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Poésie

Articles Tagués ‘tresser’

Le dieu joyeux ne vient jamais me voir (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013



Le garçon qui joue de la musette,
La fillette qui tresse sa couronne,
Deux sentiers qui se croisent dans le bois,
Loin, dans un champ lointain, une lumière,

Je vois tout. Je me rappelle tout.
Humblement, amoureusement, je le garde.
Il n’y a qu’une chose qui toujours m’échappe,
Dont même plus jamais je ne me souviendrai.

Je ne demande ni force ni sagesse.
Laissez-moi seulement me chauffer près du feu.
J’ai froid… Qu’il ait ou non des ailes
Le dieu joyeux ne vient jamais me voir.

(Anna Akhmatova)


Illustration: William Bouguereau

 

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ON VEUT, O MA DOULEUR… (José Marti)

Publié par arbrealettres le 27 février 2013



 

Emma Blackwood 12

On veut, ô ma douleur, qu’à ta beauté
J’enlève sa parure naturelle,
Que j’émonde l’arbre, que j’effeuille la fleur,
Que je mette broche et ceinture au manteau viril.

On veut enchaîner mon vers impétueux
Dans un cachot cruel, étroit et sonore,
Comme l’épi vanné dans la haute grange
Ou le raisin mûr dans le pressoir rustique.

C’est impossible : la comédienne servile
Calcule sa démarche et son sanglot lorsque,
Couverte de fards, elle feint de supplier :

La grande douleur, l’âme désolée,
Ne peut ni cacher sa pâleur avec du carmin,
Ni tresser ses cheveux quand elle pleure.

(José Marti)

Illustration: Emma Blackwood

 

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Que ne suis-je ! (Esther Granek)

Publié par arbrealettres le 6 février 2013



 

Carrie Vielle (11)

Que ne suis-je !

Si j’étais oiseau
J’entrerais
Par la fenêtre
Où tu écris
Et te caresserais
Les joues
Du bout de mes ailes

Oiseau que ne suis-je !

Si j’étais fenêtre
Cette fenêtre
Où tu écris
Mes vitres te seraient
Miroir
Et je t’y caresserais
Le visage
Du bout de mes reflets

Fenêtre que ne suis-je !

Si j’étais plante
Cette plante entourant la fenêtre
Où tu écris
Je me tresserais
En couronne
Et t’en ceindrais le front
Et te caresserais
Les cheveux
Du bout de mes feuilles

Cette plante que ne suis-je !

Si j’étais l’Autre
Cet Autre
Auquel tu écris…

Moi qui
Jamais
N’ai
Caressé
Tes joues
Tes cheveux
Ni ton front
Même du bout de mes doigts…

Cet Autre que ne suis-je !

(Esther Granek)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Shikinejima (Claude Michel Cluny)

Publié par arbrealettres le 30 décembre 2012



 

Ginkgo

Shikinejima
Sables, rocs, les pins y vivent
leurs simples désirs.
Toi, comment t’enraciner !
Printemps que parfume
rêve adolescent
l’haleine des camphriers.

*
Tu seras venu
aimant dans les eaux de fer
nu d’un bandeau blanc.

*
L’oiseau fleurit le ginkgo
couleurs infidèles
Mais ses pétales, aussi, chantent !

*
Un peu de pluie, grise,
efface les pins. Fatigue
heureuse, cerne tes yeux.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

 

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Archipel (Claude Michel Cluny)

Publié par arbrealettres le 30 décembre 2012



 

archipel_d_7_soleils_m

Archipel
Tapi sous dix mille pins

mille tuiles bleues,
la main du singe t’écime.

*
Encens
au Mémorial d’Okinawa
Fleurs, cendres du fanatisme

— tout Occidental
y singe la paix des Dieux.

*
Désir
La cigale hante le temple
de l’égal du Ciel
Ô coeur qui ne vieillit pas !

*
Lumière d’été
Adolescent aux yeux d’encre
le Soleil te dore
luciole pour les nuits blanches.

*
Résine
Une larme épaisse empoisse
ô flamme future
à la blessure du pin.

*
Ryokan
Yeux fauves d’automne
ceux du chat grimpé dans l’arbre
— vifs kakis acides.

*
Soufre au Mont Aso
Efflorescence d’or, pâle :
une fureur rauque
dans l’eau jade du volcan.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

 

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ÎLES (Claude Michel Cluny)

Publié par arbrealettres le 30 décembre 2012



 

ÎLES

I
Belles, dans votre haleine
le vent se baigne nu

Vent déjouant les ombres
rêvant au creux de l’aine.

*
L’âme la voix s’épuisent
toute la chair à prendre

Silence empli de flamme
le désir s’y aiguise.

