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Poésie

Archive for 30 septembre 2015

Le jour dernier (Yves-Emmanuel Dogbé)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015


pareils

 

Je te regarde
et cela me fait du bien
Je sens que nous sommes pareils
Notre mère est la même
Comme la divine Isis
qui nous a engendrés
nous n’avons pas de père
Nous sommes condamnés à nous aimer
et c’est pourquoi je t’appelle
Ma morne soliloque n’a point d’écho
Elle se meurt avant que de naître
Je t’appelle quand même
car mon désir de toi est irrésistible
et je n’y suis pour rien
Tu ne m’écoutes pas
Tu ne me comprends pas
Et pourtant
le jour dernier où nous nous fondrons
de nouveau en un seul
tu ne m’écouteras pas mais tu viendras
car il faut qu’il en soit ainsi
Telle est ma certitude
et tu n’y peux rien non plus

(Yves-Emmanuel Dogbé)

 

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Un jardin (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Un jardin
n’est pas un lieu.

***

Un jardín
no es un lugar.

(Octavio Paz)

Illustration

 

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PARAGE (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




PARAGE

Le chemin sans nom,
sans personne,
s’écoule entre des roches usées,
dés de cette partie immémoriale
que jouent sans cesse les éléments,
se prolonge par une plaine,
chaque pas
une légende de la géologie,
se perd dans une dune de reflets
qui n’est ni eau ni sable mais temps.
Il y a un arbre rosé, des herbes noires,
du sel dans les doigts de la lumière.
Le chemin
porte le soleil sur ses épaules.
Le ciel a accumulé des lointains
sur cette réalité qui dure peu.
Une flaque : jet de splendeurs.
Des yeux de tous côtés.
L’heure s’arrête
pour se voir passer entre des pierres.
Le chemin n’en finit pas d’arriver.

(Octavio Paz)

 

 

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Fontaine (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Cette heure-ci a la forme d’une pause
La pause a ta forme
Et toi la forme d’une fontaine
non pas d’eau mais de temps
A la cime du jet
volent mes éclats
le je fus le je suis le je ne suis pas encore
Ma vie ne pèse pas
Le passé s’amenuise
Le futur est à peine un peu d’eau dans tes yeux

***

Esta hora tiene la forma de una pausa
La pausa tiene tu forma
Tú tienes la forma de una fuente
no de agua sino de tiempo
En lo alto del chorro de la fuente
saltan mis pedazos
el fui el soy el no soy todavía
Mi vida no pesa
El pasado se adelgaza
El futuro es un poco de agua en tus ojos

(Octavio Paz)

Illustration: Edouard Debat-Ponsan

 

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Un petit arbre rouge (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Le soleil au-dedans du jour
Le froid dans le soleil
Rues sans personne
voitures arrêtées
Pas de neige encore
rien que du vent le vent
Brûle toujours
dans l’air gelé
un petit arbre rouge
Je parle avec lui quand je te parle

***

El sol dentro del día
El frío dentro del sol
Calles sin nadie
autos parados
Todavía no hay nieve
hay viento viento
Arde todavía
en el aire helado
un arbolito rojo
Hablo con él al hablar contigo

(Octavio Paz)

Illustration: Piet Mondrian

 

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Intérieur (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Intérieur

Pensées en guerre
veulent briser mon front

Par des chemins d’oiseaux
avance l’écriture

La main pense à voix haute
le mot en convie un autre

Sur la feuille où j’écris
vont et viennent les êtres que je vois

Le livre et le cahier
replient les ailes et reposent

On a déjà allumé les lampes
comme un lit l’heure s’ouvre et se ferme

Les bas rouges et le visage clair
vous entrez toi et la nuit

***

Interior

Pensamientos en guerra
quieren romper mi frente

Por caminos de pájaros
avanza la escritura

La mano piensa en voz alfa
una palabra llama a otra

En la hoja en que escribo
van y vienen los seres que veo

El libro y el cuaderno
repliegan las alas y reposan

Ya encendieron las lámparas
la hora se abre y cierra como un lecho

Con medias rojas y cara pálida
entran tú y la noche

(Octavio Paz)

Illustration: Giuseppe de Nittis

 

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Tu as des yeux bleus (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Tu as des yeux bleus comme des lacs
Où naviguent des milliers de voiles
Que je traverserai sur un bac
En ramant au milieu des étoiles

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Fabienne Contat

 

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CE CÔTÉ (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




CE CÔTÉ

Il y a de la lumière. Nous ne la touchons ni ne la voyons.
Dans ses clartés vides
repose ce que nous voyons et touchons.
Moi je vois avec le bout de mes doigts
ce que mes yeux palpent :
ombres, monde.
Avec les ombres je dessine des mondes,
je dissipe des mondes avec les ombres.
J’entends battre la lumière de l’autre côté.

(Octavio Paz)

Illustration

 

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Coda (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Coda

Aimer, c’est peut-être apprendre
à marcher dans ce monde.
Apprendre à nous tenir tranquilles
comme le chêne et le tilleul de la fable.
Apprendre à regarder.
Ton regard est comme un semeur.
Il a planté un arbre.
Je parle
parce que tu fais trembler les feuilles.

(Octavio Paz)

Illustration

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Tu passes des nuits à guetter des pas inconnus (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Tu passes des nuits à guetter
Des pas inconnus
Fraîche est la brise à ton corps brûlant
Silhouette reflétée par les flaques
Tu erres dans la prairie verte
Et les champs bleus au crépuscule

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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