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Poésie

Articles Tagués ‘vivre’

CIMETIÈRE AERIEN (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013



 

Zdzislaw Beksinski  002445

CIMETIÈRE AERIEN

Beau cimetière à tous vents,
en haut du mont vers la France,
dans mon manchon de silence,
je pense et me ressouviens.
Toi qui passes sur ma rive,
dis ton Ave, joins les mains.
Le mort toujours en chemin
guette ceux qui veulent vivre.
Sonne le soir, le matin,
l’Angelus à la volée :

Je ne suis que la durée
sans hier et sans lendemain.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Zdzislaw Beksinski 

 

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Devenir soi-même petit (Le Clézio)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Devenir soi-même petit,
si petit qu’on est à l’ombre d’une herbe et d’une fleur,
et vivre au soleil, dans la poussière,
sous le vent dans une seule journée
longue comme une saison.

(Le Clézio)


Illustration: Antoine de Saint-Exupéry

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Bouffée de printemps (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Bouffée de printemps

Tout poudroie au soleil, l’air sent bon le printemps.
Les femmes vont, au Bois sous leurs ombrelles claires.
Chiens, bourgeois et voyous, chacun a ses affaires.
Tout marche. Les chevaux de fiacre « ont vingt ans ».

Dans les jardins publics Guignol parle aux enfants
Aux tremblants crescendos des concerts militaires
Que viennent écouter de jaunes poitrinaires
Frissonnant aux éclats des cuivres triomphants.

Aux magasins flambants les commis font l’article,
Derrière les comptoirs des hommes à l’air fin
Pour vérifier un compte ont chaussé leur bésicle,

Chacun trime, rit, flâne ou pleure, vit enfin!
Seul, j’erre à travers tout, la lèvre appesantie
Comme d’une nausée immense de la vie.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Toutes les images du monde (Jean-Claude Pirotte)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



toutes les images du monde
je les vois vivre dans les livres
aussi celles d’un autre monde
bien plus réel que celui-ci

entre ce monde et l’autre monde
un rayon lumineux scintille
qui n’est ni celui du soleil
ni même celui de la lune

un chant vient mourir sur mes lèvres
je ne sais d’où ce chant s’élève
ni de quelle fable il est l’une
des complaintes d’une autre lune
qu’illumine un autre soleil

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Gilbert Garcin

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Encore un tout petit peu de temps (Jean-Hugues Malineau)

Publié par arbrealettres le 15 mai 2013



Encore un tout petit peu de temps
et je pourrai vous enseigner
le beau métier de vivre

(Jean-Hugues Malineau)


Illustration

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Une élégante étincelle (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 14 mai 2013



Une élégante étincelle
devint un jour l’amie
d’un robuste baril de poudre

Ils vécurent heureux longtemps
mais fort dangereusement

(Jean Orizet)


Illustration

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Le présent est le passant du temps (Pascal Quignard)

Publié par arbrealettres le 13 mai 2013



 

Elena Kalis  _0ak

Au mot présent il faut préférer le mot plus sûr de passant,

Le présent est le passant du temps.
[...]

Et il est possible que dans le passant du temps le passé soit l’énergie
(le noyau, le trou noir qui gît au sein de l’affluence, qui déclenche le flux).
Comme le mot courant dit quelque chose de plus profond que toute l’eau du fleuve.
Nous ne connaissons jamais ce qui commence à son début.
[...]

Nous avons connu la vie avant que le soleil éblouisse nos yeux
et nous y avons entendu quelque chose qui ne se pouvait voir ni lire.

Han Yu naquit en l’an 768,
Un jour il déploya les cinq doigts de sa main.
Il dit énigmatiquement qu’il avait encore entre chacun de ses doigts l’ombre de la première aube.

Retrouver l’aube partout, partout, partout, c’est une façon de vivre.
Reconstituer la naissance dans tout automne;
héler la perdue dans l’introuvable;
faire resurgir l’autre incessant et imprévisible
dans l’irruption de la première fois
car il n’en est pas d’autres.
Naître.

(Pascal Quignard)

Illustration: Elena Kalis

 

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Cassures (Elsie Suréna)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013



 

Bruno Walpoth -Zoom

Cassures

Nudités des jours
Écoulés sans surprise
Les uns
À la suite
Des autres
Est-ce cela vivre?

Amitiés aussi incertaines
Aussi maladroites parfois
Qu’une écriture tremblée
Est-ce cela vivre?

Brèves amours
Qui se suivent
Et se ressemblent
Tel un cheminement
De fourmis folles
Est-ce cela vivre?

Île natale aussi présente en moi
Qu’en gestation dans ses eaux à rompre
Là-bas où le facteur plaint les miens
Est-ce cela vivre?

Pays cassé au ras de nos rêves
Toujours blessé de vents contraires
Et chaque jour un peu plus délaissé
Parviendrai-je au bout du voyage
À me rencontrer face à face
Pour mieux te revenir et enfin vivre?

(Elsie Suréna)

Illustration: Bruno Walpoth

 

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Tout ce que je n’ai pas la force de te dire (Adonis)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013



Tout ce que je n’ai pas la force de te dire
Sombrera au fond de mon silence

Pourtant je vis à l’avance de l’amour
Sûr que ma mort est derrière moi
Traînant perplexe
Sans avenir,
Sans sagesse

(Adonis)

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Rien de plus (Maggy De Coster)

Publié par arbrealettres le 5 mai 2013



Branko Bahunek (8) 

Rien de plus

Rien de plus
Rien de moins
Rien du tout
Trois fois rien
J’existe encore
Et pour longtemps
Longtemps à attendre
À rêver
À rêver du rêve
Rêve sans trêve
Rêve d’espérance
Histoire de vivre
Vivre sans trêve

Chaque jour
Renaît l’espoir
Puis il disparaît
Et vient l’après
L’après-qui-dure
L’après-qui-s’installe
Dans le jeu de l’après
Règne la permanence
La permanence du doute
Et du doute naît la raison
De la raison naît le choix
Choix du possible
Ou de l’impossible

Et se dédouble le je
Pour ne pas se prendre au jeu
Le jeu du hasard
Le hasard qui nous surpasse
Et qui se confond avec le sort
Le sort, incarnat du bon et/ou du mauvais

(Maggy De Coster)

Illustration: Branko Bahunek

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