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Poésie

Archive for 23 juin 2015

Je me protège de cette rafale (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



Odilon Redon_mystery [1280x768]

 

Je me protège de cette rafale
Qui balaie sur les cimes des peupliers
La lumière de la place.
Dans le faible reflet, une volée
De feuilles remonte le bord de la muraille.
Elle me frappe là où j’ai mal,
Cette voix, toute la nuit :
Me revient ma triste
Vocation à exister, cette soif
De me chercher en tous lieux.

***

Mi difendo a questa raffica
Che spolvera la luce della piazza
Suite cime dei pioppi.
Nel debole riverbero uno stormo
Di foglie risale il ciglio della murata.
Batte qui dove mi duole
Questa voce tutta flotte :
Mi ritorna la triste
Vocazione ad esistere,
La brama di cercarmi in ogni luogo.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: Odilon Redon

 

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Chaud (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



 

Chaud comme j’étais dans ton ventre
Je m’accroche à tes reins,
Ma mère. Je suis
Ton fruit et à toi je reviens
Chaque nuit et à l’heure de ma mort.
Nous dormirons comme autrefois,
La plante de mes pieds pressée
Contre ton coeur.

***

Caldo com’ero nel tuo alvo
Mi attacco alle tue reni
Madre mia. Io sono
Il tuo frutto e a te ritorno
Ogni notte e nell’ora della morte.
Dormiremo come una volta,
Le mie piante premute
Contro il tuo cuore.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration

 

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Tu étais droite et heureuse (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



 

Dina Shubin  (6) [1280x768]

Tu étais droite et heureuse
Devant la porte que le vent
Venait d’ouvrir sur la campagne.
Pétrie de lumière
Tu te tenais immobile dans le jour,
Au temps des guêpes d’or,
Lorsque dans le sureau
Se font douces les moelles.
Alors on allait déchaussés
Par les fossés, on mesurait l’ardeur
Du soleil d’après les empreintes
Laissées sur les rochers.

***

Erí dritta e felice
Sulla porta che il vento
Apriva alla campagna.
Intrisa di luce
Stavi ferma nel giorno,
Al tempo delle vespe d’oro
Quando al sambuco
Si fanno dolci le midolla.
Allora s’andava scalzi
Per i fossi, si misurava l’ardore
Del sole dalle impronte
Lasciate sui sassi.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: Dina Shubin

 

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Froide est l’haleine du soir (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



 

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Froide est l’haleine du soir
Sur ces prés que j’ai touchés de mon front
Chaud, empli du bonheur de la course.

***

Fredda alita la sera

Fredda alita la sera
Su questi prati che toccai con la fronte
Calda e felice della corsa.

(Leonardo Sinisgalli)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Même s’il tarde (Nico Naldini)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



Même s’il tarde
et que tu es seul à l’endroit convenu
c’est ta place.
La vie peu à peu
t’abandonne, sur le trottoir
dans un espace de plus en plus réduit.
Puisqu’au monde ne reste
que son écharpe des jours de fête.

***

Anche se tarda
e sei solo al posto convenuto
quello è il tuo posto.
La vita a poco a poco
ti lascia, nel marciapiede
in uno spazio sempre più breve.
Se al rondo c’è soltanto
la sua sciarpa festiva.

(Nico Naldini)

Illustration

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L’ami trahi m’appelle (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



 

L’ami trahi m’appelle
Du fond de mon coeur, et s’approche.
Je l’entends monter, dans mon sommeil.
Je crie au dernier pas qu’il fait :
Pourquoi me piétines-tu ?
Puis il s’endort, léger, sur ma poitrine.

***

L’amico tradito mi chiama
Dal fondo del cuore e s’avvicina.
Sento nel sonno che sale.
Io grido all’ultimo passo
Perché mi calpesti.
Poi mi dorme leggero sul petto.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: John Henry Fuseli

 

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CHÂTEAUX EN ESPAGNE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



CHÂTEAUX EN ESPAGNE

Je rêve de marcher comme un conquistador,
Haussant mon labarum triomphal de victoire,
Plein de fierté farouche et de valeur notoire,
Vers des assauts de ville aux tours de bronze et d’or.

Comme un royal oiseau, vautour, aigle ou condor,
Je rêve de planer au divin territoire,
De brûler au soleil mes deux ailes de gloire
À vouloir dérober le céleste Trésor.

Je ne suis hospodar, ni grand oiseau de proie ;
À peine si je puis dans mon coeur qui guerroie
Soutenir le combat des vieux Anges impurs ;

Et mes rêves altiers fondent comme des cierges
Devant cette Ilion éternelle aux cent murs,
La ville de l’Amour imprenable des Vierges !

(Emile Nelligan)


Illustration: Marie-Pierre Kuhn

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VILLE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



VILLE

La nuit se renverse comme une bouteille d’encre sur la page du jour.
La tache s’étale que n’arrête pas l’horizon
sur l’écriture des êtres et des choses.
Un rayon de lune glisse sur les tuiles.
Un toit miaule.
Les réverbères éclaboussent les trottoirs
où défilent les platanes, raides comme à la parade,
et qui longent une alternance de pavillons et de terrains vagues, pas encore bâtis.
La chaussée ne me renvoie que l’écho de mes pas, accompagné
par le souvenir des liens, sur de hauts talons.
J’irai jusqu’au bout de la ville,
jusqu’à cette aube de lait et de rosée
qui accrochera des chants d’oiseaux
sur les arbres du quai et les poutrelles du pont Eiffel.

(Jean-Baptiste Besnard)

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LA SEINE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



LA SEINE

Au milieu des brumes vaporeuses,
Je descends la Sente des Laveuses.
La Seine serpente de Conflans à Herblay
Et je foule en rêvant les herbes du remblai.
Le vent incline l’herbe aquatique
Au bord de l’eau lourde qui clapote
Contre la berge avec laquelle elle papote.
Sous le gros tronc d’un arbre hiératique.
Une barque attachée à la rive
Par un filin d’acier veut fuir à la dérive
Pour suivre enfin au fil du courant
Le vol rapide d’un cormoran.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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FRISSON D’HIVER (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



FRISSON D’HIVER

Les becs de gaz sont presque clos :
Chauffe mon coeur dont les sanglots
S’épanchent dans ton coeur par flots,
Gretchen !

Comme il te dit de mornes choses,
Ce clavecin de mes névroses,
Rythmant le deuil hâtif des roses,
Gretchen !

Prends-moi le front, prends-moi les mains,
Toi, mon trésor de rêves maints
Sur les juvéniles chemins,
Gretchen !

Quand le givre qui s’éternise
Hivernalement s’harmonise
Aux vieilles glaces de Venise,
Gretchen !

Et que nos deux gros chats persans
Montrent des yeux reconnaissants
Près de l’âtre aux feux bruissants,
Gretchen !

Et qu’au frisson de la veillée,
S’élance en tendresse affolée
Vers toi mon âme inconsolée,
Gretchen !

Chauffe mon coeur, dont les sanglots
S’épanchent dans ton coeur par flots.
Les becs de gaz sont presque clos…
Gretchen !

(Emile Nelligan)


Illustration: Delphin Enjolras

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