Arbrealettres

Poésie

Archive for 28 octobre 2015

A la vie (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



Madonne [800x600]

A la vie

Amis, depuis la barque on voit le monde
et en lui une vérité qui s’avance
intrépide, un soupir profond
qui va des estuaires jusqu’aux sources ;
la Madone aux yeux transparents
descend lentement à la rencontre des mourants,
recueille la somme de la vie, des douleurs
les désirs cachés depuis des années, sur la face humide.

(Mario Luzi)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je regardais le ciel et je ne voyais que le ciel gris (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



oiseau .2

Je regardais le ciel et je ne voyais
que le ciel gris,
et un oiseau qui volait haut. Je n’entendais
pas un seul cri.

Et l’on aurait dit qu’il ne savait où aller
dans le ciel mou,
et qu’il se laissait tomber, au lieu de voler,
comme un caillou.

Puis il est parti. – Alors j’ai regardé bas :
j’ai vu les toits.
Que faisait cet oiseau si haut ? – Je ne sais pas ;
mais, cette fois,

en regardant ce point noir – je n’avais pensé
qu’à ce point noir
et qu’au grand ciel gris où ce petit point passait.
C’était hier soir.

(Francis Jammes)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ta figure douce souffrait (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



Ta figure douce souffrait.
Tes larmes que j’ai avalées,
petite amie, étaient salées
comme une herbe de marée.

Elles m’ont mordu la langue…
Tu t’en allais tristement
prendre l’omnibus lourd et lent,
en pleurant que je m’en aille ;

et ta bouche sur ma bouche,
ta tête faisait des sauts,
et tu étais douce
en pleurant doucement…

Il y a là sur la fenêtre
des liserons bleus où il a plu.
Ils bougent comme un baiser sur
ta fine et douce tête.

Tu ne m’as pas ennuyé.
Les autres m’ont ennuyé.
Mon cœur est triste et ennuyé
comme un ange ennuyé.

Les mouches volent aux vitres
pendant que je pense à toi.
Tout est triste comme moi.
Tout est triste.

(Francis Jammes)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Viens, je te mettrai des boucles d’oreilles de cerises (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



Viens, je te mettrai des boucles d’oreilles
de cerises
et je te montrerai les longues treilles
où volent des merles bleus et des grives.
Viens, c’est la saison des grandes chaleurs
et des fleurs.
Sur les fossés poudreux les carottes blanches
poussent : il y a encor deux ou trois pervenches.
Dans le fond des bois frais les oiseaux crient.
Le ciel cuit.
Dans les mares il y a des joncs longs,
et les grenouilles grises font des bonds.
Dans les endroits chauds et frais, vois les sources
qui sont douces.
Dans le terrain rouge, ou bien sur la mousse,
elles coulent près des abeilles rousses.

(Francis Jammes)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le pauvre pion (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



pion

Le pauvre pion

Le pauvre pion doux si sale m’a dit : j’ai
bien mal aux yeux et le bras droit paralysé.

Bien sûr que le pauvre diable n’a pas de mère
pour le consoler doucement de sa misère.

Il vit comme cela, pion dans une boîte,
et passe parfois sur son front froid sa main moite.

Avec ses bras il fait un coussin sur un banc
et s’assoupit un peu comme un petit enfant.

Mais au lieu de traversin bien blanc, sa vareuse
se mêle à sa barbe dure, grise et crasseuse.

Il économise pour se faire soigner.
Il a des douleurs. C’est trop cher de se doucher.

Alors il enveloppe dans un pauvre linge
tout son pauvre corps misérable de grand singe.

Le pauvre pion doux si sale m’a dit : j’ai
bien mal aux yeux et le bras droit paralysé.

(Francis Jammes)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il suffit d’un mot (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



Il suffit d’un mot

Nomme si tu peux ton ombre, ta peur
et montre-lui le tour de sa tête,
le tour de ton monde et si tu peux
prononce-le, le mot des catastrophes,
si tu oses rompre ce silence
tissé de rires muets, — si tu oses
sans complices casser la boule,
déchirer la trame,
tout seul, tout seul, et plante là tes yeux
et viens aveugle vers la nuit,
viens vers ta mort qui ne te voit pas,
seul si tu oses rompre la nuit
pavée de prunelles mortes,
sans complices si tu oses
seul venir nu vers la mère des morts –
dans le cœur de son cœur ta prunelle repose –
écoute-la t’appeler : mon enfant,
écoute-la t’appeler par ton nom.

(René Daumal)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Esseuillement (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



Esseuillement

Le dedans veut sortir
et le dehors entrer
à porte qui bat
invente à huis non clos
un seuil pour le rythme
qui répartit les deux côtés

Au-dedans du dedans
reclosant l’intérieur
le coeur mis au secret
scelle et montre le tout
la partie qui l’intégre
n’ignore pas les autres

(Michel Deguy)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A demeure (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015



A demeure

Si tu frappes à la porte
accepte sa clôture
tu es l’hôte mais ton hôte s’absente
libre est le non
libre est le oui

(Michel Deguy)

 Illustration

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qu’est être sauvé (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015


Un seul chant d’oiseau
dans ton sommeil
un matin

et dormir sans fin
en sachant alors
ce qu’est être sauvé

(Jean-Louis Giovannoni)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Tu me regardes (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2015


oeil-de-dieu

 

Tu passes toujours et tu reviens.
D’autres t’ont donné un nom. Pourtant
tu n’en as aucun, tu les as tous.
Je dis cendrier, purée, pollen,
je dis visage, herbe, bol, silex.
Tu sors de l’un pour entrer dans l’autre.
Tu tisses des fils qu’on ne voit pas
mais qu’on sent partout. J’ouvre la porte,
je suis sur le seuil: tu me regardes.

(Jacques Ancet)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :