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Poésie

Archive for 13 octobre 2015

Sur l’horizon confus des villes, les fumées (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015


 

Sur l’horizon confus des villes, les fumées
Au-dessus des murs gris et des clochers épars
Ondulent, propageant en de muets départs
Les tristesses du soir en elles résumées.
On dirait des aveux aux lèvres des maisons :
Chuchotement de brume, inscription en fuite,
Confidence du feu des âtres qui s’ébruite
Dans le ciel et raconte en molles oraisons
L’histoire des foyers où la cendre est éteinte.

Vague mélancolie au loin se propageant…
Car, parmi la langueur d’une cloche qui tinte,
On dirait des ruisseaux d’eau pâle voyageant,
Des ruisseaux de silence aux rives non précises
Dont le peu d’eau glisse au hasard, d’un cours mal sûr,
En méandres ridés, en courbes indécises
Et, comme dans la mer, va se perdre en l’azur !

C’est parce qu’on les sait ainsi tout éphémères
Qu’on les suit dans le ciel avec des yeux meilleurs;
Elles que rien n’attache, elles qui vont ailleurs
Et dont les convois blancs emportent nos chimères
Comme dans de la ouate et dans des linges fins.
Évanouissement et dispersion lente
De la fumée au fond du ciel doux, par les fins
D’après-midi, lorsque le vent la violente,
Elle déjà si faible et qui meurt sans effort
— Neige qui fond; encens perdu dans une église;
Poussière du chemin qui se volatilise, —
Comme une âme glissant du sommeil dans la mort!

(Georges Rodenbach)

Illustration: Claude Monet

 

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Les Nuages (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (2)

Les Nuages

Couché sur le dos, dans le vert gazon,
Je me baigne d’ombre et de quiétude.
Mes yeux ont enfin perdu l’habitude
Du spectacle humain qui clôt la prison
Du vieil horizon.

Là-bas, sur mon front passent les nuages.
Qu’ils sont beaux, mon âme ! et qu’ils sont légers,
Ces lointains amis des calmes bergers !
S’en vont-ils portant de divins messages,
Ces blancs messagers ?

Comme ils glissent vite ! – Et je pense aux femmes
Dont la vague image en nous flotte et fuit.
Le vent amoureux qui de près les suit
Disperse ou confond leurs fluides trames ;
On dirait des âmes !

Rassemblant l’essor des désirs épars,
Ivre du céleste et dernier voyage,
À quelque âme errante unie au passage,
Mon âme ! là-haut, tu me fuis, tu pars
Comme un blanc nuage !

(Léon Dierx)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Le cygne (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015





[…]

Et c’est pour être ainsi que l’une et l’autre est digne
De la toute-présence en elle d’un doux cygne,
Le cygne d’un beau rêve acquis à ce silence
Qui s’effaroucherait d’un peu de violence
Et qui n’arrive là flotter comme une palme
Qu’à cause du repos, à cause du grand calme,
Cygne blanc dont la queue ouverte se déploie,
—Barque de clair de lune et gondole de soie —
Cygne blanc, argentant l’ennui des mornes villes,
Qui hérisse parfois dans les canaux tranquilles
Son candide duvet tout impressionnable;
Puis, quand tombe le soir, cargué comme les voiles,
— Dédaignant le voyage et la mer navigable —
Sommeille, l’aile close, en couvant des étoiles !

(Georges Rodenbach)

Illustration

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L’ongle de ton petit doigt (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



L’ongle de ton petit doigt
plus immense que la mer.

Dans quel voyage m’entraînes-tu?

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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Sur quel arbre du soir (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



Sur quel arbre du soir ira, sans nul témoin,
Se blottir et dormir cet oiseau voyageur
Qui s’éloigne et s’efface
Battant le lourd ciel blanc comme un rameur?

(Charles Vildrac)

Illustration

 

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Seuls les chemins perdus (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



N’avoir d’autres objectifs
que les mains ouvertes
et les écarts inévitables de la boussole,
non pour les corriger
mais pour nous lancer en eux, justement.

Là ces ombres que nous sommes
trouveront les routes nécessaires
pour déceler dans le temps
les traits de cet invraisemblable songe.

Seuls les chemins perdus
et les voyages inverses
font place aux songes impossibles
et conduisent au port.

(Roberto Juarroz)

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Nous avançons sur des rochers de coquillages (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



 

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Nous avançons sur des rochers de coquillages,
sur des socles bâtis de libellules et de sable,
promeneurs amoureux surpris de leur propre voyage,
corps provisoire, en ces rencontres périssables.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Pensée (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



Pensée

La Pensée se promenait sur la terre, ne sachant où se fixer.
Elle avait successivement frappé à bien des portes
sans être admise nulle part.
D’abord, elle s’était offerte
comme dame de compagnie à un bas-bleu fort célèbre;
elle avait essuyé un refus.
Un philosophe de grande renommée
n’avait pas voulu de la Pensée, même comme femme de ménage.
Repoussée successivement par un académicien,
par un ministre, par un prédicateur, par un peintre,
par un romancier, par un sculpteur,
la pauvre Pensée résolut de quitter la ville et de reprendre le cours de ses voyages.

Un jeune homme vint à passer sur la route;
il marchait en regardant les étoiles
et en murmurant tout bas des mots
et des phrases qui lui faisaient ouvrir énormément la bouche
et écarquiller les yeux.
Un soupir étouffé que poussa la Pensée l’avertit
qu’un être souffrant avait besoin de son secours.
Il s’approcha de la voyageuse, lui prit la main et l’aida à se relever;
puis il lui montra dans un massif d’arbres
une petite lumière lointaine qui brillait.

C’est la maisonnette que j’habite; venez,
vous y passerez la nuit en sûreté.
Sous quel nom faut-il que je vous présente à ma mère?
On m’appelle, répondit-elle en hésitant, la Pensée.
Alors le jeune homme frappa des mains en signe de joie,
et passa le premier pour indiquer à la Pensée le chemin de la maisonnette.
A son tour la Pensée voulut connaître le nom de son hôte.
Je suis, lui dit-il, un homme de fantaisie
connu dans la contrée sous le nom de Jacobus le poète.

(J.J. Grandville)

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J’en perds jusqu’au souvenir tant je rêve de toi (André Brouquier)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015




Il y a cette vague
qui me rapproche de ton visage
de cette nuit qui m’habille
j’en perds jusqu’au souvenir
tant je rêve de toi.

Mon coeur je l’ai perdu depuis longtemps
depuis longtemps déjà
je ne connais plus les oiseaux dans les branches
ni même ces amours qui s’habillent de bleu
comme s’il leur fallait tant.

(André Brouquier)


Illustration: Fabienne Contat

Autres Poèmes dans ce Florilège que j\’ai illustrés avec les oeuvres de Fabienne Contat

 

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Nature absolue (Shabkar)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015



yoga

 

Tout comme le vol de l’oiseau
dans le ciel clair
Ne laisse aucun sillage,
Pour le yogi, les pensées
sont la nature absolue;
Et il est comblé.

(Shabkar)

 

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