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Poésie

Archive for 18 février 2015

DIMANCHES DE BANLIEUE (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



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DIMANCHES DE BANLIEUE

Dimanches de banlieue et retour en troisième,
Limonade et vin blanc, tous les plaisirs que j’aime.

O les goguettes, les goguettes, les goguettes !
Artilleurs langoureux cueillant des pâquerettes !
Grand’route, grand soleil, amour et bicyclettes !
Tous les clairons chantant : « As-tu vu la casquette ? »
Une petite amie, un peu maigre, qui dit
« Quel dommage, mon vieux, que demain soit lundi ! »

Dimanche de banlieue et retour en troisième !
Puis là-haut, tout là-haut, la lune : diadème.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration

 

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Qu’il est bon de se lever (Claude-Hélène Lambert)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



Elle se coiffe.
Et rassemble en chignon
ses cheveux traversés d’épingles d’écaille.
Le chignon est plus mince qu’il y a bien longtemps.
Mais il importe de le faire – tous les jours –
et de nouer de jour en jour
les gestes de la vie.
Parfois – très rarement –
elle ne peut lever les bras.
Mais la douleur cédera au geste simple,
à l’affirmation ainsi répétée
qu’il est bon de se lever,
de commencer un nouveau jour
et de vivre debout,
les cheveux coiffés.

(Claude-Hélène Lambert)

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Sauve-qui-peut (Andrée Hyvernaud)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



L’un s’est enfui par le miroir
l’autre a filé par la fenêtre
seul le dernier, resté coincé
sous l’oreiller
m’a permis de l’entrevoir…

Pourquoi si vite disparaître
feux-follets amis d’un soir ?

(Andrée Hyvernaud)


Illustration

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Nul ne comprend ce que je tais (Bai Juyi)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



Parfois tout un jour debout dans mon jardin
parfois jusqu’à l’aube assis devant ma lampe:
Nul ne comprend ce que je tais.
Par instants longuement je soupire.

(Bai Juyi)

Illustration: Le visiteur familier (Xu Gu)

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Un billet de femme (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



Max Gasparini -   (19) [1280x768]

Un billet de femme

Puisque c’est toi qui veux nouer encore
Notre lien,
Puisque c’est toi dont le regret m’implore,
Ecoute bien :

Les longs serments, rêves trempés de charmes,
Ecrits et lus,
Comme Dieu veut qu’ils soient payés de larmes,
N’en écris plus !

Puisque la plaine après l’ombre ou l’orage
Rit au soleil,
Séchons nos yeux et reprenons courage,
Le front vermeil.

Ta voix, c’est vrai ! Se lève encor chérie
Sur mon chemin ;
Mais ne dis plus :  » A toujours !  » je t’en prie ;
Dis :  » A demain !  »

Nos jours lointains glissés purs et suaves,
Nos jours en fleurs ;
Nos jours blessés dans l’anneau des esclaves,
Pesants de pleurs ;

De ces tableaux dont la raison soupire
Ôtons nos yeux,
Comme l’enfant qui s’oublie et respire,
La vue aux cieux !

Si c’est ainsi qu’une seconde vie
Peut se rouvrir,
Pour s’écouler sous une autre asservie,
Sans trop souffrir,

Par ce billet, parole de mon âme,
Qui va vers toi,
Ce soir, où veille et te rêve une femme,
Viens ! Et prends-moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Max Gasparini

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Sa brûlure (Sarah Friedland Ben-Arza)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



Sa brûlure

Sa brûlure j’ai essayé de la nier
mais j’étais pour elle une proie trop facile.
Avant même d’avoir été conçue,
affamée, des briques la question me guettait.
Et je tente trop tard une deuxième fois, puis une troisième fois
de voiler ou d’émietter ou de dissoudre
avec des outils inadéquats
et brisés
la Question qui est ma place.

(Sarah Friedland Ben-Arza)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Jade (Bian Shoumin)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



Jade lisse au toucher
Soumis aux mille caresses

A toi-même transparent
Tu caresses un seul rêve…

(Bian Shoumin)

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Fiat Lux (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



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Il marche à l’heure vague où le jour tombe. Il marche,
Portant ses hauts bâtons. Et, double ogive, l’arche
Du pont encadre l’eau, couleur plume de coq.
il a chaud et n’a pas le sou pour prendre un bock.
Mais partout où ses pas résonnent, la lumière
Brille. C’est l’allumeur humble de réverbère
Qui, rentrant pour la soupe, avec sa femme assis,
L’embrasse, éclairé par la chandelle des six,
Sans se douter – aucune ignorance n’est vile –
Qu’il a diamanté, simple, la grande ville.

(Charles Cros)

 

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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant :  » D’où sommes-nous venus ?  »
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor :  » Non, tout n’est pas malheur !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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Un arc de triomphe (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2015



 

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Un arc de triomphe

Tout ce qu’ont dit les hirondelles
Sur ce colossal bâtiment,
C’est que c’était à cause d’elles
Qu’on élevait un monument.

Leur nid s’y pose si tranquille,
Si près des grands chemins du jour,
Qu’elles ont pris ce champ d’asile
Pour causer d’affaire, ou d’amour.

En hâte, à la géante porte,
Parmi tous ces morts triomphants,
Sans façon l’hirondelle apporte
Un grain de chanvre à ses enfants.

Dans le casque de la Victoire
L’une, heureuse, a couvé ses oeufs,
Qui, tout ignorants de l’histoire,
Eclosent fiers comme chez eux.

Voulez-vous lire au fond des gloires,
Dont le marbre est tout recouvert ?
Mille doux cris à têtes noires
Sortent du grand livre entr’ouvert.

La plus mince qui rentre en France
Dit aux oiseaux de l’étranger
« Venez voir notre nid immense.
Nous avons de quoi vous loger. »

Car dans leurs plaines de nuages
Les canons ne s’entendent pas
Plus que si les hommes bien sages
Riaient et s’entr’aimaient en bas.

La guerre est un cri de cigale
Pour l’oiseau qui monte chez Dieu ;
Et le héros que rien n’égale
N’est vu qu’à peine en si haut lieu.

Voilà pourquoi les hirondelles,
A l’aise dans ce bâtiment,
Disent que c’est à cause d’elles
Que Dieu fit faire un monument.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

http://henriettel.canalblog.com/archives/2010/07/11/18545629.html

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