Articles Tagués ‘vaine’
Publié par arbrealettres le 24 avril 2013

Songe
Sur mes seins, mes mains endormies,
Lasses des jeux et des fuseaux,
Mes blanches mains, mes mains amies
Semblent dormir au fond des eaux.
Loin des peines tristes et vaines,
En ce trône de ma beauté,
Calmes, lentes et frêles reines,
Mes mains songent de royauté.
Et seule dans mes tresses blondes,
Et mes yeux clos comme jadis,
Je suis l’enfant qui tient des mondes,
Et la vierge qui tient des lys.
Sur mes seins, mes mains endormies,
Lasses des jeux et des fuseaux,
Mes blanches mains, mes mains amies
Semblent dormir au fond des eaux.
(Charles Van Lerberghe)
Illustration: William-Adolphe Bouguereau
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Publié par arbrealettres le 15 avril 2013

QUAND LES CORPS SERONT JUGES
Tu t’es présenté, tu es apparu dans la lumière
comme une icône.
Tu as vu beaucoup de soleils
Et tu ne les as pas comptés.
Le crépuscule et l’aube.
Tu as ouverts les yeux,
De grands yeux étonnés.
Tu as fait pousser des mains à la racine des ailes.
Tu as touché des fruits divers,
Beaucoup de pommes, des lys et des roses.
Tu portes la trace des clous.
Tu as marché sur la terre, tu as retenti
Dans le vide, dans le désert du temps,
Tu as émis un son, puis fait beaucoup de bruit.
Le soleil t’a vu, le vent t’a écouté et te fait vibrer.
Qui se portera témoin de ton sang,
Le sang qui a coulé et a teint
Le sommeil, le choses, la lumière.
Quand les corps seront jugés,
Ta poudre vaine sera pesée,
Ta pauvreté, ta nudité.
Ta tristesse est infinie et elle aura du poids.
(Georges Themelis)
Illustration: Júlia Fernández Sánchez
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Publié par arbrealettres le 18 mars 2013
Elle est vaine la parole et ne nous aide pas
Quand pour combler nos coeurs nous voudrions
Le liquide vertige des touches,
L’écheveau des archets,
Les chasses à courre des cuivres.
Ô misérable parole, lourde
De sens définis,
Close à la liberté, serve de l’enfer.
La parole signifie. Et c’est là
Qu’est sa mort. —
Couper des cordes du destin
Notre vraie dignité céleste,
Retrouver le tonnerre qui décline
Notre terrestre humanité,
Rejeter le fardeau qui nous pèse
Et la peur de l’ombre,
Ne rien signifier, ne rien dire,
Tel est sans doute l’acte d’amour suprême.
***
È vana la parola e non ci assiste
Quando, a colmare il cuor nostro, vorremmo
La liquida vertigine dei tasti,
Le matasse degli archi,
Le cacce degli ottoni.
Oh misera parola, grave
Di definite significazioni,
Negata a libertà, d’inferno schiava.
La parola significa. E ben questa
E la sua morte -
Scindere dalle corde del destino
La nostra vera dignità celeste
E ritrovare il tuono che declina
La nostra umanità terrestre,
Scaricare la soma che ci ingombra
E il terrore dell’ombra,
Nulla significare, nulla dire
Tale forse il supremo atto d’amore.
(Tommaso Landolfi)
Illustration: Gilbert Garcin
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Tommaso Landolfi), amour, archet, écheveau, coeur, combler, décliner, destin, dignité, doute, enfer, fardeau, humanité, liberté, liquide, mort, parole, signifier, suprême, vaine, vertige | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 13 mars 2013

N’être pas tombé
Comme d’autres de ma race,
Au champ de bataille.
Être dans la vaine nuit
Seul à compter les syllabes.
(Jorge Luis Borges)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 28 février 2013

RANCŒUR LASSE
Malgré sa folle trahison
N’est-elle pas encor la même ?
La fierté n’est plus de saison.
Je l’aime.
*
Je sais qu’elle reste, malgré
D’impurs contacts, vierge éternelle,
Qu’aucun venin n’a pénétré
En elle,
Marbre trop charnel qui subit
Toutes souillures, mais les brave ;
Puisque la pluie, en une nuit,
Le lave.
*
Même au temps des premiers regards,
Je la savais vaine et perverse.
Mais l’âme aux menaçants hasards
Se berce.
Fermant les yeux, je me livrais
À sa suavité malsaine,
Pensant bien que j’en porterais
La peine.
*
Mordu, mourant, d’avoir serré
Sur ma poitrine la panthère,
J’en veux rester fier, et saurai
Me taire.
*
Ce mois d’avril, je veux bannir
De mon coeur les rêves moroses.
Je veux orner son souvenir
De roses.
*
Et je reprends la liberté
D’adorer sa grâce suprême.
Tel que j’étais je suis resté.
Je l’aime.
(Charles Cros)
Illustration: Alexander Sulimov
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Publié par arbrealettres le 26 février 2013

Un seul regard reprend tous les regards
Un seul mot libère tous les échos
Un seul geste rompt l’unique fièvre
Un seul geste rouvre toutes les veines
Nul sang n’est perdu nulle chair vaine
(François Cheng)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2013

