Arbrealettres

Poésie

PETITE VARIATION (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2015




PETITE VARIATION

Comme une musique ressuscitée
– qui la réveille là-bas, de l’autre côté,
qui la conduit par les spirales
de l’ouïe mentale? -,
comme le moment
évanoui qui revient
et c’est encore une fois la même
imminence dissipée,
sonnèrent sans sonner
les syllabes déterrées :
et à l’heure de notre mort, amen.

Dans la chapelle du collège
je les ai dites de nombreuses fois
sans conviction. Je les entends maintenant
dites par une voix sans lèvres,
rumeur de sable qui s’éboule,
pendant que les heures sonnent dans mon crâne
et que le temps fait un autre tour vers ma nuit.

Je ne suis pas le premier homme
— me dis-je, à la façon d’Épictète — qui va mourir sur terre.
Et le monde s’effondre dans mon sang
au moment où je le dis.
La désolation
de Gilgamesh quand il revenait
du pays sans crépuscule :
ma désolation. Sur notre terre opaque
chaque homme est Adam :
avec lui commence le monde,
avec lui il s’achève.
Entre l’après et l’avant,
parenthèse de pierre,
je serai, un instant sans retour,
le premier homme, et je serai le dernier.
Et en le disant, l’instant
– intangible, impalpable –
sous mes pieds s’ouvre
et sur moi se ferme, temps pur.

(Octavio Paz)

Illustration: Paul Cézanne

 

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