*
Aux laisses de la mer
le sel les accapare

Éclat qu’il thésaurise
pour la soif le regard.

*
Rire, émail mouillé
bu d’une bouche l’autre

Tu mords la beauté pure
vêtue de sueur

*
Le corps offert le coeur
y battant sa chamade

L’eau l’écume s’étonnant
du sang que tout affame.

(Claude Michel Cluny)

Illustration

 

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LA GUEULE DU LOUP (Claude Michel Cluny)

Publié par arbrealettres le 30 décembre 2012



 

LA GUEULE DU LOUP

I
La gueule du loup n’est pas la fleur
bavarde et pourpre
qui ferait
n’est-ce pas
le désespoir du peintre ?
A nous, la page vide suffit.

II
Il s’en faut de peu
Du rire bleu
du gaz montrant les dents.
D’une peur,
la nuit noire.
Ayez les dents
ferrées à glace,
sur le chemin de crête
où marche le cri.

III
Vous qui voulez écrire
broyez du noir
Faites votre encre vous-même.

IV
Les aiguilles du temps
dans les veines
pour en finir
(lettre à lettre s’égoutte
une espèce de sang)
ivre pauvrement
d’une overdose de vivre.

V
En désespoir de cause,
essayez de vous pendre
tout en haut de la page
Dès lors, tressez solide
le fil du récit.

(Claude Michel Cluny)

 

 

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Au Dieu pauvre (Renée Vivien)

Publié par arbrealettres le 18 août 2012



Au Dieu pauvre

JE t’adore, Dieu pauvre entre les Immortels,
Et j’ai tressé pour toi ces roses purpurines,
Parce que tu n’as point de temples ni d’autels,
Et que nul tiède encens ne flatte tes narines.

Nul ne te craint et nul n’implore ta bonté…
Ceux qui t’honorent sont pauvres, car tu leur donnes,
Ayant ouvert tes mains vides, la pauvreté ;
Et ton souffle est plus froid que celui des automnes.

Moi qui subis l’affront et le courroux des forts,
Je t’apporte, Dieu pauvre et triste, ces offrandes :
Des violettes que je cueillis chez les morts
Et des fleurs de tabac, qui s’ouvraient toutes grandes…

Dans un coffret de jade aux fermoirs de cristal,
Dieu pauvre, je t’apporte humblement mon coeur sombre,
Car je ne sais aimer que ce qui me fait mal,
Eprise, d’un fantôme et de l’ombre d’une ombre…

Je ne demande rien à ta Divinité
Sans parfums et que nul prêtre n’a reconnue…
Nul roi n’a jamais craint de t’avoir irrité
Et n’a pleuré devant ta châsse froide et nue.

Mais moi qui hais la foule à l’entour des autels,
Moi qui raille l’espoir cupide des prières,
Je te consacre, ô le plus doux des Immortels,
Ce chant pieux fleuri sur mes lèvres amères.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

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Les Iles (Renée Vivien)

Publié par arbrealettres le 16 août 2012



Les Iles

LA mer porte le poids voluptueux des Iles…
Le lapis lazuli des ondes infertiles
Sollicite le frais recueillement des Iles.

— Iles d’hiver, ô fleurs de la nacre et du nord ! —
Lorsque l’ombre a tressé les roses de la mort,
Les Iles ont jailli de la nacre et du nord.

Elles flottent ainsi que des perles d’écume…
Des blancheurs de bouleaux, des bleuités de brume
Se balancent, parmi les perles de l’écume.

Et voici, sous les violettes du couchant,
Lesbos, regret des Dieux, exil sacré du chant,
Lesbos, où fleurit la gloire du couchant.

Les parfums ténébreux qui font mourir les vierges
Montent de ses jardins et de l’or de ses berges
Où s’éteignent les voix amoureuses des vierges.

Leucade se souvient, et les fleurs d’oranger
Mêlent leur blanc frisson aux tiédeurs du verger…
Psappha pleurait Atthis sous les fleurs d’oranger…

Les âmes sans espoir sont pareilles aux Iles,
Et, malgré les langueurs de leurs larmes fébriles,
Elles gardent l’orgueil solitaire des Iles.

Elles ont l’horizon, les algues et les fleurs.
L’isolement divin rafraîchit leurs douleurs
Et leur verse la paix des algues et des fleurs.

(Renée Vivien)

Illustration

 

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Que l’eau nous garde en ses palais (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 7 août 2012



Que l’eau nous garde en ses palais
une pierre
sera le
signe

Les caresses savent tresser
la plus juste demeure

Du silence
nous fîmes joie

Et le silence en nous prolonge l’arbre secret son poids de ciel

(Jean Joubert)

Illustration: Sabin Balasa

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