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Archive for 1 septembre 2015

Tout ce que tu possèdes (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Fidel Garcia 128e

Tout ce que tu possèdes et tout ce que tu possèderas
Tu perdras tout cela
Tu t’apercevras tôt ou tard, rapidement ou lentement
Mais pas forcément douloureusement
Parce que tu peux perdre tout entièrement sans douleur
Même avec joie merveilleuse
Et tu seras illuminé par l’évidence
Que tu n’avais pas et tu n’as pas besoin
De posséder quoi que ce soit
Quoi posséder et pourquoi posséder
Quand tout est donné
Le corps est donné
La terre entière et tout ce qui vit sur la terre
Le ciel entier et tout ce qui vit dans le ciel
Tu peux posséder seulement le malheur
Et ce malheur est faux
Parce qu’il faut que tu saches
Que le malheur véritable n’existe pas
C’est le bonheur qui existe véritablement
Mais tu n’as pas besoin de posséder le bonheur
Parce qu’on est le bonheur

(Edward Stachura)

Illustration: Fidel Garcia

 

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Préface (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Catherine Réault-Crosnier  boyl-mai02-19

Préface
Vraiment, il est juste et bon
De rire aux éclats
Pleurer doucement
La pluie s’arrête
Les jardins sont en fleurs
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
De marcher et de tomber
Et se lever après la chute
La guerre est passée
L’herbe se lève
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
De suivre les étoiles
De jouer du violon
L’astronomie
Et la musique
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
De faire attention
D’être plein de passion
Carpe diem
Les chevaux au galop
Et il faut s’accrocher à cela

Vraiment, il est juste et bon
Pour que l’homme
Dans sa vie unique
Soit juste
Et bon

Pour que l’homme
Soit l’homme
Les feuilles volent
La forêt murmure
Le vent tresse
Les nuages
Et il faut s’accrocher à cela

(Edward Stachura)

Illustration: Catherine Réault-Crosnier

 

 

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Quand elle est partie sous les nuages (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015


 


Konstantin Kacev (71)

Quand elle est partie sous les nuages

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Je faisais tout tomber par terre
Touches la main avec la main – bravo
Mais dix doigts c’est trop peu
Mes dix doigts n’existent plus

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Je m’appuyais contre le mur
Elles ne voulaient pas me porter
Elles étaient fragiles comme deux fleurs
Elles rêvaient, pauvres, la force disparue

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche

Comme sans la bouche j’étais avec la bouche
Elle était comme immobilisée par un pansement
Elle était comme engloutie dans le plâtre
Je me noyais dans l’air
Je pensais que j’étais fini, fini

Comme sans les mains j’étais avec les mains
Comme sans les jambes j’étais avec les jambes
Comme sans la bouche j’étais avec la bouche
Comme un cadavre j’étais devant vous

Quand elle est partie sous les nuages

(Edward Stachura)

Illustration: Konstantin Kacev

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Je vais bénir toujours ce jour heureux (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Je vais bénir toujours ce jour heureux,
Quand je renaîtrai de nouveau,
Même si c’est le jour de ma mort.
Mais j’espère que je renaîtrai plus tôt.

Mon ombre ne va pas me poursuivre,
Quand je renaîtrai de nouveau,
Horrible et carbonisée, mon ombre noire:
Un arbre foudroyé dans la forêt.

Je vais dormir dans la nuit et non dans la journée,
Quand je renaîtrai de nouveau,
Mon sommeil sera clair et sans cauchemars
Et réveillé je ne vais pas moisir

J’irai en avant, très loin, sans me retourner,
Quand je renaîtrai de nouveau;
Je serai sourd et aveugle pour l’amour,
Et je vais cueillir des cerises dans le jardin.

(Edward Stachura)

 

 

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Où vas-tu? Vers le Soleil! (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Où vas-tu? Vers le Soleil!

La nuit dans la nuit et la nuit dans les hommes
Et la lumière ne sait où elle doit frapper

Je suis ici
Je t’appelle
Je suis ici
Perces-moi
Ô Rayon lumineux et doré

Ne me fais pas peur, comme si tu ne revenais jamais
Je sais que tu es juste en dessous de l’horizon

Dans le miroir du ciel
Je te vois déjà
Dans le mouvement de la terre
Je t’entends déjà
Ô Rayon lumineux et doré

Je t’en prie, ne prolonges plus cette nuit
C’est l’aube, c’est le temps d’aller vers le Soleil

Avec l’éclat dans les yeux
J’irai
Tout droit vers toi
Je courrai
Ô Rayon lumineux et doré

(Edward Stachura)

Illustration: Erich Heckel

 

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Je ne suis à personne (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Euan Macleod 38_m

Je ne suis à personne

J’avais un père, j’avais une mère,
J’avais des frères, j’avais des soeurs,
J’avais aussi,
J’avais aussi trois amis.
Ca allait bien, ça allait mal
Mais de toute façon, ça allait toujours.

