Arbrealettres

Poésie

Archive for 20 juin 2015

Et là, soudain (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Et là, soudain, le mental coule.
Qu’est-ce qu’une pensée ?
Cri silencieux dans la bouche blanche.
Cela unit, cela déchire.
Viol et puis la douceur.
La contradiction est le foyer de l’identité.
Etats du corps, états de la veille:
mêmes tranches de vif.
Entre les choses, entre nos dents, le vide :
ici et là, quel besoin de langue !
Il y a battement et manque.
Il y a présence et absence.
Désir, désir — désir. Les mots, les images :
où est le positif et où le négatif?

(Bernard Noël)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce n’est pas l’arbre (Georges de Cagliari)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Ce n’est pas l’arbre
qui a inventé le bâton.

(Georges de Cagliari)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Les chevaux du temps (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Les chevaux du temps

Quand les chevaux du temps s’arrêtent à ma porte
J’hésite un peu toujours à les regarder boire
Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leurs soif.
Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant
Pendant que leurs longs traits m’emplissent de faiblesse
Et me laissent si las, si seul et décevant
Qu’une nuit passagère envahit mes paupières
Et qu’il me faut soudain refaire en moi des forces
Pour qu’un jour où viendrait l’attelage assoiffé
Je puisse encore vivre et les désaltérer

(Jules Supervielle)

Illustration: Jennifer Morrison

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Saisir (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Saisir

Saisir, saisir le soir la pomme et la statue,
Saisir l’ombre et le mur et le bout de la rue.

Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d’oiseaux lâchés

Combien d’oiseaux perdus qui deviennent la rue,
L’ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue.

Mains, vous vous userez
A ce grave jeu-là.
Il faudra vous couper
Un jour, vous couper ras.

(Jules Supervielle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mélancolies manutentionnaire (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Mélancolies manutentionnaire

(…)
J’ai dans mes sabots de la paille,
Avec un bel épi qui dépasse et me raille ;
La porte ne s’ouvre pas,
Le poêle ne fume pas,
Et j’entends qu’on ne vient pas.
Être bien seul avec soi-même,
Ah ! c’est un mets bien délicat !
Des soldats rient ; mais c’est derrière ma fenêtre.
Ils s’éloignent ;
Tout est derrière ma fenêtre,
La vie, les caporaux, les corvées,
Et la fourragère et son cocher laid.
Je me rends visite à moi-même
Et bien que ce plaisir fût longuement mûri,
Il me trouve tout ahuri !
(…)

(Jules Supervielle)

Illustration: Sophie Rocco

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Adieu à l’estancia (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Adieu à l’estancia

(…)
Adieu, chardons fleuris, azur frais des pampas,
Bois lointains que l’aurore inondait d’espérance,
Et familier jardin où tout sera silence,
Jardin des souvenirs et des blonds mimosas !

Adieu, ma meule d’or comme une grappe mûre
Que le bœuf sous le joug, regarde tout rêveur,
Chaumine qui t’ouvrais, l’été, fraîche et obscure,
Et qui pendant l’hiver es chaude comme un cœur !

Mes chers eucalyptus, il est tard, je vous quitte,
Adieu, mes vieux amis au feuillage profond,
Vous, le parfum léger et l’âme de ce site,
Je vous laisse mon Rêve épars sur votre front…

(Jules Supervielle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le clair sourire (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



Le clair sourire

(…)

Derrière un éventail de fraîche mousseline,
Ton rire ruisselait en source près de moi ;
Je vois encore mes fleurs s’ouvrir sur ta poitrine ;
J’entends le rythme clair et le chant de ta voix !

Hélas ! tu es plus loin de moi que l’astre frêle,
Enveloppé de soir et fleuri de rayons,
Et dans mon souvenir tes sombres cheveux vont
Comme des rêves las, meurtris, blessés à l’aile.

Cherchant au loin ta forme exquise et mon bonheur,
Sur une barque blanche a fui mon rêve aride,
Et je vois revenir là-bas ma barque vide,
Et ton noir éventail se ferme sur mon cœur…
(…)

(Jules Supervielle)

 Illustration: Gustav Klimt

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je vis le long des jours très lents (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015




Je vis le long des jours très lents. Un torrent coule.
Il va du temps à l’autre dimension du coeur
où s’en vont ceux qui ont suivi la profondeur.
Car le fond seul est véritable à notre attente.

(Henry Bauchau)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Par amour d’amour incertain (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015



La première arche, merveilleusement hardie, heureuse,
immatérielle
Du pont dont la beauté future est encore perdue dans
la brume
Car la forme accomplie, le songe inapaisé du vrai
La deuxième arche à la courbe pensive
Doit demeurer, mon âme, imaginaire.

C’est seul, et sans savoir comment, qu’il faudra faire
la traversée des eaux
jusqu’à la rive qui peut-être n’existe pas

C’est le coeur, le coeur chevalier
Le coeur en lumière épuisée
Qui va par la route incertaine
Par amour d’amour incertain.

(Henry Bauchau)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La règle (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2015




La règle est d’apprendre à rire
Homme

Avant de mourir

(Henry Bauchau)


Illustration: Le rire c’est du sérieux!

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :