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Poésie

Articles Tagués ‘vin’

Une tristesse inexprimable (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Une tristesse inexprimable
A ouvert deux yeux immenses.
Le vase de fleurs s’éveillant
Nous éclabousse de cristal.

Toute la chambre est imprégnée
De langueur — délicieux remède
Penser qu’un si petit royaume
A englouti tant de sommeil.

Il n’y a qu’un peu de vin rouge
Et qu’un peu de soleil de mai —
La blancheur des doigts les plus fins
Émiette le mince biscuit.

(Ossip Mandelstam)

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Chanson de l’attente (Bernard Lorraine)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Chanson de l’attente

Chaque arbre attend un oiseau
Chaque fontaine une soif
Chaque bouche espère une eau
L’angoisse appelle une angoisse.

Chaque cave attend son vin
Chaque aurore son soleil
Chaque main cherche une main
Chaque parole une oreille.

Moi qui attendais si peu
Moi qui n’espérais plus rien
Tu m’as donné mes seuls biens:
Ta faim ta soif et ton feu.

(Bernard Lorraine)


Illustration: Tamara Lunginovic

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Elévation du jour (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



Elévation du jour
sur le vin corrompu du sommeil

Gélive la phrase
sous les soies blanches
du silence

Graal émeraude du vide
la brise
aux lisières des choses
me surprend à son rite frileux

L’hostie du verbe
collée au palais

(Werner Lambersy)


Illustration: Vladimir Kush

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Je suis riche de soirs et d’aurore (Francis Vielé-Griffin)

Publié par arbrealettres le 25 avril 2013



 

Alina Maksimenko (7)

Je suis riche de soirs et d’aurores,
De chants, de parfums, de clarté;
Quel fruit cueillerais-je encore
Au verger de ta beauté?

Je suis ivre d’étés et d’automnes,
De fleurs, de fruits et de vins;
Tu m’as fait de toi-même aumône:
Qu’aurais-je imploré demain?

Mon rêve est réalisé
(L’avais-je rêvé si beau?)
Et pourtant mon coeur est brisé,
Et je songe qu’on rêve au tombeau.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alina Maksimenko

 

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Ode à un rossignol (John Keats)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Heiko Müller rossignol

Ode à un rossignol

Mon coeur se serre et une torpeur douloureuse
Me prend comme si j’avais bu à longs traits
La cigüe, ou bien quelque morne opium,
Et coulé à l’instant au fond du Léthé :
Non que j’envie ton heureuse fortune,
Mais je me réjouis trop de ta félicité, -
Qu’ainsi, dryade aux ailes légères,
Dans un mélodieux bouquet
De hêtres verts et d’ombres innombrables,
A plein gosier tu incantes l’été.

O que je boive une gorgée d’un vin
Rafraîchi dans les abîmes de la terre,
Fleurant bon Flore et la verte campagne,
Danse et chant de Provence, allégresse solaire !
O la chaleur du Sud à plein cratère
Où rougit l’authentique Hippocrène,
Son chapelet de bulles pétillant
A la bouche tachée de pourpre ;
O que j’en boive ! et quitter, ignoré, le monde,
M’évanouir avec toi dans la forêt profonde :

M’évanouir au loin, me dissoudre, oublier
Ce qu’en ta frondaison tu ne connus jamais,
L’ennui d’ici, la fièvre, le dégoût
Des humains occupés à s’écouter gémir ;
Où la paralysie ne laisse tressaillir
Que l’ultime poil gris, triste, clairsemé,
Quand, devenue d’une pâleur de spectre,
La jeunesse diaphane se meurt ;
Où toute pensée n’est plus rien que douleur
Et désespoir aux yeux vides ;
La Beauté même en perd son regard lustral,
Et le nouvel Amour languit, sans avenir.

Au loin ! Au loin ! Je volerai vers toi,
Non sur le char aux léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Tout encombré pourtant de mon cerveau infirme :
Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d’un essaim féérique d’étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.

Je ne puis distinguer ni les fleurs à mes pieds,
Ni l’encens délicat flottant dans la ramure,
Mais dans l’obscur embaumé je perçois chaque effluve
Que répand alentour la saison opportune,
Sur l’herbe, le hallier, les baies sauvages,
La blanche aubépine et l’églantier pastoral,
Et l’éphémère violette sous les feuilles ;
Et sur la fille aînée du mois de Mai,
La rose musquée qui déborde de rosée enivrante,
Annonçant les soirées bourdonnantes d’été.