Mais après elle est venue,
Et j’ai quitté tout pour elle,
Et je l’aimais, je l’aimais
De la mort je n’avais pas peur
Et elle est partie, en février
Et ne vit plus, celui qui vivait

Je n’ai pas de père, je n’ai pas de mère
Je n’ai pas de frères, je n’ai pas de soeurs
Je n’ai pas non plus (que souffle le vent)
Je n’ai plus d’amis.
Je vais ci, je vais là
Dans la foule toujours seul.

Je n’ai plus rien.
Je n’ai plus rien.
Et je ne suis à personne.
Personne ne m’a.
Personne ne m’a.
Je n’appartiens à personne.

Je ne suis à personne.
Je ne suis à personne.
Je ne suis à personne.

(Edward Stachura)

Illustration: Euan Macleod

 

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Chanson pour un infecté (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

Euan Macleod -myislandhome

Chanson pour un infecté

C’est merveilleux:
Il y a de l’air!
Et j’ai deux mains,
Et j’ai deux jambes!

Le pain dans le sac,
Le fromage pour le pain,
Et la pluie à boire.
– – – – – – – – – –
– – – – – – – – – –
La nuit arrive
Et il fait froid.
Mais j’ai deux mains,
Je vais me couvrir.

Je vais me cacher,
Je vais me consoler.
Dans ma propre fourrure.
– – – – – – – – – –
– – – – – – – – – –
L’aube c’est encore loin,
On ne voit rien
Mais j’ai deux jambes,
On va y arriver.

Les chiens aboient!
Les brouillards volent!
Dormez, madame!
– – – – – – – – – –
– – – – – – – – – –
Il y a de l’air:
C’est merveilleux!

(Edward Stachura)

Illustration: Euan Macleod

 

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ON A TROUVÉ DES RÊVES (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015



 

ON A TROUVÉ DES RÊVES

J’ai retrouvé des rêves
que j’avais autrefois déposés

dans une poche trouée
quand la nuit
le corbeau immense
s’envola vers la rivière limpide — bonne

cette nuit-là
les chauves-souris ont dévoré toutes les étoiles
les papillons blancs
seuls les papillons noirs ont survécu

la vérité était alors comme la lune
qui roulait pendant quatre semaines
sur la surface lisse d’un miroir

(Edward Stachura)

Illustration: Leon-Francois Comerre

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Page (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015


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Page

Les couleurs s’annulent.
Vos pierres de gué
Devinent un chemin
Sur le blanc aveugle
Au ras des rives.
Le vide du puits
Avale les sons.
Bruissent les mots
Parmi les pierres.

Ils cherchent le noir
Fluide et frais
De l’eau souterraine.
Sur les bords du lac
Expire le souffle
Du vent qui passe.

Vous vacillez
Dans l’infini
De la lumière
Qui dissipe la voie.
Que vos paroles
Sombrent en tremblant
Dans la calme lueur,
Pour resurgir
Ailleurs, accomplies!

***

Page

A blanching of sight.
Your stepping stones
Extend a path
Across the depth
Of brimming white.
The hollow well
Absorbs the words.
Sounds as they fall
Resound in the shaft.

They seek the cool
And liquid dark
Of water in earth.
The lakeside laps
With the dying breaths
Of the passing wind.

The infinite
Before within
Whose light you falter,
Disperses the way.
May the words you say
Tremble and sink
Through the glowing quiet,
To rise elsewhere
And be heard as they are.

(Michael Edwards)

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Quand bien même (Léon Gontran Damas)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2015


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Quand bien même
je t’aimerais mal
en est-ce bien sûr
au point d’en avoir mal
pour sûr
tu sais bien que je t’aime
c’est sûr
au point d’en avoir mal
pour sûr
de t’aimer mal
en est-ce bien sûr
toi qui m’aimes
toi qui m’aimes mal
c’est sûr

(Léon Gontran Damas)

Illustration Chantal Pinosa

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