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Poésie

Archive for 10 février 2015

Sous le bord du toit (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

Sous le bord du toit
il n’y a dans le miroir
qu’un reflet de lune.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Une clef à East Lansing (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

Une clef à East Lansing

Je suis une pièce d’acier limé.
Mon bord cranté n’est pas fruit du hasard.
Dans une armoire que je ne peux voir
Je somnole accrochée aux autres clefs.
Il est une serrure qui m’attend,
La seule. La porte est de fer forgé,
Et de verre épais. De l’autre côté,
Cachée, la maison existe vraiment.
Dans leur haute pénombre, désertés,
Des miroirs voient passer les jours, les nuits
Et les photos des défunts oubliés,
Et le fin passé des photographies.
Le jour venu je pousserai la dure
Porte, je ferai tourner la serrure.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Malheur à moi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

Aaron Westerberg  (7)

Malheur à moi

Malheur à moi ! je ne sais plus lui plaire ;
Je ne suis plus le charme de ses yeux ;
Ma voix n’a plus l’accent qui vient des cieux,
Pour attendrir sa jalouse colère ;
Il ne vient plus, saisi d’un vague effroi,
Me demander des serments ou des larmes :
Il veille en paix, il s’endort sans alarmes :
Malheur à moi !

Las de bonheur, sans trembler pour ma vie,
Insoucieux, il parle de sa mort !
De ma tristesse il n’a plus le remord,
Et je n’ai pas tous les biens qu’il envie !
Hier, sur mon sein, sans accuser ma foi,
Sans les frayeurs que j’ai tant pardonnées,
Il vit des fleurs qu’il n’avait pas données :
Malheur à moi !

Distrait d’aimer, sans écouter mon père,
Il l’entendit me parler d’avenir :
Je n’en ai plus, s’il n’y veut pas venir ;
Par lui je crois, sans lui je désespère ;
Sans lui, mon Dieu ! comment vivrai-je en toi ?
Je n’ai qu’une âme, et c’est par lui qu’elle aime :
Et lui, mon Dieu, si ce n’est pas toi-même,
Malheur à moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aaron Westerberg

 

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La voici la main (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

La voici la main
qui parfois venait glisser
sur ta chevelure.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

 

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Ma chambre (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

Gustav Klimt lady-by-the-fireplace-1898.jpg!HD

Ma chambre

Ma demeure est haute,
Donnant sur les cieux ;
La lune en est l’hôte,
Pâle et sérieux :
En bas que l’on sonne,
Qu’importe aujourd’hui
Ce n’est plus personne,
Quand ce n’est plus lui !

Aux autres cachée,
Je brode mes fleurs ;
Sans être fâchée,
Mon âme est en pleurs ;
Le ciel bleu sans voiles ,
Je le vois d’ici ;
Je vois les étoiles
Mais l’orage aussi !

Vis-à-vis la mienne
Une chaise attend :
Elle fut la sienne,
La nôtre un instant ;
D’un ruban signée,
Cette chaise est là,
Toute résignée,
Comme me voilà !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Gustav Klimt

 

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De manière obscure (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

De manière obscure
les livres, gravures et clefs
connaissent mon sort.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Les cloches et les larmes (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

Cloche

Les cloches et les larmes

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

L’orgue sous le sombre arceau,
Le pauvre offrant sa neuvaine,
Le prisonnier dans sa chaîne
Et l’enfant dans son berceau ;

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

La cloche pleure le jour
Qui va mourir sur l’église,
Et cette pleureuse assise
Qu’a-t-elle à pleurer ?… L’amour.

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

Priant les anges cachés
D’assoupir ses nuits funestes,
Voyez, aux sphères célestes,
Ses longs regards attachés,

Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

Et le ciel a répondu :
« Terre, ô terre, attendez l’heure !
J’ai dit à tout ce qui pleure,
Que tout lui sera rendu. »

Sonnez, cloches ruisselantes !
Ruisselez, larmes brûlantes !
Cloches qui pleurez le jour !
Beaux yeux qui pleurez l’amour !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

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Je subis de nouveau (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



Je subis de nouveau à cette heure l’un de mes nombreux transferts,
je monte les degrés de mes avatars,
alors que d’autres sans doute attendent.

(Walt Whitman)

Illustration

 

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Le coucher d’un petit garçon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 Franz Von Defregger

Le coucher d’un petit garçon

Couchez-vous, petit Paul ! Il pleut. C’est nuit : c’est l’heure.
Les loups sont au rempart. Le chien vient d’aboyer.
La cloche a dit : « Dormez ! » et l’ange gardien pleure,
Quand les enfants si tard font du bruit au foyer.

« Je ne veux pas toujours aller dormir ; et j’aime
A faire étinceler mon sabre au feu du soir ;
Et je tuerai les loups ! Je les tuerai moi-même ! »
Et le petit méchant, tout nu ! vint se rasseoir.

Où sommes-nous ? mon Dieu ! donnez-nous patience ;
Et surtout soyez Dieu ! Soyez lent à punir :
L’âme qui vient d’éclore a si peu de science !
Attendez sa raison, mon Dieu ! dans l’avenir.

L’oiseau qui brise l’oeuf est moins près de la terre,
Il vous obéit mieux : au coucher du soleil,
Un par un descendus dans l’arbre solitaire,
Sous le rideau qui tremble ils plongent leur sommeil.

Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule ;
Sous le cygne endormi l’eau du lac bleu s’écoule,
Paul ! trois fois la couveuse a compté ses enfants ;
Son aile les enferme ; et moi, je vous défends !

La lune qui s’enfuit, toute pâle et fâchée,
Dit : « Quel est cet enfant qui ne dort pas encor ? »
Sous son lit de nuage elle est déjà couchée ;
Au fond d’un cercle noir la voilà qui s’endort.

Le petit mendiant, perdu seul à cette heure,
Rôdant avec ses pieds las et froids, doux martyrs !
Dans la rue isolée où sa misère pleure,
Mon Dieu ! qu’il aimerait un lit pour s’y blottir ! »

Et Paul, qui regardait encore sa belle épée,
Se coucha doucement en pliant ses habits :
Et sa mère bientôt ne fut plus occupée
Qu’à baiser ses yeux clos par un ange assoupi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Franz Von Defregger

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Camden, 1892 (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2015



 

Camden, 1892

Cette odeur des journaux et du café.
Le dimanche, son ennui. Le matin
Et la page entrevue avec les vains
Poèmes allégoriques publiés
Par ce collègue en vue. Blanchi par l’âge
L’homme est là prostré dans son logement
Décent et pauvre. Avec désoeuvrement,
Sur le miroir, il fixe son visage.
Il pense sans surprise que c’est lui
Ce visage. Sa main distraite touche,
En vrac sa barbe et, dévastée, sa bouche.
Sa fin n’est pas très loin. Et sa voix dit :
Je ne suis presque plus, mais mes vers trament
La vie et sa splendeur. Moi, Walt Whitman.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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