Arbrealettres

Poésie

La mer est grise, calme, immense (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2015



La mer est grise, calme, immense,
L’oeil vainement en fait le tour.
Rien ne finit, rien ne commence :
Ce n’est ni la nuit, ni le jour.

Point de lame à frange d’écume,
Point d’étoiles au fond de l’air.
Rien ne s’éteint, rien ne s’allume :
L’espace n’est ni noir, ni clair.

Albatros, pétrels aux cris rudes,
Marsouins, souffleurs, tout à fuit.
Sur les tranquilles solitudes
Plane un vague et profond ennui.

Nulle rumeur, pas une haleine.
La lourde coque au lent roulis
Hors de l’eau terne montre à peine
Le cuivre de ses flancs polis;

Et, le long des cages à poules,
Les hommes de quart, sans rien voir,
Regardent, en songeant, les houles
Monter, descendre et se mouvoir.

Mais, vers l’Est, une lueur blanche,
Comme une cendre au vol léger
Qui par nappes fines s’épanche,
De l’horizon semble émerger.

Elle nage, pleut, se disperse,
S’épanouit de toute part,
Tourbillonne, retombe, et verse
Son diaphane et doux brouillard.

Un feu pâle luit et déferle,
La mer frémit, s’ouvre un moment,
Et dans le ciel couleur de perle
La lune monte lentement.

(Leconte de Lisle)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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