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Poésie

Archive for 24 octobre 2015

La rivière de mon village (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015



Par le Tage on s’en va vers le monde.
Au-delà du Tage il y a l’Amérique
Et la fortune de ceux qui font fortune.
Personne jamais n’a pensé à ce qu’il y a au-delà
De la rivière de mon village.

La rivière de mon village ne fait penser à rien.
Qui se retrouve à côté se trouve à côté d’elle, voilà tout.

(Fernando Pessoa)

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Penser à Dieu c’est désobéir à Dieu (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015



Penser à Dieu c’est désobéir à Dieu.
Parce que Dieu a voulu que nous ne le connaissions point.
Aussi ne s’est-il pas montré à nous…

Soyons simples et calmes,
Comme les ruisselets et les arbres,
Et Dieu nous aimera en faisant de nous
Nous, comme les arbres sont arbres
Et les ruisseaux ruisseaux
Et il nous donnera de la verdure en son printemps,
Et un fleuve où nous rendre quand vient la fin…
Et il ne nous donnera rien de plus,
car nous donner plus serait nous enlever plus.

(Fernando Pessoa)

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Combien de masques portons-nous (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015



Combien de masques portons-nous, et de masques
Sous le masque, sur la figure de notre âme, et quand,
Si pour son propre amusement l’âme elle-même se démasque,
Sait-elle qu’est tombé le dernier et qu’enfin son visage

Est nu ? Le vrai masque ne sent rien en deçà du masque,
Mais regarde à travers le masque avec des yeux masqués
Aussi. Quelque conscience qui entreprenne la tâche,
Œuvrer à cette tâche au sommeil l’attache.

Comme un enfant effrayé par le reflet de son visage,
Nos âmes, qui sont des enfants – car elles égarent leurs pensées,
Remettent de la différence sur leurs trop visibles grimaces

Et gagnent tout un monde en oubliant leurs causes.
Et quand une pensée démasquerait notre âme se masquant,
Même elle n’irait pas sans masque démasquer.

***

How many masks wear we, and undermasks,
Upon our countenance of soul, and when,
If for self-sport the soul itself unmasks,
Knows it the last mask off and the face plain?

The true mask feels no inside to the mask
But looks out of the mask by co-masked eyes.
Whatever consciousness begins the task
The task’s accepted use to sleepness ties.

Like a child frighted by its mirrored faces,
Our souls, that children are, being thought-losing,
Foist otherness upon their seen grimaces

And get a whole world on their forgot causing;
And, when a thought would unmask our soul’s masking,
Itself goes not unmasked to the unmasking

(Fernando Pessoa)

Illustration: Pierre Mornet

 

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Des roses (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015




Les dieux, et les Messies qui sont des dieux,
Passent, et les songes vains qui sont d’autres Messies.
Muette la terre perdure.
Ni dieux, ni Messies, ni idées ne me prodiguent
Des roses. Miennes, ces roses, si je les tiens.
Et si je les tiens, que vouloir de plus ?

(Fernando Pessoa)

 Illustration: Salvador Dali

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Au monde, seul avec moi-même (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015




Au monde, seul avec moi-même, m’ont laissé
Les dieux qui disposent.
Je ne puis rien contre eux, et ce qu’ils m’ont donné,
Je l’accepte et ne demande plus rien.
Ainsi le blé s’incline sous le vent, qui se dresse
Dès lors que le vent cesse.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Si encore tu m’aimes, d’amour ne m’aime pas (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015



Déjà sur mon front vain une cendre grisaille
Les cheveux du jeune homme, hélas, que j’ai perdu.
Mes yeux brillent d’un moindre éclat.
Déjà de tout baiser mes lèvres sont forcloses.
Si encore tu m’aimes, d’amour ne m’aime pas:
Tu me trahirais avec moi.

(Fernando Pessoa)

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Navire en partance (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015


Navire en partance vers les lointains,
Pourquoi donc, au contraire des autres,
Est-ce que je ne ressens, une fois que tu as disparu,
aucun manque de toi?
C’est que, dès lors que je ne vois plus,
tu as cessé d’exister.
Et si l’on ressent le manque de ce qui n’existe pas,
Je l’éprouve relativement à rien;
Ce n’est pas du navire, c’est de nous,
que nous sentons le manque.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Vladimir Kush

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Vérité, mensonge, certitude, incertitude… (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015




Vérité, mensonge, certitude, incertitude…
Cet aveugle là-bas sur la route lui aussi connaît ces mots.
Je suis assis sur une marche haute et j’ai les mains jointes
Sur le plus haut de mes genoux croisés.
Bon : vérité, mensonge, certitude, incertitude, qu’est-ce donc ?
L’aveugle s’arrête sur la route,
J’ai tiré les mains de mon genou.
Vérité, mensonge, certitude, incertitude, tout est pareil ?
Quelque chose a changé dans une partie de la réalité — mes genoux et mes mains.
Quelle est la science qui a réponse à ça ?
L’aveugle poursuit son chemin et je ne fais plus de gestes.
Ce n’est déjà plus la même heure, ni les mêmes gens, ni rien de pareil.
Être réel, c’est ça.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Un éclat de rire de jeune fille (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015




Un éclat de rire de jeune fille retentit dans l’air du chemin.
Elle a ri des propos de quelqu’un que je ne vois pas.
Je me souviens sur-le-champ d’avoir entendu.
Mais si l’on me parle maintenant de l’éclat de rire d’une fille du chemin,
Je dirai : non, les montagnes, les terres sous le soleil, le soleil, ici la maison,
Et moi qui n’entends que le sourd bruissement du sang qui bat dans ma vie des deux côtés de ma tête.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Cali Rezo

 

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Fou de douleur (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2015


quasimodo

 

Il faut avoir été fou de douleur
pour pouvoir devenir fou d’amour.

(Jacqueline Kelen)

 

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