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Poésie

Archive for 21 avril 2015

Neige sur Vénus (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

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Neige sur Vénus

Il a neigé toute la nuit
Sur Vénus dont les prairies bleues
Ce matin sont ensevelies
Sous un duvet rose et soyeux.

Car sur Vénus la neige est rose
Avec de petits filets d’or
Et ses flocons, lorsqu’ils se posent,
Tremblent comme un oiseau qui dort.

Qu’il serait doux de voir ici
Un oiseau marcher sur la neige
Ou, quittant d’un vol vif son nid,
Fendre ce rose sortilège!

Mais tout est silence et repos
Sur la planète aux bleues prairies:
Pas d’arbres, de nids, nul oiseau,
Rien qui ressemble à de la vie.

Il neige rose et or sans trêve
Et c’est un spectacle si beau
Qu’il faut bien que quelqu’un, en rêve,
Contemple ou peigne ce tableau.

(Marc Alyn)

 

 

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LA NUIT EST TOMBEE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



Ora Tamir - Israeli Surrealist painter - Tutt'Art@ (4)

 

LA NUIT EST TOMBEE

La nuit est tombée et toujours je t’attends
D’où vas-tu surgir ? De quels souples buissons ?
Quel petit sapin magique et frémissant
Te fera sortir, fabuleux, de son tronc,
Comme brusquement sort de l’oeuf un oiseau ?
Quel peuplier mince et balancé au vent
Soudain sera Toi, par quelque enchantement ?
Ô fée, que la nature m’offre en cadeau
Pour que, moi aussi, je possède un trésor ;
J’aime à être sur la rive, près du port
Ce site t’enclôt comme un enfant à naître
Ce sont tes gestes, tes pas, ton col qui ploie
Qu’esquissent, dessinent, rejettent parfois
Saules, joncs, osiers, avec persévérance.
Espiègles aussi t’imitent les fourrés
« Si nous étions Elle ? », ont-ils dit, s’écartant.
Mais quand le soir vient, soudain pris de pitié,
Lorsque enfin c’est Toi, quel prodige émouvant !
Toi, déesse née au sein des mers immenses,
Dans l’ombre trompeuse, en mes bras, enfin Toi !
Mon tendre réel, plus sûr quand tu commences
A me raconter ton voyage vers moi.

(Gyula Illyès)

Illustration: Ora Tamir

 

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Je voulais vous voir en plein jour (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

« je voulais vous voir en plein jour »

Les parcs d’alors étaient grandissimes
Vraiment
Avec des sapins verts dont les cimes
Gaiement
Tambourinaient l’azur
Clément

Hélas, les souvenirs se déciment
et je n’en suis plus sûr…

(Louis Calaferte)

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A UNE JEUNE MORTE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015


 


 

Anne Yvonne Gilbert   009834_31 [1280x768]

A UNE JEUNE MORTE

Tu ne dors pas, je le sais, va, tu es morte, et nul rêve
ne vient plus réchauffer ton sourire, figé sur ton visage comme une fleur de givre
Je ne te mentirai plus, je ne te ferai plus miroiter l’espoir du printemps si proche.
Tu es morte à jamais, le souffle a cessé de passer entre tes dents.

Jamais plus tu ne viendras avec nous dans les vignes
Ni chanter sur les routes douces et sablonneuses
Riant comme ce jour où nous t’avions hissée sur le cerisier chargé de fruits
Riant aux éclats de voir tes chaussures dégringoler sous l’arbre
Tu attendais ton amoureux en haut du paysage
Tes jambes à jamais sont fermées par la mort

Qui donc voudrait maintenant s’endormir sur tes boucles?
Tu nous es devenue étrangère, peut-être hostile aussi. Demain
Des mottes glacées heurteront ton cercueil et tandis que rentrés chez nous,
Nous nous mettrons à table, essayant de refouler notre chagrin,
Par la planche humide une goutte froide tombera sur ta nuque tendre et au-dessus de toi
Ton tertre funéraire fondra et la terre se refermera, inexorable.

Certes, nous penserons à toi et puis… ta propre mère t’oubliera!
Ton souvenir s’effacera, comme ton destin qui ne fut qu’un jeu trop sévère.
Un jeu! me dis-je tout à l’heure en passant par la bruyère qui craquait sous mes pas.
Avec toi nous oublierons peu à peu notre jeunesse, la chanson
S’éteindra dans notre vieux coeur obscurci, et si un jour
Nous devions nous retrouver, ton âme de fillette s’écarterait de nous.

