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Poésie

Archive for 7 octobre 2015

Fermer les yeux miser sur l’obscur (Roland Brachetto)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



Fermer les yeux miser sur l’obscur
et s’en tenir à son legs
quoi qu’il arrive au quartier appelé Petite Sicile
même si dans l’odeur du goudron la faim persiste
et que se gorge de chaleur la misère
et que l’âme s’accroupisse
sous le plus petit des os douloureux
quelque feu cassant consumant sa rancoeur
je veux rester ici misant sur l’obscur
et m’en tenant à son legs
Le seul fût qui veuille la fixer
cette âme de feuillage fragile
il est ici dans la noirceur du plus beau soleil

(Roland Brachetto)

Illustration: Joseph Galante

 

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Va dans le vent chien filasse (Roland Brachetto)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



Va dans le vent chien filasse
suis l’enterrement de ta honte de chien

Enterre aussi les pierres parmi les plantes grasses
toi que la mémoire ne cesse d’ensevelir

Ma vie dans la friable dureté de la nuit
sédimente peu à peu

Un lit de pierre un repos d’ombre ce creux
dans le désir et tout s’accomplira

(Roland Brachetto)

 

 

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Jardins d’été jardins d’oiseaux noyés (Roland Brachetto)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



Jardins d’été jardins d’oiseaux noyés
refaites en nous le difficile clivage
qu’un seul terreau soit vierge
de toutes racines pourries de toutes graines folles
que pourraient y mettre l’ardeur ou le remords
À peine sous le vent se penche l’herbe
être n’est pas plus difficile
que ployer quand le vent vient de la mer
et qu’il pénètre en nous sans heurt
et que flottent les brindilles de la clarté
et que vous êtes chauds comme un mouton couché
ô jardins d’été calcinant oubli

(Roland Brachetto)

Illustration: Céline Decubber

 

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AU BORD DE L’EAU VERTE… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



AU BORD DE L’EAU VERTE…

Au bord de l’eau verte, les sauterelles
sautent ou se traînent,
ou bien sur les fleurs des carottes frêles
grimpent avec peine.

Dans l’eau tiède filent les poissons blancs
auprès d’arbres noirs
dont l’ombre sur l’eau tremble doucement
au soleil du soir.

Deux pies qui crient s’envolent loin, très loin,
loin de la prairie,
et vont se poser sur des tas de foin
pleins d’herbes fleuries.

Trois paysans assis lisent un journal
en gardant les boeufs
près de râteaux aux manches luisants que
touchaient leurs doigts calleux.

Les moucherons minces volent sur l’eau,
sans changer de place.
En se croisant ils passent, puis repassent,
vont de bas en haut.

Je tape les herbes avec une gaule
en réfléchissant
et le duvet des pissenlits s’envole
en suivant le vent.

(Francis Jammes)

Illustration

 

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Une barque s’en va sur l’eau (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



INTERMÈDE
(Chanté)

Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule
Comme ta joue à mon épaule
Comme la paupière à l’oeil clos
Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule

Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire
Qui tant ressemble la mémoire
Et comme la mémoire fuit
Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire

(Louis Aragon)

 Illustration: David Brayne

 

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Nuit bleue sur terre noire (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



Nuit bleue sur terre noire
Nuit noire sur terre bleue
Tous les chevaux vont boire
Dans l’eau de ma mémoire

(Maurice Fombeure)

 

 

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QUATRE POÈMES D’AMOUR A HÉLÈNE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015




Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
QUATRE POÈMES D’AMOUR A HÉLÈNE

Comme un fleuve s’est mis
A aimer son voyage
Un jour tu t’es trouvée
Dévêtue dans mes bras

Et je n’ai plus songé
Qu’à te couvrir de feuilles
De mains nues et de feuilles
Pour que tu n’aies point froid

Car t’aimais-je autrement
Qu’à travers tes eaux vives
Corps de femme un instant
Suspendu à mes doigts

Et pouvais-je poser
Sur tant de pierres chaudes
Un regard qui n’aurait
Été que du désir ?

Vierge tu réponds mieux
A l’obscure sentence
Que mon coeur fait peser
Doucement sur ton coeur

Et si j’ai le tourment
De ta métamorphose
C’est qu’il me faut aimer
Ton amour avant toi

(René Guy Cadou)

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Et tes mains de pluie sur des yeux avides (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



Et tes mains de pluie sur des yeux avides
Floraison nourricière
Dessinaient des clairières dans lesquelles un couple s’embrassait
Des boucles de beau temps des printemps lézards
Une ronde de mères lumineuses
Retroussées et précises
Des dentelles d’aiguilles des touffes de sable
Des orages dénudant tous les nerfs du silence
Des oiseaux de diamants entre les dents d’un lit
Et d’une grande écriture charnelle j’aime.

(Paul Eluard)

Illustration

 

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APRÈS LA PLUIE (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



APRÈS LA PLUIE

J’aime la petite pluie
Qui s’essuie
D’un torchon de bleu troué !
J’aime l’amour et la brise,
Quand ça frise…
Et pas quand c’est secoué.

— Comme un parapluie en flèches,
Tu te sèches,
Ô grand soleil ! grand ouvert…
A bientôt l’ombrelle verte
Grand’ouverte !
Du printemps — été d’hiver. —

La passion c’est l’averse
Qui traverse !
Mais la femme n’est qu’un grain :
Grain de beauté, de folie
Ou de pluie…
Grain d’orage — ou de serein. —

Dans un clair rayon de boue,
Fait la roue,
La roue à grand appareil,
— Plume à queue — une Cocotte
Qui barbote ;
Vrai déjeuner de soleil !

(Tristan Corbière)

Illustration

 

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PENSÉE D’AUTOMNE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015



PENSÉE D’AUTOMNE

Ô poissons aveuglés par le soleil
Sous le mica solaire du cours d’eau.
Tous les poissons sont aveuglés
par les baguettes des marronniers,
par les reflets des marronniers.
Quel autre soleil m’aveugle ?
Quels autres reflets m’aveuglent ?
Pourquoi rester sous des soleils
qui ne sont pas Celui le seul auquel je dois la vie ?

(Max Jacob)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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