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Poésie

Archive for 25 juin 2015

C’ÉTAIT UNE AUTRE EPOQUE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



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C’ÉTAIT UNE AUTRE EPOQUE

Nous étions assis sous une horloge sans nuages
comme à la source du temps bref.
La jeune fille la plus proche parlait le sanscrit
et quelqu’un lui demanda un chemin qui n’existait pas.
Derrière nous un village
aux yeux agrandis par le loisir.

Nous froissions des caresses
longtemps retenues aux vitres de la pluie
et la rouille gagnait l’extrémité de nos doigts.
Enfants tardifs et désoeuvrés
dont les visages ne servaient à personne

nous laissions l’herbe monter autour de nous
comme un besoin coupable
et nous rêvions de disparaître
enfin voilés par ce caprice aux longs cils
exemptés de toute présence et de tout lieu.

C’était un jour incrusté d’oubli
comme une chapelle baroque
un jour qui n’avait pas la force de se lever
et de nous regarder pâlir.

(Georges Henein)

Illustration: René Julien

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Le jour à Udaipur (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



 

Le jour à Udaipur

Blanc le palais
blanc sur le lac noir.
Lingam et yoni.

Comme la déesse tu m’entoures, nuit.

Fraîche terrasse.
Tu es immense, immense
à la mesure.

Etoiles inhumaines.
Mais l’heure est à nous.

Je tombe et m’élève,
je brûle et me noie. N’as-tu
donc qu’un corps?

Oiseaux sur l’eau,
l’aube sur les paupières.

***

Blanco el palacio
blanco en el lago negro.
Lingam y yoni.

Como la diosa al dios
tu me rodeas, noche.

Fresca terraza.
Eres inmensa
a la medida.

Estrellas inhumanas.
Pero la hora es nuestra.

Caigo y m eelevo,
ardo y me anego. ¿ Sólo
tienes un cuerpo?

Pájaros sobre el agua,
alba sobre los párpados.

(Octavio Paz)

Illustration

 

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ÉPILOGUE (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



ÉPILOGUE

L’automne était la seule divinité
Elle renaissait
préparant la mort
Soleil couchant
qui dorait les feuilles sèches

Et comme les générations des feuilles
sont les humains

A présent nous nous en allons
mais cela n’a pas d’importance
parce que d’autres feuilles
verdiront sur la même branche
Face à ce triomphe
de la vie perpétuelle
peu importe
notre misère morte
Ici nous fûmes
habitant chez les morts
et nous nous perpétuerons
dans la chair et le sang
de ceux qui arrivent

***

EPILOGÓ

El otoño era la única deidad
Renacía
preparando la muerte
Sol poniente
que doraba las hojas secas

Y como las generaciones de las hojas
son las humanas

Ahora nos vamos
pero no importa
porque otras hojas
verdecerán en la misma rama
Contra este triunfo
de la vida perpetua
no vale nada
nuestra misera muerte
Aquí estuvimos
habitando en los muertos
y seguiremos
en la carne y la sangre
de los que lleguen

(José Emilio Pacheco)


Illustration

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Fleurs (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015


Fleurs promises, fleurs tenues dans tes bras,
Fleurs sorties des parenthèses d’un pas,
Qui t’apportait ces fleurs l’hiver
Saupoudrées du sable des mers?
Sable de tes baisers, fleurs des amours fanées
Les beaux yeux sont de cendre et dans la cheminée
Un coeur enrubanné de plaintes
Brûle avec ses images saintes.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

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Mezza voce (Linda Bastide)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Mezza voce

Ils sont là.
Des millions de gens passés au fil de l’horreur,
depuis le commencement.
Et qui attendent.

Tu vois, c’est simple, ils sont là.
Je ne raconte pas une histoire ou un rêve.
Il ne s’agit pas d’un conte ou d’une folie.
Je te parle de ma vie.

Ça se passe sous mes yeux. Ils sont derrière moi
quand je marche dans la rue, ils envahissent
mon jardin au crépuscule, sans un bruit. Ils
s’allongent à perpétuité, et jonchent le sol de
leurs pauvres cadavres, si nombreux qu’ils
recouvrent l’herbe verte et s’entassent les uns
sur les autres. Les enfants au-dessus.

Souvent, ils se taisent, ruinés de fatigue. Ou bien
ils hurlent, ils sanglotent, ils geignent et se
déchirent, réclamant père ou mère en des
langues différentes et que je comprends toutes.
Ils traversent le temps, pour venir m’écorcer de
leurs caresses froides. On s’étouffe dans le sang
des promesses non tenues.

Je suis l’herboriste des expirations.
Aujourd’hui même, qui passera d’un souffle
l’autre, et de quelle façon ?
Choisis. Un homme, une femme, un enfant.
Choisis.
A toi de voir.

Pour le fardeau de mémoire, pour l’inconsolable
minute de silence, pour les veillées à venir, je
répète, je ressasse et j’insiste.

Tu vois, c’est simple. Ils sont là.
Et elles chanteront longtemps, ces voix
exténuées qui rampent et qui me hantent.
Si tu n’écoutes pas.

(Linda Bastide)

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Un jour, j’inventerai les signes de ma topographie personnelle (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



moissonneuses

Un jour, j’inventerai les signes de ma topographie personnelle :
baisers dans les fougères, postes d’affût des grosses truites,
coups de foudre, harems champêtres, traces de fées, moissonneuses nues,
violettes hallucinogènes, arbres à casse-croûte, granges aux belles,
cabarets en lierre, haltes du temps, sourires, etc…

Je me demande si M. Larousse, qui emploie des jeunes filles à souffler sur des pissenlits,
accueillera mes suggestions dans ses excellents ouvrages.

(André Hardellet)

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Te voilà enfin! (Claudine Bertrand)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015


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Sous le foisonnement des arbres
je quête le silence des feuilles

Parmi le bavardage
vertige cherche
vocabulaire
de vérités toutes nues

Prise tout entière
dans les filets de l’instant
rompre le désanchantement

Un baiser la fit sursauter
demi-tour vers la réalité

Il pose l’annulaire sur ses prunelles
elle murmure te voilà enfin!

(Claudine Bertrand)

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Notre vie-sommeil (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Là-bas, la blanche voile sombre, offerte
A quelque brise immatérielle,
Saura conduire notre vie-sommeil
Jusqu’aux lieux où les eaux se mêlent

Aux rives bordées d’arbres noirs,
Où les forêts inconnues s’accordent
Aux élans du lac vers plus d’être,
Afin de rendre le rêve complet.

Là-bas nous saurons bien nous cacher, disparaître,
Engloutis dans le vide liséré de la lune,
Ressentant que cela qui fait notre substance
En d’autres temps était musique.

(Fernando Pessoa)


Illustration

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Trouvé dans l’héritage (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Trouvé dans l’héritage

Initiales
entrelacées
devenues anonymes
sur les draps de lit
d’un défunt amour.

(André Frénaud)

Illustration

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Des profondeurs de l’enfer de la terre (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015


 


Kathryn Jacobi 17

Des profondeurs de l’enfer de la terre
Je crie vers vous, lumière
De midi, nuages, ciel étoilé,
Gouffre du ciel insensible
A nos maux comme aux sources du blé,
Fureur des éléments et dont l’homme est la cible,
Calme trompeur des eaux suspendues
Et des trous dans le ciel
Par où filtre l’espoir, ce fiel
Que distillent les nues,
Dont chaque étoile
Est une goutte qui tombe
Dans notre bouche ouverte comme un puits
Plus sec que le fond de la tombe,

(Franz Hellens)

Illustration: Kathryn Jacobi

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