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Poésie

Archive for 16 octobre 2015

Sous vos longues Chevelures (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Sous vos longues Chevelures

Sous vos longues chevelures, petites fées,
Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement,
Sous vos longues chevelures, petites fées,
Dans la forêt du charme et de l’enchantement.

Dans la forêt du charme et des merveilleux rites,
Gnomes compatissants, pendant que je dormais,
De votre main, honnêtes gnomes, vous m’offrites
Un sceptre d’or, hélas ! pendant que je dormais.

J’ai su depuis ce temps que c’est mirage et leurre,
Les sceptres d’or et les chansons dans la forêt ;
Pourtant, comme un enfant crédule, je les pleure,
Et je voudrais dormir encor dans la forêt.

Qu’importe si je sais que c’est mirage et leurre !

(Jean Moréas)

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Au bout du monde (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Les plis les cils
Leurs collerettes
Au-dessus du visage

Chacune aura veillé
Jusqu’à l’aurore
Cachant aux yeux
Des étamines pâles

*

La voile
Est un soleil

Nervures
Elytres déployés

Les bras du peuplier
S’élèvent vers l’enclave

Au bout du monde
Un homme dit je t’aime

A l’aube qu’il étreint

(Serge Brindeau)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Vladimir Kush

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Intemporels (Michel Fardoulis-Lagrange)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015


Fille-au-Violoncelle

 

Intemporels, vous périssez
en vertu d’une cause,
celle du bruissement de la parole,
parmi les champs arborescents
d’aujourd’hui
où vibrent les cordes
d’une matinée dolente.

(Michel Fardoulis-Lagrange)

 

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Les Moutons (Madame Deshouliéres)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Les Moutons

Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux,
Vous paissez dans nos champs sans soucis, sans alarmes
Aussitôt aimés qu’amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes ;
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles corps l’amour suit la nature ;
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous,
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux,
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un coeur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit ;
Toujours impuissante et sévère,
Elle s’oppose à tout et ne surmonte rien.
Sous la garde de votre chien
Vous devez beaucoup moins redouter la colère
Des loups cruels et ravissants,
Que, sous l’autorité d’une telle chimère,
Nous ne devons craindre nos sens.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme vous faites
Dans une douce oisiveté ?
songe,
Ces prétendus trésors, dont on fait vanité,
Valent moins que votre indolence :
Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;
Par eux plus d’un remords nous ronge ;
Nous voulons les rendre éternels,
Sans songer qu’eux et nous passerons comme un
Il n’est, dans ce vaste univers,
Rien d’assuré, rien de solide ;
Des choses ici-bas la fortune décide
Selon ses caprices divers.
Tout l’effort de notre prudence
Ne peut nous dérober au moindre de tes coups.

(Madame Deshouliéres)

 

 

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BOULEVARD NOËL MARC (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




BOULEVARD NOËL MARC

Sous les tilleuls, en file drue,
Les chevaux-vapeur font le mort,
Le cheval a perdu le Nord
En même temps que la charrue.

L’été s’en vient, la bienvenue
On la lui souhaite, d’accord !
Très élégant le joli port
De cette épaule dévêtue.

Le trottoir est aux chiens errants,
Et quelques badauds bons enfants,
Cherchent, penchés sur l’eau du fleuve

Où flotte encore un serpentin,
Le reflet du matin certain
Où la joie était toute neuve.

(Jean-Charles Michel)

 

 

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Sonnet (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Sonnet

Genèvres hérissés, et vous, houx épineux,
L’un hôte des déserts, et l’autre d’un bocage ;
Lierre, le tapis d’un bel antre sauvage,
Sources qui bouillonnez d’un surgeon sablonneux,
Pigeons, qui vous baisez d’un baiser savoureux,
Tourtres qui lamentez d’un éternel veuvage,
Rossignols ramagers qui d’un plaisant langage
Nuit et jour rechantez vos versets amoureux ;
Vous, à la gorge rouge, étrangère arondelle,
Si vous voyez aller ma nymphe en ce printemps
Pour cueillir des bouquets par cette herbe nouvelle,
Dites-lui pour néant que sa grâce j’attends,
Et que, pour ne souffrir le mal que j’ai pour elle,
J’ai mieux aimé mourir que languir si longtemps.

(Pierre de Ronsard)

Illustration

 

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LE MONDE ÉTAIT UN TORRENT … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




LE MONDE ÉTAIT UN TORRENT …

Le monde était un torrent de couleurs,
De parfums, de chansons, de poésie,
Lorsque mon coeur selon sa fantaisie
Le traversait ignorant des douleurs ;

Et dans ce monde où tout chante et scintille,
Dans ce triomphe éblouissant et sûr,
Je distinguais à peine sous l’azur
Tes yeux et ta chanson, petite fille

Mais maintenant tu m’as bien obligé
A remarquer à jamais ta présence,
Car ta présence est faite de l’absence
Où tout ton corps est à jamais figé.

Qu’est la splendeur dont la terre ruisselle ?
Que sont les bruits d’un monde sans raison ?
Qu’est ce concert où manque une chanson ?
Qu’est ce foyer où manque une étincelle ?

Le tourbillon des êtres animés
Peut dérouler sa vaine violence ;
Ma chanson maintenant, c’est ton silence,
Et ma clarté, ce sont tes yeux fermés.

(Emile Ripert)

Illustration: Carrie Dudley

 

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LE CHAMP (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




LE CHAMP

Fertile et doux un champ respire
au soleil d’après-midi
lieu d’herbes hautes
de plantes naines
il y reste d’un âcre journal
un lambeau sec
un corps de femme y projette
une ombre sur les centaurées
beaucoup de bêtes y sommeillent
ayant des réveils innocents
un soldat, un prêtre, un juge
s’arrêtent à voir son étendue
sur son prix et sa luxuriance
portant des pensers différents
sous un ciel en feu.

(Jean Follain)

Illustration: Douanier Rousseau

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Silences d’avant, d’après, de maintenant (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015


danse

Les voici
déposés devant moi.
Silences d’avant, d’après,
de maintenant,
lestés d’eau, de pierres.
Habitent-ils l’attente du mot?
Mon regard en eux
danse comme poussière
dans le rai du jour.

 

(Michel Dugué)

 

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VOS YEUX … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




VOS YEUX …

Vos yeux sont un peu noirs, un peu gris, un peu verts ;
Parfois vous les clignez avec assez de pose ;
Parfois ils sont voilés ainsi qu’un temps couvert,
Parfois ils sont luisants comme une apothéose.

Parfois on les dirait un ciel pâle d’hiver,
Mais d’un hiver si doux qu’il ne soit pas morose ;
On dirait d’un bouquet fait de diverses roses,
D’une musique faite avec des airs divers.

Leur nuance un peu noire, un peu verte, un peu grise
Fait qu’on voit douter ceux qui les ont aperçus ;
Mais, moi, qui dès longtemps me plus à leur surprise,

J’imagine, en tremblant que mes voeux soient déçus,
Qu’à l’égal d’une mer que tourmente la brise,
Ils changent seulement quand je souffle dessus…

(Emile Ripert)

 

 

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