Arbrealettres

Poésie

Archive for 24 mars 2015

Le babil inconnu (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015


hiver

Nous respirons à peine. Les couleurs,
Les sons familiers des jours, les mains,
Les coeurs, attendent, mais déjà
Tout a changé, ou change, et dépasse
La poésie. Ce n’est pas
Comme la forme des arbres en hiver
Rendue visible par l’absence
Et l’avenir des feuilles.
Demain, par la brume lumineuse,
Nous demande d’ouvrir la lourde porte,
Malgré la peur, d’en être la charnière.
Le corps de l’âme cherche
En cet autre monde, son pays,
Dans les mêmes bouches, le babil inconnu.

***

We hardly breathe? Colours await,
A world of ordinary sounds,
Ans delves, and hands, and everything
Utterly different, and quite
Beyond imagining. Unlike
The structure of the winter trees,
Made visible within the absence
And futurity of leaves.
Tomorrow on the other side,
In a misting light, of an ancient door,
Appeals, appals, we two the hinge.
The body of the soul is moved
To seek its own in that other world,
New voices babbling in the old.

(Michael Edwards)

(NB: l’auteur est bilingue et il a traduit en français son poème puis reconstruit le poème anglais)

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Roi de rien (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



Zephyr-Flore-r1

 

Je ne suis roi de rien, je règne sur le vent,
Sur des chemins perdus, sur des sables mouvants,
Sur d’anciens châteaux-forts et sur des cathédrales
englouties.

Je suis roi d’un soleil qui se meurt comme il peut,
J’ai l’air d’un vieux volcan refroidi peu à peu,
Je crois que ma parade à grands coups de cymbales
est finie.

Je ne suis roi de rien, ma couronne est en bois,
C’est scandaleux bien-sûr, c’est de mauvais aloi,
Je ne suis rien roi de rien mais je suis roi quand même
car je t’aime.

Alors le monde entier peut s’écrouler d’un coup,
J’ai le droit d’être pauvre et le droit d’être fou.
Je suis esclave et roi, je n’ai pas de problèmes
si tu m’aimes.

Je ne suis roi de rien que de mon avenir,
Qui n’est déjà plus rien qu’un désastre à venir,
Et l’intérieur de moi n’est plus qu’un paysage
en délire,

Je ne suis roi de rien, je suis comme un enfant
Qui reconstruit le monde en écoutant le vent.
Il ne me reste plus, je crois, que le courage
de te dire
que je t’aime

Je ne suis roi de rien mais je suis roi quand même
si tu m’aimes
encore un peu …

(Bernard Dimey)

 

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Je te souris (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



 

Alphonse Mucha yK [1280x768]

Je te souris.

Qu’est-ce qu’un sourire?

Une lumière envoyée à une étoile par une étoile.

Une odeur qui lie les herbes en prairie bourdonnante.

Une douce couleur

la couleur verte de mes yeux s’emmêle dans tes doigts.

Tu tiens dans ta main le corps tout chuchotant de la prairie.

Le contour de l’herbe étroit et âpre raconte mes yeux qui regardent à l’infini.

Tu me souris.

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alphonse Mucha

 

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Encore un souvenir (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



 

egypte-medecine [1280x768]

encore un souvenir
je viens d’écrire un mot
je suis plus vieille d’un mot
de deux
de trois
d’un poème

plus vieille – qu’est-ce que cela veut dire

dans l’abstraction qu’on appela histoire
m’a été assigné un espace étroit
d’ici – jusque-là

je grandis

dans l’abstraction qu’on appela économie
il m’a été ordonné de vivre

dans l’abstraction qu’on appela temps –

j’avance
je me perds
et poursuis mon errance

au Metropolitan Museum
dans la galerie des sculptures égyptiennes
la pierre sourit avec des lèvres de femme

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici
 

 

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INFIMUS INFIMI (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



INFIMUS INFIMI

Ce point en toi
qui respire
qui souffre et jouit
qui voit

enfoui
dans l’eau de la chair
la glaise du corps
où il s’abrite

perdu parmi
l’abîme étoilé
des cellules
en chacune en nulle

glissant à travers
la vie la mort
l’avenir
déjà passé

pour le contenir
seule est assez petite
l’éternité.

(Jean Mambrino)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Méditation (André Durand)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015


pluie

Tu te croyais enfermé dans ta vie
mais un visage brille
dont tu t’éprends, qui passe,
ou du cagibi peint en vert
ou d’un hangar parmi les sacs
tu entends ruisseler la pluie:
tu es ce sol battu de cour et tu es abrité pour lui,
tu passes tout entier dans ton oreille,
tu ne peux pas ne pas te donner à cette pluie:
elle a su, en se jouant, trouver une ouverture,
elle est l’avenir qui afflue, en elle tu es libre.

(André Durand)

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Entre le ciel et l’eau (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



Entre le ciel et l’eau

Entre le ciel et l’eau, je suis entre le ciel
Qui est hier fixé dans l’azur du passé
Un ciel qui n’est pas immobile mais qui reste
Le même presque — Et l’eau de l’avenir qui fut
troublante et donne
le vertige, où se reflète le ciel d’hier
pareil, mais pas du tout de la même façon
Instable, comme glissant, d’un pas mal sûr
Inquiet comme se tenant sur une boule,
Et puis aussi selon les ondulations
Changeantes toutefois, plus profond ou plus clair,
Allongé par des bouts et raccourci par d’autres
Très incertain, assurément, très incertain
Et je me tiens ainsi, entre le ciel et l’eau
Appuyé tout contre le ciel sans empêcher
la clarté que je fais irrévocablement
Vers l’eau, vers l’eau mal sûre et pleine
d’inconnu, fascinante parfois ou qui fait peur
Selon que tel reflet s’allonge ou se restreint
prend toute la place ou la laisse à un autre
toujours selon les ondulations.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

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La vie à l’envers (André Dhôtel)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



5566

 

J’ai acheté une théière
et puis j’allai au Luxembourg
voir Galatée
et les abeilles rue d’Assas.

Le bassin était sans voiliers
et c’est là que devait jouer
l’enfant blond de l’aimée absente
laquelle avait alors neuf ans.

Dans les marroniers les statues
s’arrêtaient naïvement
pour regarder vers les lointains
un avenir dévêtu.

Elles avaient aussi oublié
leurs chaussures et leurs robes
tant elles désiraient vraiment
que les futurs étés d’amour
scandalisent les balustrades.

(André Dhôtel)

 

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LA PROCESSION (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015




LA PROCESSION

Des bottines blanches
des solennels gants glacés
on garde l’étreinte
sur l’étroit balcon
où l’on se tient
quand passent les trompettes
d’une procession masquant magnifiquement l’avenir.

(Jean Follain)

Illustration: Edouard Manet

 

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MATINS JOYEUX (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



MATINS JOYEUX

Oh ! les anciens matins de bonheur infini,
De joie inexplicable ! Oh ! les matins tout roses
Où l’on ouvrait son âme à des bonheurs sans causes
Comme à des oiseaux fous qui se trompent de nid.

Oh ! les matins pieux dans le mois de Marie!
On imaginait voir, au loin se prolongeant,
Des floraisons d’azur et des ruisseaux d’argent
Faisant de l’avenir une chose fleurie.

Parmi des encensoirs, des flambeaux, des gradins,
Souriait la Madone en de naïfs jardins,
Tandis que nous servions la messe en robe rouge.

Et nous rêvions alors du jour proche et joyeux
Où nous allions sentir le frôlement qui bouge,
Des premiers lauriers verts dans nos jeunes cheveux !..

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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