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Poésie

Archive for 11 octobre 2015

TEL QU’EN SONGE IL EST UN PORT… (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



 

Christian Broutin -mt-saint-Michel

TEL QU’EN SONGE IL EST UN PORT…

Il est un port
Avec des eaux d’huiles, de moires et d’or
Et des quais de marbre le long des bassins calmes,
Si calmes
Qu’on voit sur le fond qui s ‘ensable
Passer des poissons d’ombre et d’or
Parmi les algues,
Et la proue à jamais y mire dans l’eau stable
La Tête qui l’orne et s’endort
Au bruit du vent qui pousse sur les dalles
Du quai de marbre
Des poussières de sable d’or.

Il est un port.
Le silence y somnole entre des quais de songe.
Le passé en algues s ‘allonge
Aux oscillations lentes des poissons d’or ;
Le souvenir s’ensable d’oubli et l’ombre
Du soir est toute tiède du jour mort.
Qu’il soit un port
Où l’orgueil à la proue y dorme en l’eau qui dort !

(Henri de Régnier)

Illustration: Christian Broutin

 

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On croit aimer (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



 

Adrian Borda   My_Summer_Wine_by_borda [1280x768]

On croit aimer, c’est soi qu’on aime
et l’on s’épuise aux précipices de ses joies
la chute épouse l’air dépossédé qui tremble
avec les mots qu’on prête à l’autre voix
avec la voix offerte aux mots de l’autre
avec tant de vertus qui sont des fautes
tant de vertiges qu’on donne et reçoit
et tant d’ombres vives qui nous ressemblent
Se perdre à deux, se retrouver quand même
ô grand amour, bonheur des erreurs très sereines
et secourable espoir de se tromper ensemble
au même instant, au même lieu, d’un même poids.

(Robert Mallet)

Illustration: Adrian Borda 

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LE RÊVE DE MON ENFANT (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



 

Helene Knoop 121

LE RÊVE DE MON ENFANT

[…]
Dès lors un mal secret répandit sa pâleur
Sur ce front incliné, qui brûlait sous mes larmes.
Je voyais se détruire avant moi tant de charmes,
Comme un frêle bouton s’effeuille avant la fleur.
Je le voyais ! et moi, rebelle… suppliante,
Je disputais un ange à l’immortel séjour.
Après soixante jours de deuil et d’épouvante,
Je criais vers le ciel :  » Encore, encore un jour  »
Vainement. J’épuisai mon âme tout entière ;
A ce berceau plaintif j’enchaînai mes douleurs ;
Repoussant le sommeil et m’abreuvant de pleurs,
Je criais à la mort :  » Frappe-moi la première !  »
Vainement. Et la mort, froide dans son courroux,
Irritée à l’espoir qu’elle accourait éteindre
Et moissonnant l’enfant, ne daigna pas atteindre
La mère expirante à genoux.
[…]

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Helene Knoop

 

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L’ESPACE D’UNE FENÊTRE (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



Carry Akroyd _two_white_horses

 

L’ESPACE D’UNE FENÊTRE

Comment dans ce désert où s’engouffre un désert
dans ce gouffre qui se fuit et se perd
dans on ne sait quels sables d’une baie
que ronge on ne sait quelle marée
dans le déferlement de quelle absence
comment dans ce flagellement immense
du vent qui se blesse à lui-même
dans ce déni de la sève et des branches
dans cette friche mortelle aux graines
dans ce refus et cet exil des ailes
dans cet enlisement de l’écheveau
dans cet espace où nous cherchons les mots
qui pourraient dire ce vide torrentiel
comment la Terre niche-t-elle
et comment sommes-nous ses oiseaux ?

(Robert Mallet)

Illustration: Carry Akroyd

 

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La chaîne (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015


Les Temps modernes

 

 

La chaîne cliquette en dépliant ses vertèbres.
Cloc ! l’homme assis serre un écrou.
Cloc ! Cloc ! et l’écrou fait glouglou,
telles des gouttes d’eau tombant dans les ténèbres.

Cloc ! Cloc ! Glouglou. Cloc ! Cloc ! la chaîne se déploie
cueillant au vol le geste à faire
pour que l’écrou héréditaire
saute sur le boulon qu’on lui promet en proie.

(Pierre Béarn)

 

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La sève effleure aussi le lieu (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



Edgar Hunt poules ferme  [800x600]

La sève effleure aussi le lieu
ses cours aux paupières closes
s’épuise au sol battu des étables béantes
où la paille est tressée encore

Les gonds durcissent
le bois grisonne aux tempes des maisons
Le chancre ourle les seuils
hante la huche farineuse
bouillonne au bord du four
Le bec d’ambre des volailles
fauche les roses pâles des lambris

(Pierre-Alain Tâche)

Illustration: Edgar Hunt

 

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De noirs galops serrés déterrent vos empreintes (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



De noirs galops serrés déterrent vos empreintes
et comme un taureau bien armé
qui gagne d’invisibles tours
des lieux sûrs
vous méditez de grands essors simultanés

Le corps rompu des horizons palpite
La foudre fend le socle des collines
et ceux que vainc l’aube tranchante et brève
la cire étanche leur ouïe
et le cachet d’une ombre infiniment plus grande
soude leurs cils

(Pierre-Alain Tâche)

 

 

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Nous avons choisi sciemment la part obscure (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



Nous avons choisi sciemment la part obscure
les transhumances du silence
et le tendre chardon des bouches

Notre parole écharpe l’ineffable
ébauche des jardins où fondent des sorbiers
capture des oiseaux si prompts
que notre joie vacille
et se rompt

Qui sèchera cette marée étale
cette féconde usure

(Pierre-Alain Tâche)

 

 

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FOEHN (Jean-Pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



FOEHN

Novembre. Un fin crachin, une buée
Têtue, portant l’hiver
Sur la vitre perdue où les raisins, les fées
Transparentes, les vins rêvent d’horizons clairs.

Lavaux. Plus loin, la limite des vignes.
J’y ai passé quand mon père veillait sa mort,
Avant guerre. La même route vers le nord
Et le même brouillard, les mêmes signes.

Est-ce le monde, ce retour d’images brèves ?
Soudain j’ai peur d’être si lourd, si chaud de rêves.

Je suis hanté d’une longue terreur,
Imprégné d’herbe rousse, de fougères, de bois,
Et j’apparais, un peu hagard, à la lisière
Des forêts, noires sous le foehn, comme autrefois,

Pour m’échouer contre la porte familière
Ouverte sur fa nuit : j’y hume le chevreuil
Le doux retour du fils, la flamme, la lumière
Dans les regards heureux. Mais je suis voyageur.

Je dis bonjour, je dis bonsoir, levant mon verre.
La pluie reprend. On a changé les coeurs.
Je revois la forêt, je vois la route immense,
La sente herbeuse où, pâle, je m’enfuis
Sans retour et pourtant jamais sans espérance,
Et joue à joue avec les larmes de la nuit.

(Jean-Pierre Schlunegger)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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INNOCENCE (Jean-Pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



INNOCENCE

Je m’éveille à l’air pur, je crois à l’innocence,
L’après-midi serein, les feuilles dans les bois.

Je m’éveille à l’air pur, je crois aux mains légères
Qui déchirent la brume odorante des baies,

Je m’éveille aux regards, aux lèvres de la pluie,
Je n’entends plus frapper les rames de la mort.

(Jean-Pierre Schlunegger)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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