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Poésie

Archive for 7 mai 2015

Femmes qui m’aimez (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



Femmes qui m’aimez
ouvrez de nuit vos rideaux
et regardez le ciel où je chemine
lentement vers vous comme une étoile.

Femmes qui m’aimez
lancez à l’eau votre image
afin que je vous retrouve le soir
dans la plaine du Dniepr,
dans la secrète vallée du Scorff.

Femmes qui m’aimez, tuez-moi
pour que je ne devienne point
celui que vous n’aimerez plus.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

 

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PASSE TA ROUTE (Herri Gwilherm Kerouredan)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



PASSE TA ROUTE

I
L’égire du matin
stances muettes sur le seuil
lave ton corps déchu

avant qu’un fouet de houx
porteur d’une voix sans écaille
sillonne l’horizon

d’une main rejeté
à ta limite de l’épaule
dans la nuit de l’extase.

II
Lavandières voici minuit
l’eau trouble de la fontaine
attend déserte dans les pierres
recel d’une arche de frai
votre rencontre du blasphème
un siècle l’autre parfois

vierges jusqu’aux primes lueurs
lustrez d’oxyde les glaives
sous l’argile bleue répandus.

III
Salve dans l’oreille
dure fuyant par les ajoncs
certains qui le guettent
se terrent dans l’ajour des volets

jaunes sont les yeux
durant que le chemin se trace
déjà saccagé
par un geste aveugle de l’obscur

visage entre les bibelots
d’argile brûlé.

IV
Etreinte sombre de l’aïeul
des icônes se dérobe
lorsque cerné d’un linceul de plomb
se lève le soleil
lui franc gladiateur déjà ivre
d’un signe assèche les fleuves

bercée loin de l’étoile du gîte
sur les dalles se révulse
une complainte des sources.

V
Soleil de trembler
entre la plaine
la chute des épis
dans l’oreille vespérale
tu soulèves le vent
poitrine nue
à perte d’horizon.

VI
A midi germe de l’obscur
un pas sous le cèdre mesure
terreau d’ancienne douleur
le lieu perfide du repos

par la profusion des épis
l’oeil s’aveugle de désir.

Qui du ciel de l’été
épuise par l’hiver
l’aube des frissons

de ce geste figé
un pas dans les frimas
l’autre sous la lampe

enchante-t-il ce ciel
carmin de l’horizon
sur les routes blanches

où se bercent les corps
près des sources du soir
embaumés de songes.

Le fruit se gâte
quinquet sous la pluie
femme de ta main noire
guide vers le seuil

va quérir l’urne
mais le vent referme
qui de l’aube à la nuit
se trace des fleuves

terroir veux-tu
s’évasent les mains
brodeuses de repos
pour l’arbre du soir.

lX
Ses doigts se joignent sur sa plaie
par le sillon il titube
avant l’arbre de chez nous

le ventre s’ouvre sur la terre
appelant de l’océan
l’ondée du matin sur lui

passe ta route dira l’hôte
une pierre dans les yeux.

X
Mante glaciale du regard
contre la vitre dressé
recouvre de ton charme l’os
d’une blême nudité
hors la pluie se glissant caverne
flammes sur des lèvres de cire

brise la fleur des fournaises
souffle ce maître verrier
teintant de nuit l’âme des sables.

(Herri Gwilherm Kerouredan)

Illustration: Josiane Moïmont

 

 

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L’eau du riz (Issa)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



filant
sur le ruisseau d’écoulement gelé
l’eau du riz

(Issa)

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Un dur labeur le souffle (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



Pas un soleil l’oiseau
Pas une femme l’amour
pas une plage le jour
Pas une voile la vie.
Que des mots les mots,

Le ciel pas un palais
Pas un songe les yeux
Ni l’ami un bonheur
Ni l’enfant un royaume.

Un dur labeur le souffle.

(Georges-Emmanuel Clancier)

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Retouche à la matinale (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015


 


 

Alexander Bartashevich  802

retouche à la matinale

du livre sous l’édredon
monte encore l’appel de la chouette
laineuse et posée sur une ligne

adolescente aux longs cils

d’en bas traîne à venir
sévère mais soulevant sa robe
l’odeur du café

(Daniel Boulanger)

Illustration: Alexander Bartashevich 

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Je veux bien (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



Je veux bien que vienne une image éclatante
Comme un coup de griffe du soleil sur le ruisselet
Comme un regard qui vous donne tout le besoin d’un autre de vous aimer
Et qu’on perd au milieu des rues
Je veux bien, mais cet éclat va-t-il se dissoudre
Ou me rayer ma vie?

(Pierre Morhange)


Illustration: William Blake

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Sous le gel (Yves Prié)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



Sous le gel

Au revers du silence
la vie fait racine sous le gel

(Yves Prié)

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Le coup d’oeil (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015



Le coup d’oeil

belles filles sans fin
avec une rue qui tombe du soleil
une fenêtre aussi vive que du mercure
un train qui sans effort emporte la terre
taillées dans le marbre d’un instant

(Daniel Boulanger)


Illustration: Paul Delvaux

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Et moi je brûlerai pour toi (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015




Tes frêles épaules rougiront sous les fouets,
Rougiront sous les fouets, brûleront dans le gel.
Tes mains d’enfant soulèveront des fers,
Soulèveront des fers et tresseront des cordes.
Tes tendres pieds iront nus sur du verre,
Iront nus sur du verre dans le sable sanglant.
Et moi je brûlerai pour toi comme un cierge noir,
Comme un cierge noir, et il me sera défendu de prier.

(Ossip Mandelstam)

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ELBE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2015




ELBE

J’ai dit
Je te tu
Tu dis
Tu me moi
Je te tutoie
Tu me tutoies
Je me tais et tu t’es tue
Je tue l’autre en toi
Comme en moi tu tuas l’un
Je me tue si tu te tues
En te tuant tu me tues
Tu n’es plus toi tu es moi
Qui ne suis plus rien que toi
Une et un sont un
Il fait nuit en plein soleil
Pour mieux noyer l’indivis
Pour nous noyer tous deux
Dans un vaste lit d’eau bleue
Midi profondément noir
Claire mort
Précipite l’heure ardente
Au sablier inférieur
Engouffre notre bonheur
Sous le démesuré drap
Du temps qui ondule et brille
Devant ce point où nous sommes
Nus et joints
Confondus
Et qui tout nûment est
Le fond étroit d’une barque
Dérivant devant la belle
Ile d’Elbe.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration

 

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