Arbrealettres

Poésie

La vieille mourante (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2015



La vieille mourante

Coffrée dans ton lit-cage
Livrée aux mécaniques
Vieille ô si vieille
La mort hésite à t’accueillir

Tête burlesque
Sous les vrilles des cheveux blancs
Un sirocco de rousseurs ensable ta peau
Des rides rapiècent tes joues
Ta bouche n’est qu’un puits

Tu happes l’air
Ton coeur perd substance
Ton horizon se détisse
Ta chair t’engloutit

Vieille ô si vieille
Où sont ceux qui t’aimaient ?
Ta route fut trop longue
La mort les a surpris
La vie les a rongés

Une main est pourtant là
Qui recouvre la tienne
Son toucher traverse
Tes brumes d’agonie

Une voix t’accompagne
Vers le lieu sans âge
Que le temps n’assiège plus

Laisse tomber tes défroques
Quitte en douceur l’enclos
Va à perte de vue
Rejoins l’ultime flottille
Qui cingle vers l’inconnu.

(Andrée Chedid)


Illustration: Ron Mueck

2 Réponses to “La vieille mourante (Andrée Chedid)”

  1. Incroyable cette photo. Si émouvante. Ce lit et cette couleur neutre fade suggérent une telle solitude de la mourante qui a l’air d’être abandonnée à son triste sort
    Déchirante cette photo.

    • arbrealettres said

      Tu ne connais pas Ron Mueck ? Cliques sur le lien… je suis aller voir une expo… c »est hallucinant de précisions ses « sculptures » de plus souvent gigantesques mais tellement vivantes et émouvantes …

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