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Articles Tagués ‘tranquille’

Mensonge (Michèle Voltaire Marcelin)

Publié par arbrealettres le 4 mai 2013



 

Mensonge

Ils m’ont menti, ceux qui m’ont dit un jour je serais plus tranquille.
Ils m’ont trompée.
Rien ne meurt avec l’âge.
Ni l’envie d’amour, ni celle des baisers.
Et mon coeur fou me fait parfois oublier ce corps encombrant alourdi par les ans.
Si facilement séduit pourtant, si passe de trop près, un homme aux yeux trop doux.
Et je tressaille du même désir, cent fois retrouvé, quand un danseur me chavire, ses doigts agrafés à mon cou.
Quelle chaleur soudain m’envahit à un éclat de rire?
Me donne envie de mordre à pleines dents ces lèvres heureuses?

Ils m’ont menti.
Je ne fais deuil de rien.
J’ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine
dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits, épaules nues au vent.
Des envies de culbutes aux membres emmêlés.
De baisers dont la saveur serait celle de la pulpe des mangues, et m’empliraient la bouche de leur sirop de miel.
D’une langue qui aurait la fraîcheur de l’eau d’une fontaine.
J’ai des envies de sexes durs comme du verre.
Des envies de peau chaude et d’aisselles dont je lècherais le sel, et plus bas encore dans l’odeur de fougère.
Je rêve à la brûlure si douce du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir comme celui de l’oiseau soudain désencagé.
J’ai dans mes mains des envies de caresses, dans mes oreilles le doux gémir qui suit une nuque frôlée.

Et vous passez sans me voir, laissant flotter autour de moi votre parfum de bête libre.
Sans savoir que mes yeux vous ont déjà appuyé contre ce mur, et mes bras cadenassé votre corps.
Que je vous ai de la tête aux pieds, comme une menthe, sucé.
N’avez-vous pas senti mes doigts dans vos cheveux?
Et du plus loin que je me garde, très loin de vous, lorsque je vous regarde, ne sentez-vous pas cette jouissance qui roule en moi?

Vous ne savez donc pas qu’ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour, je serais plus tranquille?

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Bill Viola

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Ce jour, ce jour (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 1 mai 2013



 

Guy Baron_soleil_couchant

Ce jour, ce jour
où je regarderai la mer — tranquilles, elle et moi —
livré à elle ; toute mon âme
— écoulée enfin en mon OEuvre pleine —
sûre à jamais, comme un grand arbre,
sur la rive du monde ;
dans la sécurité de cime et de racine
du grand oeuvre accompli !

— Ce jour où naviguer
Sera être au repos, car j’aurais
travaillé tant et tant sur moi-même !

Ce jour, ce jour
où la mort — houle noire ! — ne me flattera plus
— et où, sans fin, je sourirai à tout —,
car, ô mes ossements, ce que je lui aurai
laissé de moi sera si peu de chose !

***

¡Ese día, ese día
en que yo mire el mar —los dos tranquilos—,
confiado a él; toda mi alma
—vaciada ya por mí en la Obra plena—
segura para siempre, como un árbol grande,
en la costa del mundo;
con la seguridad de copa y de raíz
del gran trabajo hecho!

— ¡Ese día, en que sea
navegar descansar, porque haya yo
trabajado en mí tanto, tanto, tanto!

¡Ese día, ese día
en que la muerte — ¡negras olas! — ya no me corteje
—y yo sonría ya, sin fin, a todo—,
porque sea tan poco, huesos míos,
lo que le haya dejado yo de mí!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Guy Baron

 

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AUBE (Dans un demi-sommeil) (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Sarolta Bán 18

AUBE
(Dans un demi-sommeil)

Nous arrivons en train.
Froid obscur, tranquille.

Et on dirait
— en un constant désordre —
que nous arrivons à la vie,
de la mort ; que nous arrivons
à la mort, de la vie.

Des coqs chantent, on ne sait pas
si dans la vie, si dans la mort
— en un constant désordre —.
Froid obscur tranquille.

***

MADRUGADA
(Entresueño)

Vamos llegando en el tren.
Oscuro frfo, tranquilo.

Y parece
—en un trastorno constante—
que llegamos a la vida,
de la muerte; que llegamos
a la muerte, de la vida.

Cantan gallos, no se sabe
si en la vida, si en la muerte
—en un trastorno constante—.
Oscuro frío tranquilo.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Sarolta Bán

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Ode à un rossignol (John Keats)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Heiko Müller rossignol

Ode à un rossignol

Mon coeur se serre et une torpeur douloureuse
Me prend comme si j’avais bu à longs traits
La cigüe, ou bien quelque morne opium,
Et coulé à l’instant au fond du Léthé :
Non que j’envie ton heureuse fortune,
Mais je me réjouis trop de ta félicité, -
Qu’ainsi, dryade aux ailes légères,
Dans un mélodieux bouquet
De hêtres verts et d’ombres innombrables,
A plein gosier tu incantes l’été.

