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Poésie

Archive for 17 juin 2015

Ce que j’avais sur mon coeur (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



Ce que j’avais sur mon coeur
En glissant sur ma langue
A brûlé mon coeur
Et ma langue

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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Le vent (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



 

Dimo Kolibarov (18)

le vent vient en ma maison. Il gratte à ma porte.
le vent m’emporte, me transporte, me rapporte.
le vent me perd en chemin C’est un diable, un requin.
le vent a de grandes mains de lavandière, de mannequin
le vent broie le linge et le pain, boit mon vin.
le vent courbe la fleur du lin, rameute les embruns.
le vent convoque le thym. Le vent s’en va, s’en vient.
le vent met le mal au bien, joue à la petite-main
le vent effraie mon chien. Le vent m’appelle :
je viens…
Ma dame, du vent n’ayez souci,
je le tiens en ma merci.
Le vent à La Ronce mendie.
je n’ai que faire de ce puits, ni de la forêt verdie
que je devine sous la neige, que je dessine en la neige
de la main blanche du vélin.

(Hubert Juin)

Illustration: Dimo Kolibarov

 

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Ma nostalgie n’est pas mienne (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



Ma nostalgie n’est pas mienne.
Elle est vieille comme les astres.
Un jour, comme eux,
née du Néant,
du vide illimité.

Le bruissement des arbres,
le roulement de la vague sur le rivage,
les hautes montagnes au loin —
éveillent ma nostalgie.
Mais non pour une chose d’ici.
Pour une autre chose infiniment lointaine,
et d’il y a très, très longtemps —

Longtemps avant la mer, avant les montagnes, avant les vents —

***

Min längtan är inte min.
Den är gammal så som stjärnorna.
Född ur Intet engång
som dc,
ur den gränslösa tomheten.

Suset i träden,
vågens slag mot stranden,
de stora bergen långt borta —
de väcker min längtan.
Men inte till någonting här.
Till något oändligt långt borta,
någonting för länge länge sen —

Långt före havet, långt före bergen, långt före vindarna —

(Pär Lagerkvist)


Illustration: Guillaume Dubufe

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Retouche à la solution (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



Retouche à la solution

les mots marche à marche
mènent à la terrasse du silence
où sur la table de la nuit
les lumières jouent aux dés

(Daniel Boulanger)


Illustration

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PAYS SECRET DENUDE (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



 

Alex Alemany dialogos-con-el-viento

PAYS SECRET DENUDE
(Fragments)

Tu es une eau verte Tu dors Je plonge de si loin en toi
depuis le temps des os des chairs à naître que je dessine
ton corps avec des tremblements mathématiques des robes déchirées
par les couteaux des ongles des muscles : statue lasse mouvante
et draperie N’était le corail de ton regard Le foin de ta nuque
lorsque l’aube est nue

Eau jade mon amie Je hale le chaland au long de toi te nomme
Mes doigts ébauchent le chemin creux la croix des hêtres l’orme
Je veux le cercle de ton ventre l’oeuf entre les lèvres le sel
des reins Aisselles

Je geins dans le pourtour ouaté Chaud

Ni la main qui te crée La langue qui t’éveille Le reflux
du songe où tu te multiplies Le sexe noir soleil Le baiser
te lisse s’y vautre Tu es ma bauge

(Hubert Juin)

Illustration: Alex Alemany

 

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Elles ne le savent pas encore (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



Ce chemin
Depuis des années
Est abandonné
Elles ne le savent pas encore
Les fleurs sauvages

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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Mon chien joue dans le foin (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



 

chien foin [1280x768]

Mon chien joue dans le foin. C’est le premier matin.
A La Ronce, le puits a des couleurs d’acier bleu.
La grand’porte est fermée : le soleil fait le tour,
suivi par la forêt, et c’est un nouveau jour
où vous aurez pour moi des paroles naïves,
ma dame,
et des rires d’enfant…

Une cohorte d’anges s’en va pleurer le vent.

(Hubert Juin)

Illustration

 

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Le vent vient en ma maison (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



 

Le vent vient en ma maison. Il gratte à ma porte.
Le vent m’emporte, me transporte, me rapporte.
Le vent me perd en chemin. C’est un diable, un requin.
Le vent a de grandes mains de lavandière, de mannequin.
Le vent broie le linge et le pain, boit mon vin,
Le vent courbe la fleur du lin, rameute les embruns.
Le vent convoque le thym. Le vent s’en va, s’en vient.
Le vent met le mal au bien, joue à la petite-main.
Le vent effraie mon chien. Le vent m’appelle :
je viens…

(Hubert Juin)

Illustration

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TRIOMPHALE ENTREE DE LA MORT (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



 

Alberto Pancorbo n55

TRIOMPHALE ENTREE DE LA MORT

Voici la plus belle, la pure, celle qui vient avec le vent, avec
l’ami, et portée par les routes géantes de la mer, la toute
ouverte, la tant couverte par les anges et les capitaines qui
furent grands aux temps anciens, la trop parée, et qui va nue,

voici son front qui est de braise, voici son sein bleu comme
le ciel après l’orage,

voici sa main qui a pitié,

voici sa main qui est guerrière,

une courtisane,

une paysanne qui va très loin dans sa campagne redresser l’épi
courbé, et des jachères l’accompagnent jusqu’au porche de
la nuit,

une paysanne qui va de saison en saison, qui sarcle et brûle
le chiendent, qui fait sillon après sillon, le dos courbé, proche
la glèbe,

une paysanne de fenaison,

une courtisane,

une reine étendue sous les dais du désert, avec des gazelles
pour compagnes, et au loin, très loin, voici venir le cri roux
des buccins de la nuit,

une reine dressée au seuil de son empire, sous l’arbre qui est
rouge, une reine qui fait justice et injustice dans son coeur noir,

une courtisane,

qui entre, les lèvres peintes et drapée de tissus étranges où des
oiseaux sont imprimés, oui,

qui triomphe.

(Hubert Juin)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Le portrait (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



Le portrait

Elle passa comme un parfum de fleur d’automne.
J’espérais la revoir et ne la voyais plus,
Mon cœur était lassé de ne trouver personne,
Mes yeux étaient lassés d’avoir été déçus.

Je me souvins un jour que de notre amour brève,
Il me restait un vieux portrait que je baisais.
Sous les baisers brûlants de larmes arrosés,
L’image s’effaça et s’enfuit comme un rêve.

Et je désespérais quand je vis apparaître
Sur l’image effacée l’azur pur de ses yeux,
Quand je vis la pâleur de ses lèvres renaître
Avec un éclat tendrement mystérieux.

Le souvenir avait refait l’image pure.
Sur le papier vieilli je remis un baiser ;
Ses lèvres vinrent sur les miennes se poser
Et je sentis au cœur une vague brûlure.

(Jules Supervielle)

Illustration

 

 

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