SECONDE VIE
ICARE
La voix du soleil
Écoute écoute-moi car toi tu peux m’entendre
Je le vois à tes yeux sans repos
Je le vois à tes mains raidies lorsque les mots sont pauvres puis
comme des feuilles qui ne peuvent mieux faire que mourir
Je le sens à ce souffle qui te prend et te laisse comme si les oiseaux
t’avaient quitté
Écoute écoute-moi car toi tu peux sortir de ta chair et de ta maison
comme le ferait un mort neuf de ses bandelettes
Tu peux m’entendre toi qui sais que ces épis de blé que l’on sépare
ne témoigneront plus pour le chant de la terre
Tu peux m’entendre toi qui cherches la vie et la raison de vivre
Toi qui sais que tout est autre chose encore
Et le secret dont tu as une part aussi vrai que le son de tes pas
sur l’asphalte des villes
Ce cri que je suis
Ce cri que je suis en toi
Écoute-le et laisse ces royaumes sans énigmes où les jours
s’abattent l’un sur l’autre comme les volets d’une maison sage
Ce cri que je suis en toi fera tomber les écailles de ta première
naissance
Ce cri d’amour que je suis en toi
Ce cri d’amour que je suis en toi
Plus terrible que l’inquiétude du matin et que les mers dont la
nuit sonde les profondeurs
D’autres n’en veulent pas
Ils laissent accumuler en eux des moissons vaines entre lesquelles
je ne peux me frayer le passage
Ce cri
Ce cri terrible et tendre que je suis en toi habite ton visage le
plus nu
Qu’il te prenne que tu n’aies plus de cesse
Qu’il redresse ta jeune nuque qu’il batte à tes tempes
Et en ce point sacré entre tes deux yeux.
(Andrée Chedid)
Illustration: Henri Matisse
Publié dans poésie | Tagué: (Andrée Chédid), asphalte, écaille, écouter, bandelette, chercher, cri, entendre, feuille, Icare, maison, moisson, mourir, naissance, oiseau, passage, pauvre, profondeur, quitter, raidie, raison, redresser, repos, royaume, sacré, sage, soleil, sonder, souffle, tendre, terrible, vaine, ville, voir, voix | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 21 janvier 2013

LES VAINES DANSEUSES
Celles qui sont des fleurs légères sont venues,
Figurines d’or et beautés toutes menues
Où s’irise une faible lune… Les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
De mauves et d’iris et de nocturnes roses
Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses.
Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or!
Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort
Et de l’eau mince luit à peine, reposée
Comme un pâle trésor d’une antique rosée
D’où le silence en fleur monte… Encor les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses;
Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses
Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis
Aiment à dénouer sous les myrtes amis
Leurs liens fauves et leurs caresses… Mais certaines,
Moins captives du rythme et des harpes lointaines,
S’en vont d’un pas subtil au lac enseveli
Boire des lys l’eau frêle où dort le pur oubli.
(Paul Valéry)
Illustration: Brad Kunkle
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Publié par arbrealettres le 24 décembre 2012

Penser est habiter
Des oliviers plantés avec soin devant nos yeux couvrent
comme une mer la sèche
montagne. Les hommes, ainsi, habitent,
de leur talent l’espace entier du vivable ils
façonnent un visage tenable devant
le chaos des monts : c’est
la torche qu’ils allument leur
poème – devant le tout de l’être, avec modestie,
ferveur. Cette poursuite de travaux salubres est
leur marque. Une cloche soudain taille dans le silence un
ordre On remercie, reconnaissant, de
ce qu’une musique humaine puisse
borner le silence donné – ce don
d’un monde plus grand et
meilleur
Ces signes ne sont pas sans portée. Puisses-tu
carillon matinal valoir métaphore pour
un signe vers
le tout de l’être en sa beauté terrible – d’un coup surgi depuis
attisant nos désirs ! Puisses-tu
poème comme un cri scander
à l’égal de ces notes dans l’aube – et, comme elles, d’assez de portée un chant
pur
À cette condition, la parole n’aurait pas été
chose vaine
Penser est habiter Il n’y a d’autre mesure que la parole
L’Être n’a pas de plein La vérité est son voile Chaque
possibilité nouvelle de la parole, de ce voile, un pli
nouveau. Chacun de ces plis porte
le chiffre d’un poète.
(Jean-Paul Michel)
Illustration: Eugène Carrière
Publié dans poésie | Tagué: (Jean-Paul Michel), allumer, être, beauté, carillon, chant, chiffre, habiter, meilleur, mer, modestie, montagne, musique, olivier, parole, penser, pli, poète, portée, porter, pur, signe, silence, terrible, vaine, vérité, visage, voile | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 22 novembre 2012
Quête vaine
Pour que la quête fût un peu plus fructueuse
Il nous fallait aller loin, encore plus loin
Chercher d’autres chemins, fouiller d’autres recoins
Que la sente perdue et qu’ombrageaient les yeuses
Nous avons écouté, morne voix pleureuse,
Lancinant lamento, prélude sans témoin,
L’appel perçant montant jusques au plus haut point
D’où se détache et meurt l’Adolescence heureuse.
Les bises ont soufflé dessus les arbres tors,
Et comme nos pensers, les feuilles en déroute
Se froissent en fuyant au mur de la redoute…
Nous avons bien crié, hélas! pas assez fort,
Quand les bateaux sortaient cinglant vers d’autres ports…
Et nos pleurs impuissants ont séché sur la route.
(Birago Diop)
Illustration
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Birago Diop), bateau, chemin, chercher, crier, déroute, fouiller, fructueuse, fuir, impuissant, lamento, loin, mur, penser, perdue, pleur, port, quête, redouter, route, sécher, vaine, yeuse | Poster un commentaire »