fait-il
Il s’en va
Retiens-le
Cours après
C’est tout noir
N’aie pas peur
Mais où suis-je
N’importe où
Avec qui
Avec moi
Qui es-tu
Presque toi
Et lui
Il est mort
Déjà
Déjà

(Pierre Albert-Birot)

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