(Gyula Illyès)

Illustration: Anne Yvonne Gilbert

 

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FRERE ET SOEUR (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

Anne-Marie Zilberman (27)

FRERE ET SOEUR

J’aurais pu trois jours, trois jours contempler
le val de tes yeux, ce val de mystère
ceint de tes sourcils comme un champ d’osier.
Il y brille au fond une eau vive et claire,
des poissons d’argent, des poissons y dansent,
d’un étang peut-être en son pur éclat.
Trois jours j’aurais pu, trois jours en Silence,
Contempler ceci, contempler cela.

Trois jours j’aurais pu, trois beaux jours encore
suivre de tes seins la courbe si tendre,
cette courbe-là qu’affirme ta robe
et voir s’y poser l’étoile tremblante,
étoile pourtant de mes nuits trop sombres
et quelle clarté sur son lit de soie.
Trois jours j’aurais pu, trois jours en silence,
Contempler ceci, contempler cela.

Et j’aurais voulu, voulu tout à coup
trouver à mes yeux pâture et breuvage
dans le lourd épi de tes deux genoux,
tes genoux serrés, tes genoux bien sages,
battants d’une porte aux vives nuances
s’invitant l’un l’autre à s’ouvrir tout grands.
Trois jours j’aurais pu, trois jours en silence,
Contempler ceci, contempler cela.

Dans l’immensité tiède de ton corps,
dans ce que ton corps contient de lumière

(Gyula Illyès)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Ce recommencement (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

Ernesto Arrisueño 601

ce recommencement

comme un trait brûlant
la peau et suppliant
l’énigme désirer

ce recommencement tant

quand lasse
incline

un regard un retrait une

(Martine Broda)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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JEU (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (39) [1280x768]

JEU

Je suis le cuisinier d’un feu de poésie,
Magicien tournant dans la marmite d’or
Le coeur purifié des paroles choisies
Avec le piment noir et pourpre de la Mort.

Je suis le capitaine d’un prince plus fort
Que tous les conquérants des Indes ou d’Asie,
Chuchotant tout à coup aux oreilles saisies
Le mot de passe impérieux, de port en port.

Par le monde mon seul adversaire est l’ennui;
Pour le mettre en déroute il n’est que sérénades :
Le caprice arlequin en bondissant me suit.

Bien déluré d’ailleurs qui dira d’où je suis,
Car chasseur kurde ou guitariste de Grenade,
J’enferme des oiseaux dans un cercle de nuit.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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LES BELLES DAMES DE PARIS (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015


 


Albert Lynch _Portrait_Of_An_Elegant_Lady [1280x768]

LES BELLES DAMES DE PARIS

Les belles dames de Paris
Ont de belles robes
Avec de grands cols à broderies
Sous les manteaux fourrés de haut prix.

Les belles dames de Paris
Du Pont-Neuf à la Concorde
Ont de beaux visages poudrés de riz
Et de mignonnes mains gantées de gris.

Mais elles ont mieux
Pour les galants audacieux,
Elles ont mieux encore
Que beaux habits et beaux yeux;

Elles ont mieux que fraîches mines
Malicieuses de souris :
Elles ont de gracieux corps
Sous les chemises fines;

Elles ont cuisses et jambes jolies
Et veloutées comme fleur ou fruit
Dans leur lit,
Les belles dames de Paris.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Albert Lynch

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PLAISIR D’AMOUR (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

PJ Lynch 1c_500

PLAISIR D’AMOUR

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Et la rose que vous offrirent ce matin
Des doigts fins de damoiseau tendrement
Aura ce soir froissé ses habits de satin;
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment
Et ne laisse qu’un souvenir lointain.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Mignonne, ayez-en plus souci;
Ne renvoyez pas vos princes charmants
Avec une larme au bout de leurs cils;
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment :
Chagrin d’amour aussi.

(Tristan Klingsor)

Illustration: PJ Lynch

 

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MARGUERITE AU ROUET (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015


 


 

fileuse 1 [1280x768]

MARGUERITE AU ROUET

— Vous qui faites la jolie et l’enjôleuse
Marguerite au rouet lent pourquoi filer ? —
— Je veux faire une ceinture merveilleuse
pour donner à mon Gottlieb ensorcelé —

Sur le pont d’Avignon qui viendra danser ?

— La mignonne, vous qui faites l’endormie,
La mignonne au rouet lent pourquoi songer ?
— Je veux être de Gottlieb la douce amie
Et lui ceindre mon costume d’or frangé –

Sur le pont d’Avignon iront-ils danser ?

Elle n’est plus la jolie et l’enjôleuse
— Marguerite au rouet lent pourquoi pleurer
Elle ne filera plus ô la fileuse :
Son Gottlieb d’une autre écharpe s’est paré.

Sur le pont d’Avignon qui viendra danser ?

(Tristan Klingsor)


 

 

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