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Poésie

Archive for 26 octobre 2015

L’Écureuil (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




L’Écureuil

Ecureuil du printemps, écureuil de l’été, qui domines
la terre avec vivacité, que penses-tu là-haut de notre
humanité ?
— Les hommes sont des fous qui manquent de gaîté.

Ecureuil, queue touffue, doré trésor des bois, ornement
de la vie et fleur de la nature, juché sur ton pin vert, dis-
nous ce que tu vois ?
— La terre qui poudroie sous des pas qui murmurent.

Ecureuil voltigeant, fier du pic bavard, cousin du
rossignol, ami de la corneille, dis-nous ce que tu vois par
delà nos brouillards ?
— Des lances, des fusils menacer le soleil.

Ecureuil, cul à l’air, cursif et curieux, ébouriffant ton
col et gloussant un fin rire, dis-nous ce que tu vois sous
la rougeur des cieux ?
— Des soldats, des drapeaux qui traversent l’empire.

Ecureuil aux yeux vifs, pétillants, noirs et beaux, hu-
mant la sève d’or, la pomme entre tes pattes, que vois-tu
sur la plaine autour de nos hameaux ?
— Monter le lac de sang des hommes qui se battent.

Ecureuil de l’automne, écureuil de l’hiver, qui lances
vers l’azur, avec tant de gaîté, ces pommes… que vois-tu ?
— Demain tout comme Hier.

Les hommes sont des fous et pour l’éternité.

(Paul Fort)

 

 

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Souffle à produire (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




Souffle à produire

vacillement
dans le deuil factice
d’un toi sans toi

ou faim
libérée par l’amour
coulant du corps

ou froid
s’il s’y trouve
place pour rien

(Mohammed Dib)

Illustration

 

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Cette drôle d’envie (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015


boite-lettre

 

sentir l’odeur du linge
séché dehors sur un fil
comme un soleil après l’hiver
et se dire qu’avec le drap
qu’on plie à deux
dans la maison
on range toujours chacun
des coins de son histoire
dans des armoires
ou sous des piles de mots
qu’on entasse
et qui finissent par peser lourd
entre ce qu’on vit
et ce qu’on écrit
quand on ouvre les fenêtres
pour la chaleur des pièces
et qu’on se demande
si c’est quelque chose qui finit
ou qui commence
cette drôle d’envie
d’aller voir dans la boîte à lettres
alors qu’aujourd’hui
le facteur ne passe pas.

(François de Cornière)

 

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JARDIN SUSPENDU (Françoise Han)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




JARDIN SUSPENDU

Jardin suspendu
après nos jardins ensevelis

davantage pourtant
qu’un jardin d’ombres

nous n’avons pas introduit un printemps frelaté
subverti l’ordre des saisons

l’été a pris de la hauteur

entre tes lèvres et les miennes
il n’y a pas d’ortie

(Françoise Han)

Illustration: Gennady Privedentsev

 

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NOUS ALLIONS AU VERGER (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




NOUS ALLIONS AU VERGER

Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.
Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,
Elle montait dans l’arbre et courbait une branche.
Les feuilles frissonnaient au vent ; sa gorge blanche,
O Virgile, ondoyait dans l’ombre et le soleil.
Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,
Semblable au feu qu’on voit dans le buisson qui flambe.
Je montais derrière elle ; elle montrait sa jambe,
Et disait : « Taisez-vous ! » à mes regards ardents,
Et chantait. Par moments, entre ses belles dents,
Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,
Penchée, elle m’offrait la cerise à sa bouche ;
Et ma bouche riait, et venait s’y poser,
Et laissait la cerise et prenait le baiser.

(Victor Hugo)

Illustration: Alexander Sulimov

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FLAMME ESSENTIELLE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




FLAMME ESSENTIELLE

Dans les flammes flambe une flamme,

Si nous savions celle-là
Nous pourrions savoir le feu
Nous brûlerions l’air l’eau la terre
Et dans l’ardeur de la totalité
Le rien se réduirait jusqu’en
Cette cendre ultime qui n’est
Qu’appréhension d’une existence.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

 

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Voeu qui nous mène (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




Voeu qui nous mène

si parmi les arbres
tu voulais t’établir
en lagune sans rives

quelque chose de moi
viendrait sur cette eau
en silence te veiller

et claire la promesse
d’une douleur inconnue
en toi se reconnaîtrait

(Mohammed Dib)

 

 

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LE CHOU ROUGE (Gabrielle Marquet)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




LE CHOU ROUGE

Je n’ai rien vu de plus beau cet été
qu’un chou rouge.
Tranché par le milieu
net et dur comme un caillou
il prit des teintes veineuses sous la lame.

L’enchantement de ses friselures
les durs méandres de ses entrailles bleues
m’attendrirent plus peut-être
que le dallage calculé du coeur de tournesol.

Chou qui croque et qui pique
et colore l’huile et la langue
essaierais-tu de me mener
d’un saut de puceron vers l’Infini ?

(Gabrielle Marquet)

Illustration

 

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Nocturne (Philippe Garnier)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015


hotel

 

Tu hantes la nuit dans les rues
tu rentres
ce soir il a plu tu penses
à celle qui t’aime

Sonores
plus bas tes pas crissent
l’aurore
déjà roucoule le ciel glisse
y a d’l’or

Une femme passe en courant dans
la flamme
d’un phare un instant
le charme
descend

Tu rentres
entre les poubelles
au ventre
les mots t’appellent et te hantent
tu penses à celle qui t’aime

(Philippe Garnier)

 

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LA MAIN VERTE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




LA MAIN VERTE

Qui vécut très longtemps
Parmi les fleurs lucides
Ne connaît pas la peur.

Une rose m’éclaire
Et je suis le miracle
D’être lampe à mon tour.

La jacinthe me parle
En son désir ardent
De cueillir les étoiles.

Les corbeilles d’argent
Sont le frémissement
Des caresses que j’ose.

Les iris se propagent
Parmi les plumbagos
Dans une douce guerre.

Chaque magnolia
Prépare son orchestre
Au-dessus des arums.

Jasmin et chèvrefeuille
Forment le grand colloque
Des parfums du soleil.

Les fleurs sont en mes yeux
Comme mots sur mes lèvres
Quand je me fais murmure.

Je suis l’historien
Des reines-marguerites
Et du prince lilas.

Je suis le géographe
Des buis et des buissons,
L’architecte des lys.

Passerose, orchidée,
Horloges de l’orfèvre
Qui règlent la durée.

Etre votre miroir,
Aimer par mimétisme
Vos intimes pouvoirs.

Et le temps de la fleur
Enfin me reconnaître
Dans le monde multiple

Comme un roi végétal
Parmi les autres rois
De ce règne éternel.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

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