J’écoute sombrement ; c’est vrai que souvent,
A moitié amoureux de la Mort consolante,
Dans plus d’un vers rêveur je l’ai nommée tendrement,
Qu’elle emporte dans les airs mon souffle apaisé ;
Maintenant plus que jamais, mourir semble une fête,
Cesser d’exister, sans douleur, à minuit,
Au moment même, Rossignol, où en pareille extase
Tu donnes libre cours à ton âme !
Et toujours tu chanterais, mais vainement,
Ton haut requiem au gazon de ma tombe.

Toi, tu n’es pas né pour mourir, Oiseau immortel !
Nulle avare génération ne t’a foulé aux pieds ;
Cette voix que j’entends dans la nuit fugitive
Aux temps anciens berçait souverains et bouffons :
Ce même chant, qui sait, avait trouvé la voie
Du triste coeur de Ruth privée de sa patrie,
Debout, en larmes, parmi la moisson étrangère ;
Le même qui maintes fois enchanta
Des croisées par magie ouvertes sur l’écume
De mers dangereuses, au pays sans retour des fées.

Sans retour ! C’est un glas qui résonne en ces mots,
M’arrache à toi, me livre à ma solitude.
Adieu ! Car malgré ce qu’on dit, les chimères
Ne peuvent tout à fait nous abuser, – elfe joueur,
Adieu ! Adieu ! ton hymne plaintif s’évanouit,
Court sur le pré voisin et le ruisseau tranquille,
Jusqu’au sommet de la colline ; le voilà enterré
Tout au fond, sous l’herbe du val proche :
Etait-ce une vision ? ou un rêve éveillé ?
La musique envolée, suis-je avec elle en songe ?

***

Ode to a the Nightingale

My heart aches, and a drowsy numbness pains
My sense, as though of hemlock I had drunk,
Or emptied some dull opiate to the drains
One minute past, and Lethe-wards had sunk:
‘Tis not through envy of thy happy lot,
But being too happy in thine happiness, -
That thou, light-winged Dryad of the trees,
In some melodious plot
Of beechen green and shadows numberless,
Singest of summer in full-throated ease.

O, for a draught of vintage! that hath been
Cool’d a long age in the deep-delved earth,
Tasting of Flora and the country green,
Dance, and Provençal song, and sunburnt mirth!
O for a beaker full of the warm South,
Full of the true, the blushful Hippocrene,
With beaded bubbles winking at the brim,
And purple-stained mouth;
That I might drink, and leave the world unseen,
And with thee fade away into the forest dim:

Fade far away, dissolve, and quite forget
What thou among the leaves hast never known,
The weariness, the fever, and the fret
Here, where men sit and hear each other groan;
Where palsy shakes a few, sad, last gray hairs,
Where youth grows pale, and spectre-thin, and dies;
Where but to think is to be full of sorrow
And leaden-eyed despairs,
Where Beauty cannot keep her lustrous eyes,
Or new Love pine at them beyond to-morrow.

Away! away! for I will fly to thee,
Not charioted by Bacchus and his pards,
But on the viewless wings of Poesy,
Though the dull brain perplexes and retards:
Already with thee! tender is the night,
And haply the Queen-Moon is on her throne,
Cluster’d around by all her starry Fays;
But here there is no light,
Save what from heaven is with the breezes blown
Through verdurous glooms and winding mossy ways.

I cannot see what flowers are at my feet,
Nor what soft incense hangs upon the boughs,
But, in embalmed darkness, guess each sweet
Wherewith the seasonable month endows
The grass, the thicket, and the fruit-tree wild;
White hawthorn, and the pastoral eglantine;
Fast fading violets cover’d up in leaves;
And mid-May’s eldest child,
The coming musk-rose, full of dewy wine,
The murmurous haunt of flies on summer eves.

Darkling I listen; and, for many a time
I have been half in love with easeful Death,
Call’d him soft names in many a mused rhyme,
To take into the air my quiet breath;
Now more than ever seems it rich to die,
To cease upon the midnight with no pain,
While thou art pouring forth thy soul abroad
In such an ecstasy!
Still wouldst thou sing, and I have ears in vain -
To thy high requiem become a sod.

Thou wast not born for death, immortal Bird!
No hungry generations tread thee down;
The voice I hear this passing night was heard
In ancient days by emperor and clown:
Perhaps the self-same song that found a path
Through the sad heart of Ruth, when, sick for home,
She stood in tears amid the alien corn;
The same that oft-times hath
Charm’d magic casements, opening on the foam
Of perilous seas, in faery lands forlorn.

Forlorn! the very word is like a bell
To toll me back from thee to my sole self!
Adieu! the fancy cannot cheat so well
As she is fam’d to do, deceiving elf.
Adieu! adieu! thy plaintive anthem fades
Past the near meadows, over the still stream,
Up the hill-side; and now ’tis buried deep
In the next valley-glades:
Was it a vision, or a waking dream?
Fled is that music: – Do I wake or sleep?

(John Keats)

Illustration: Heiko Müller

 

 

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Ils s’envolent, déjà ils sont en chemin, les mots de libération et d’amour (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013



Ils s’envolent, déjà ils sont en chemin,
Les mots de libération et d’amour,
Avant les chansons, un trouble me prend
Et mes lèvres sont plus froides que glace.

Mais bientôt, là où des bouleaux gluants,
Se collant aux fenêtres, murmurent sourdement,
Les roses vont se tresser en couronne pourpre
Et j’entendrai les voix des invisibles.

Plus loin, une lumière généreuse à l’excès,
Comme un vin rouge qui brûle…
Déjà d’un souffle parfumé, chauffé à blanc,
Ma conscience est embrasée.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Bénédicité (Hubert Juin)

Publié par arbrealettres le 31 mars 2013



Les oeufs rangés dans les placards,
les pommes en le cellier
l’alcool qui fait justice,
le vin de bonne renommée,
et le thym sur la viande,
un bénédicité…

(Hubert Juin)

Illustration

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L’HÉRITIER (Gilles Vigneault)

Publié par arbrealettres le 30 mars 2013



 

lune-hiver

L’HÉRITIER

Pendant que de lune en froidure
Décembre se dépense en vain,
Mon coeur ce soir manque de vin
Et mon âme dort sur la dure.

Mon vieil oncle le temps qui dure,
M’ayant laissé comme écrivain
Vers les mil sept cent quatre vingts
Son héritage de rature,

Je mets à le dilapider
L’entêtement des sédentaires
Qui vont de mystère en mystère,

Sans rien faire pour éluder
Ni les échos ni les empreintes
Par qui chantent les labyrinthes…

(Gilles Vigneault)

 

 

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La nuit dans l’île (Pablo Neruda)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2013



La nuit dans l’île

Toute la nuit j’ai dormi avec toi
près de la mer, dans l’île.
Sauvage et douce tu étais entre le
plaisir et le sommeil, entre
le feu et l’eau.

Très tard peut-être
nos sommeils se sont-ils unis
par le sommet ou par le fond,
là-haut comme des branches
agitées par le même vent,
en bas comme rouges racines se
touchant.

Peut-être ton sommeil
s’est-il aussi dépris du mien
et sur la mer et sur sa nuit
m’a-t-il cherché
comme avant toi et moi,
quand tu n’existais pas encore,
quand sans t’apercevoir
je naviguais de ton côté
et que tes yeux cherchaient
ce qu’aujourd’hui
- pain, vin, amour, colère -
je t’offre à pleines mains
à toi, la coupe
qui attendait de recevoir les
présents de ma vie.

J’ai dormi avec toi
toute la nuit alors
que la terre en sa nuit tournait
avec ses vivants et ses morts,
et lorsque je me réveillais
soudain, par l’ombre environné,
mon bras te prenait par la taille.
La nuit ni le sommeil
n’ont pu nous séparer.

J’ai dormi avec toi
et ta bouche, au réveil,
sortie de ton sommeil
m’a donné la saveur de la terre,
d’algues, d’onde marine,
qui s’abrite au fond de ta vie.
Alors j’ai reçu ton baiser
que l’aurore mouillait
comme s’il m’arrivait
de cette mer qui nous entoure.

(Pablo Neruda)


Illustration: Alexandre Cabanel

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La topaze (Pablo Neruda)

Publié par arbrealettres le 24 mars 2013



Quand tu la touches, la topaze
te touche aussi :
et le doux feu s’éveille
comme s’éveillerait
le vin dans le grain de raisin.
Même avant sa naissance, le vin clair
dans une pierre
cherche à circuler, i1 demande à parler,
il livre son aliment mystérieux,
ii prend et rend le baiser de la peau de l’homme :
et le contact serein
de la pierre et de l’être humain
allume une brève corolle
qui redevient bientôt ce qu’elle était:
chair et pierre : entités à jamais ennemies.

(Pablo Neruda)


Illustration

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