O que je boive une gorgée d’un vin
Rafraîchi dans les abîmes de la terre,
Fleurant bon Flore et la verte campagne,
Danse et chant de Provence, allégresse solaire !
O la chaleur du Sud à plein cratère
Où rougit l’authentique Hippocrène,
Son chapelet de bulles pétillant
A la bouche tachée de pourpre ;
O que j’en boive ! et quitter, ignoré, le monde,
M’évanouir avec toi dans la forêt profonde :

M’évanouir au loin, me dissoudre, oublier
Ce qu’en ta frondaison tu ne connus jamais,
L’ennui d’ici, la fièvre, le dégoût
Des humains occupés à s’écouter gémir ;
Où la paralysie ne laisse tressaillir
Que l’ultime poil gris, triste, clairsemé,
Quand, devenue d’une pâleur de spectre,
La jeunesse diaphane se meurt ;
Où toute pensée n’est plus rien que douleur
Et désespoir aux yeux vides ;
La Beauté même en perd son regard lustral,
Et le nouvel Amour languit, sans avenir.

Au loin ! Au loin ! Je volerai vers toi,
Non sur le char aux léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Tout encombré pourtant de mon cerveau infirme :
Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d’un essaim féérique d’étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.

Je ne puis distinguer ni les fleurs à mes pieds,
Ni l’encens délicat flottant dans la ramure,
Mais dans l’obscur embaumé je perçois chaque effluve
Que répand alentour la saison opportune,
Sur l’herbe, le hallier, les baies sauvages,
La blanche aubépine et l’églantier pastoral,
Et l’éphémère violette sous les feuilles ;
Et sur la fille aînée du mois de Mai,
La rose musquée qui déborde de rosée enivrante,
Annonçant les soirées bourdonnantes d’été.

J’écoute sombrement ; c’est vrai que souvent,
A moitié amoureux de la Mort consolante,
Dans plus d’un vers rêveur je l’ai nommée tendrement,
Qu’elle emporte dans les airs mon souffle apaisé ;
Maintenant plus que jamais, mourir semble une fête,
Cesser d’exister, sans douleur, à minuit,
Au moment même, Rossignol, où en pareille extase
Tu donnes libre cours à ton âme !
Et toujours tu chanterais, mais vainement,
Ton haut requiem au gazon de ma tombe.

Toi, tu n’es pas né pour mourir, Oiseau immortel !
Nulle avare génération ne t’a foulé aux pieds ;
Cette voix que j’entends dans la nuit fugitive
Aux temps anciens berçait souverains et bouffons :
Ce même chant, qui sait, avait trouvé la voie
Du triste coeur de Ruth privée de sa patrie,
Debout, en larmes, parmi la moisson étrangère ;
Le même qui maintes fois enchanta
Des croisées par magie ouvertes sur l’écume
De mers dangereuses, au pays sans retour des fées.

Sans retour ! C’est un glas qui résonne en ces mots,
M’arrache à toi, me livre à ma solitude.
Adieu ! Car malgré ce qu’on dit, les chimères
Ne peuvent tout à fait nous abuser, – elfe joueur,
Adieu ! Adieu ! ton hymne plaintif s’évanouit,
Court sur le pré voisin et le ruisseau tranquille,
Jusqu’au sommet de la colline ; le voilà enterré
Tout au fond, sous l’herbe du val proche :
Etait-ce une vision ? ou un rêve éveillé ?
La musique envolée, suis-je avec elle en songe ?

***

Ode to a the Nightingale

My heart aches, and a drowsy numbness pains
My sense, as though of hemlock I had drunk,
Or emptied some dull opiate to the drains
One minute past, and Lethe-wards had sunk:
‘Tis not through envy of thy happy lot,
But being too happy in thine happiness, -
That thou, light-winged Dryad of the trees,
In some melodious plot
Of beechen green and shadows numberless,
Singest of summer in full-throated ease.

O, for a draught of vintage! that hath been
Cool’d a long age in the deep-delved earth,
Tasting of Flora and the country green,
Dance, and Provençal song, and sunburnt mirth!
O for a beaker full of the warm South,
Full of the true, the blushful Hippocrene,
With beaded bubbles winking at the brim,
And purple-stained mouth;
That I might drink, and leave the world unseen,
And with thee fade away into the forest dim:

Fade far away, dissolve, and quite forget
What thou among the leaves hast never known,
The weariness, the fever, and the fret
Here, where men sit and hear each other groan;
Where palsy shakes a few, sad, last gray hairs,
Where youth grows pale, and spectre-thin, and dies;
Where but to think is to be full of sorrow
And leaden-eyed despairs,
Where Beauty cannot keep her lustrous eyes,
Or new Love pine at them beyond to-morrow.

Away! away! for I will fly to thee,
Not charioted by Bacchus and his pards,
But on the viewless wings of Poesy,
Though the dull brain perplexes and retards:
Already with thee! tender is the night,
And haply the Queen-Moon is on her throne,
Cluster’d around by all her starry Fays;
But here there is no light,
Save what from heaven is with the breezes blown
Through verdurous glooms and winding mossy ways.

