Arbrealettres

Poésie

SOLITUDE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



Albert Moore 6

SOLITUDE

C’est l’heure où dans le soir les pâles jeunes filles
Songeront à l’amour pour la première fois
Et verront le reflet vague sur leur aiguille
De la lune qui tremble et meurt dans les cieux froids.

La lune est dans le soir comme une grande hostie
Qui saigne par les cieux étoilés de clous d’or.
Aujourd’hui des enfants vont connaître la vie ;
Aujourd’hui des vieillards vont connaître la mort.

Et moi qui suis venu par une nuit pareille,
Et moi qui partirai par une même nuit,
Je promène muet mon angoisse qui veille
Au delà des vallons et des champs assoupis

Il passe dans l’air pur comme une souvenance
De jours élyséens où je n’ai pas vécu,
Et qui me font rêver et pleurer en silence
Et plier le genou dans le sentier herbu.

J’écoute longuement sous la nuit étoilée
Les rumeurs que le soir murmure dans les loins ;
Mais je n’entends monter du fond de la vallée
Que les sanglots d’un coeur plaintif comme le mien.

On dirait que la voix du canon s’est calmée
Et que dans l’azur bleu s’élève un chant de paix ;
Hélas ! par cette nuit limpide et parfumée
Il est des malheureux qui dorment à jamais.

Et je m’en vais songeant à des lèvres muettes
Qui ne sentiront plus le baume des baisers
Et je pleure ce soir pour de jeunes poètes
Qui sont morts bégayant des vers inachevés.

(Robert Goffin)

Illustration: Albert Moore

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