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Poésie

Archive for 2 novembre 2015

GRENIERS (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



grenier

GRENIERS
A Marcel Arland.

Greniers de nos années,
Greniers de nos enfances,
Tout bruissants de noix vides,
De robes surannées,
De papiers en guirlandes
Et de roses fanées ;
Tapissés d’arentelles
Dans un rais de soleil.
Mystère des grands mots,
Des syllabes d’abeilles,
Sorciers des vieux décembres,
Des matins de clarté,
Je voudrais respirer
Vos odeurs de poussière,
Chers greniers de jadis
Perchés sur les campagnes,
Ouverts sur les blés hauts
Les trèfles incarnats.
Greniers, soirs d’hirondelles,
Retentissants d’oiseaux.
Une souris grignote
Toujours l’éternité
Et sous sa bourguignotte
Le vieil hôte enchanté,
Le dur soldat des guerres
Qui, trop las d’être las,
Un soir se pendit là
Ayant dit ses prières,
S’en vient encore la nuit
Vêtu de son silence,
De velours et de ruse.
Greniers, je vous regrette
De l’un à l’autre été.
Greniers, vaisseaux des songes,
Voguant sur le ciel bleu
Un enfant à la proue
Et qui, content de peu
Vaisseaux, croyait en vous !

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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PREUILLY-SUR-CLAISE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



PREUILLY-SUR-CLAISE

PREUILLY-SUR-CLAISE
A James.

Allons loin de la ville lasse,
Loin du tonnerre des rouliers,
Des rues, noirs damiers de l’espace ;
Loin des carrefours lanterniers,
De cette lutte sans vainqueurs,
Loin du ciel mou, fouaillé de pluie,
Plus changeant le jour et la nuit
Qu’aux métamorphoses du coeur.

Pour voir neiger les amandiers
Dans le petit froid de l’aurore.
Réjouissez-nous de votre souffle,
Velours des blés, sommeil bruissant
Autour de l’aérien village,
Des forgerons incandescents
Battant une enclume sans âge,
Du boulanger, poitrail de marbre
Qui siffle quand la nuit descend.
Village fracassé d’histoire,
Donjon des légendes d’amour
Au fond de la plus haute tour.
Par delà l’abîme des arbres
Tourne la ronde des vautours ;
Au bas de sa rumeur heureuse,
Des prés fleuris de boutons d’or,
Une rivière enchante l’ombre
Immobile et coule sans bords.

On entend tinter goutte à goutte
La chantepleure d’un cellier ;
Le képi du garde champêtre
Passe entre les jardins mouillés.
Et puis la nuit s’étoile toute,
Efface les rides, les routes,
Apaise les coeurs lourds de doute,
Lâche les souris des greniers
Et les chats qui vont sans souliers…

Nuit vide et creuse où tout écoute
Emporte-nous sur tes voiliers.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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SOLITUDE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



Edvard Munch -234438 [800x600]

SOLITUDE

Je marche sans arrêt
Dans cette énorme ville
Où gronde le murmure
Immense de la mer,
Où l’on perçoit à peine
Le signe d’une étoile,
Le galop d’un cheval
Dans la rue, le matin,
L’agile des oiseaux
Sur les arbres de neige,
Le cri vert des bateaux
Dans les vagues de marbre.
Je marche sans arrêt
Perclus de solitude,
Dans ces déserts mortels
Tout luisants de regards.
J’entends autour de moi
Des plaintes étouffées,
Des soupirs de bonheur
Fragiles roses mortes.
Heureusement ma lampe,
Phare de mes automnes
Brille là-bas au loin
Dans le fond de mon coeur
Et m’attire, invincible,
Tout gluant de ténèbres.
Je monte un escalier
Dans cette énorme ville
Où gronde le murmure
Immense du malheur ;
O chat, lampe, famille,
Bonne humaine chaleur,
Sauvez-moi tous les soirs
Du naufrage intérieur,
De l’éternel naufrage !

(Maurice Fombeure)

Illustration: Edvard Munch

 

 

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PAYSAGES URBAINS (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



vieux paris

PAYSAGES URBAINS

Au coin de la rue des Ursins
Et de la rue de la Colombe

Le vieux Paris qui se souvient
Sur la Seine ouvre ses yeux bleus.

L’accordéon me frappe au coeur,
Tonnerre allègre des souliers ;

Un bal délirant de rancoeurs
Plein de louffiats et de soutiers,

Vin blanc gommé, chapeaux de cartes,
Inconséquences du sommeil

On sent le passage d’un ange
Dessus la chope du barbier

Cependant que l’heure ivre sonne
Au pavillon des couvre-feux,

Que l’aube ouvre ses ailes mortes,
Poussiéreuse et grise déjà

Lumineuse, manger d’étoiles
D’aigles invisibles, tambours.

Effarée d’humaines tempêtes,
D’un grondement qui vient de loin…

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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IL S’EN PASSE DES CHOSES PENDANT QUE VOUS DORMEZ… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



IL S’EN PASSE DES CHOSES
PENDANT QUE VOUS DORMEZ…

Pendant que Dieu montre du doigt
Aux vents les routes de l’espace,
Vois le chêne qui se déplace
Dans ses gros pantalons de bois !

Arrêtez la fuite des arbres
Leurs quadrilles intermittents,
Et vite, changez-les en marbres
Alors qu’il en est encor temps !

Croyez-vous que l’orme s’endorme
Lorsque les volets sont fermés ?
Eh non. Il va voir d’autres ormes,
Tous ceux qu’il a le plus aimés.

Dans les tréfonds des nuits du monde
Immobiles sous la clarté,
Les tilleuls aussi se répondent
De tous leurs parfums exaltés.

La truffe fleure au bas des pierres
Éparse aux taillis maigriots.
La source entr’ouvre ses paupières.
Les sapins frottent leurs griots.

Les buissons dansent sous la lune
Où l’églantier se tend la main.
Des forêts, il n’en est pas une
Qui soit telle le lendemain.

Et toujours cette sarabande
Se bouscule aux quatre saisons
Que les loups désertent en bande
Noire sur l’or des lunaisons.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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ANGOISSES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



ANGOISSES

Si métaphysicien qu’on soit par devers soi
On sait bien que la mort est chose irrémédiable
Qu’on aille vers Yaveh, Mahomet ou le Diable,
On ne remettra plus ses pantalons de soie.

On ne boira plus l’hydromel ou l’ambroisie
Ni même le vin bleu, tonique du sommeil.
Adieu les mets précieux et les sauces choisies,
Le ventre plein, la goutte au chevet de l’orteil.

Adieu le bel amour aux lèvres de cerise
L’oeil mouillé, les seins durs sous les cheveux épars,
Ces appels mélodieux que charriait la brise
Par les longs soirs d’été penchés sur les remparts.

Il faut poser la règle et le compas du sage,
Des livres chers quitter l’enchantement serein,
Serrer entre ses dents l’obole du passage
Et marcher vers le fleuve affreux couleur d’airain.

Mais je n’ai pas encor la colline gravie
Je suis loin du dernier reflet du dernier soir
— Nous métaphysiciens, espérons la survie ! —
En attendant je mords à pleins poings dans la vie
Fi de l’orbite creuse et foin du pourrissoir ! —

(Maurice Fombeure)

Illustration: Gao Xingjian

 

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AUTOMNE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



automne [800x600]

AUTOMNE

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours

Automne, automne, automne, oh.
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs.
Jeux brutaux et têtes-bêches,
Le morne ennui des dortoirs.
Les souliers et les bobèches.

Automne, automne, oh, chenu
Mon coeur se fond d’amertume
Les bois, les taillis sont nus
Le givre aux lampes s’allume.

Mon enfance vous évoque
Tandis qu’un soleil léger
Pâle comme oeuf à la coque
S’élève sur les vergers.

Oh garde-moi ma présence
Là-bas près des figuiers bleus
J’y reconnais mon enfance
Mon petit sarrau de serge

Sous le regard des persiennes
Où dorment ceux que j’aimais
J’y entends des voix anciennes
Qui ne se tairont jamais.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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Au frais amour ébloui (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015




La campagne est caressante
Au frais amour ébloui;
L’arbre est gai pourvu qu’il sente
Que Jeanne va dire oui.

Aimons-nous! et que les sphères
Fassent ce qu’elles voudront!
Il est nuit; dans les clairières
Les chansons dansent en rond;

L’ode court dans les rosées;
Tout chante; et dans les torrents
Les idylles déchaussées
Baignent leurs pieds transparents;

La bacchanale de l’ombre
Se célèbre vaguement
Sous les feuillages sans nombre
Pénétrés de firmament;

Les lutins, les hirondelles,
Entrevus, évanouis,
Font un ravissant bruit d’ailes
Dans la bleue horreur des nuits;

La fauvette et la sirène
Chantent des chants alternés
Dans l’immense ombre sereine
Qui dit aux âmes: Venez!

Car les solitudes aiment
Ces caresses, ces frissons,
Et, le soir, les rameaux sèment
Les sylphes sur les gazons;

L’elfe tombe des lianes
Avec des fleurs plein les mains;
On voit des pâles dianes
Dans la lueur des chemins;

L’ondin baise les nymphées;
Le hallier rit quand il sent
Les courbures que les fées
Font aux brins d’herbe en passant.

Vient; les rossignols t’écoutent;
Et l’éden n’est pas détruit
Par deux amants qui s’ajoutent
A ces noces de la nuit.

Viens, qu’en son nid qui verdoie,
Le moineau bohémien
Soit jaloux de voir ma joie,
Et ton coeur si près du mien!

Charmons l’arbre et sa ramure
Du tendre accompagnement
Que nous faisons au murmure
Des feuilles, en nous aimant.

A la face des mystères,
Crions que nous nous aimons!
Les grands chênes solitaires
Y consentent sur les monts.

(Victor Hugo)

Illustration: Myrtille Henrion Picco

 

 

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Signe (Gisèle Prassinos)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015




Si vous craignez de ne pas me reconnaître
je bois la rose au verre
l’étoile dans l’oeil
et l’or dans les cheveux
et puis je deviens folle dans les forêts
pour que flambent les feuilles.

Aujourd’hui m’égare jusqu’à la violence de l’orangé.

Au cercle du temps
ma joie s’inscrit entre deux armes.

(Gisèle Prassinos)

 

 

 

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Quand tu serres dans ta main une pierre (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015


Quand tu serres dans ta main
une pierre
c’est toi qui t’effaces
et elle qui grandit

(Jean-Louis Giovannoni)

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