I cannot see what flowers are at my feet,
Nor what soft incense hangs upon the boughs,
But, in embalmed darkness, guess each sweet
Wherewith the seasonable month endows
The grass, the thicket, and the fruit-tree wild;
White hawthorn, and the pastoral eglantine;
Fast fading violets cover’d up in leaves;
And mid-May’s eldest child,
The coming musk-rose, full of dewy wine,
The murmurous haunt of flies on summer eves.

Darkling I listen; and, for many a time
I have been half in love with easeful Death,
Call’d him soft names in many a mused rhyme,
To take into the air my quiet breath;
Now more than ever seems it rich to die,
To cease upon the midnight with no pain,
While thou art pouring forth thy soul abroad
In such an ecstasy!
Still wouldst thou sing, and I have ears in vain -
To thy high requiem become a sod.

Thou wast not born for death, immortal Bird!
No hungry generations tread thee down;
The voice I hear this passing night was heard
In ancient days by emperor and clown:
Perhaps the self-same song that found a path
Through the sad heart of Ruth, when, sick for home,
She stood in tears amid the alien corn;
The same that oft-times hath
Charm’d magic casements, opening on the foam
Of perilous seas, in faery lands forlorn.

Forlorn! the very word is like a bell
To toll me back from thee to my sole self!
Adieu! the fancy cannot cheat so well
As she is fam’d to do, deceiving elf.
Adieu! adieu! thy plaintive anthem fades
Past the near meadows, over the still stream,
Up the hill-side; and now ’tis buried deep
In the next valley-glades:
Was it a vision, or a waking dream?
Fled is that music: – Do I wake or sleep?

(John Keats)

Illustration: Heiko Müller

 

 

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Cette nuit… (Maurice du Plessys)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Karol Bak 217

Cette nuit (noble accord des êtres et des choses)
En un palais, le plus tranquille des tombeaux,
Trois nymphes, l’or, la neige échangeantes aux roses,
Dansaient, flammes de marbre, aux feux des vieux flambeaux.

(Maurice du Plessys)

Illustration: Karol Bak

 

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Au bois dormant (Charles Van Lerberghe)

Publié par arbrealettres le 21 avril 2013


 


 

Vladimir Volegov eedc

Au bois dormant

Un peu de jour, un peu d’amour,
Un peu de soleil, comme en rêve,
Et son front et ces lys autour,
C’était chose fragile et brève.

Mais c’était si doux à souffrir
Parmi ces eaux, ces fleurs, ces palmes,
Qu’elle n’en pouvait pas mourir ;
Alors elle a clos ses yeux calmes.

Elle s’est endormie au fond
De mon coeur, sur ses mains tranquilles,
Et lys et roses même sont
Dans des silences immobiles.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Vladimir Volegov

 

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Fiat nox (Charles Leconte de Lisle)

Publié par arbrealettres le 9 avril 2013



 

Leon Spilliaert-Young man with red scarf-1908

Fiat nox

L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.

Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Leon Spilliaert

 

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Le Visiteur nocturne (Jules Lefèvre-Deumier)

Publié par arbrealettres le 6 avril 2013



 

solitude

Le Visiteur nocturne

C’était l’automne, la nuit.
Le vent sifflait dans les arbres dépouillés du bois,et miaulait le long des bergeries,
comme s’il eût voulu, pour se réchauffer, partager la litière des moutons.

La pluie fouettait avec rage les vitraux de ma chaumière,
et comme irritée de la trouver fermée.
Assis près du feu, j’écrivais à la lueur de ma lampe mes souvenirs ou mes rêves,
ce que j’ai vu ou ce que j’aurais voulu voir ;
et, tout en m’occupant du passé, je l’oubliais.

Le travail est un dieu qui nous permet de changer de monde.
Un autre bruit que celui de l’orage me ramena bientôt sur la terre.
J’entendis bien distinctement frapper à ma porte.
J’ouvris, et je ne vis personne.
Je me remis à ma place et je repris ma plume.
Mais je n’étais plus seul. Un hôte que je n’avais pas vu était entré,
un hôte bien connu qui ne souffre pas qu’on l’oublie,
qui venait voir si j’étais tranquille,
ou si je pensais à lui : c’était le chagrin.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration: Quercia

 

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L’Amour (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013




L’Amour

C’est parfois un serpent magicien,
Lové près de ton cœur.
C’est parfois un pigeon qui roucoule,
Sur la fenêtre blanche.

C’est parfois sous le givre qui brille
La vision d’une fleur.
Mais mène, en secret, à coup sur,
Loin de la joie tranquille.

Il sait pleurer si doucement
Dans la prière du violon,
Il fait peur quand on le devine
Sur des lèvres que jamais on n’avait vues.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Drew Darcy

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L’amour (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013


 

L’amour

C’est parfois un serpent magicien,
Lové près de ton coeur.
C’est parfois un pigeon qui roucoule,
Sur la fenêtre blanche.

C’est parfois sous le givre qui brille
La vision d’une fleur.
Mais il mène, en secret, à coup sûr,
Loin de la joie tranquille.

Il sait pleurer si doucement
Dans la prière du violon,
Il fait peur quand on le devine
Sur une lèvre encore inconnue.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Maria Cristina Baracchi

 

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