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Poésie

Archive for 3 novembre 2015

Cigale (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



De l’ardente cigale
J’eus le destin,
Sa récolte frugale
Fut mon festin.
Mouillant mon seigle à peine
D’un peu de lait,
J’ai glané graine à graine
Mon chapelet.

J’ai chanté comme j’aime
Rire et douleurs;
L’oiseau des bois lui-même
Chante des pleurs;
Et la sonore flamme,
Symbole errant,
Prouve bien que toute âme
Brûle en pleurant.

Puisque Amour vit de charmes
Et de souci,
J’ai donc vécu de larmes,
De joie aussi,
A présent, que m’importe!
Faite à souffrir,
Devant, pour être morte,
Si peu mourir.

La chanteuse penchée
Cherchait encor
De la moisson fauchée
Quelque épi d’or,
Quand l’autre moissonneuse,
Forte en tous lieux,
Emporta la glaneuse
Chanter aux cieux.

(Marceline Desbordes-Valmore)

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La Mourre (Denise Miège)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



Je suis au fond du vide, je veille un mort
Je chavire et ça ne se voit pas.
Je perds pied je crie sans bruit
Mais personne ne s’en aperçoit.
Je mets des masques sur la nuit
Je craque je détraque je dis depuis longtemps des mots
Qui n’ont pas cours dans le langage des prisons
Dont vous avez refermé les fenêtres
Dans les villes sans joie où l’on s’en va bientôt mourir
Où nous marchons, reflets, sans jamais nous rejoindre,
Où tu parles un langage que je ne comprends pas
Où je peux très bien ne pas exister
Dans l’ordre des caresses
Où tu pourrais peut-être ne jamais avoir été
Qu’un mirage qu’un corps à deux dimensions une image
Qu’on peut annuler
Etouffer étouffer
Sans que personne ne s’étonne,
Ma petite musique de nuit,
Mon cheval pâle, mon attente,
Un amour de chat du Chester s’efface
Lentement autour de son propre sourire!

(Denise Miège)

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Communication (Michel Michaud)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



il s’est éveillé
à ton sommeil parallèle
et l’ombre même était émue
de ce bonheur de sauge recueillie

pendant la nuit le paysage
était parti
en un grand cri de chair
toute la mer et les reflets des saisons de sa joie
neigeaient à l’intérieur
de ce champ clos
que ses yeux fermés découvraient

ta douceur nue contre son bras
coulait sa trille chaude au ventre des lumières.

(Michel Michaud)

Illustration

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Quand le poète dort (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015


 

Quand le poète dort, ses poèmes le veillent
Allongés contre lui, chiens couleur de soleil.

Quand le poète dort, ses poèmes s’envolent
Pour aller se nicher dans les livres d’école.

Quand le poète dort, des larmes à ses cils,
La poésie lui tisse une joie, fil à fil.

Quand le poète dort, ses poèmes travaillent
Comme en l’ombre le vin, sous terre les semailles.

Quand le poète dort, ses poèmes apprennent
A vivre seuls, sans lui, que les rêves entraînent.

Quand le poète dort, ses poèmes frémissent
En songeant aux périls qu’il court dans les abysses.

Quand le poète dort, ses poèmes l’écrivent
Pour lui rendre, au réveil, son chant comme une eau vive.

(Marc Alyn)
Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

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NUIT (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



NUIT

Étrange berger,
Berger curieux,
Sur une immense lande debout,
D’une main malhabile
J’ai contre le ciel
Lancé mon caillou.

Puis j’ai regardé les nuages ;
Je suis descendu d’eux ; en eux je traîne encore.

*

Je me suis occupé de la fuite des saisons,
Des fuyantes fraîcheurs des sources,
J’ai gardé près de moi le corps émouvant, chancelant
Des plantes penchantes

Je sens directement avec mon âme d’enfant
Une fleur, un papillon, un caillou, une étoile libre
Un ciel neuf chaque nuit et que nul ne pille.
La liberté des étoiles me tourmente.

Je n’ai pas altéré les fraîcheurs des sources,
J’ai cherché le spontané, le mouvement purifié,
Des nuages, des arbres, des cieux agités ;
Les instants du monde qui me furent donnés
Je me suis en eux caché.

*

Je suis seul et je chante pour ma joie ;
Une fleur, un caillou, une bête abritée dans les fourrés,
Un pan de la tremblante robe du ciel, un pan de l’eau dansante
Composent mon pouvoir, mon bruit, ma liberté
Ils savent en moi plus haut que moi chanter.

*

Je suis libre des conseils vulgaires ;
Mon secret, c’est qu’il n’y a rien que la liberté
Fuyante des étoiles et qu’il faut se courber
Chaque soir avec la beauté des cieux

Je tends en fou le bol des fontaines
Où tombent le temps, le ciel, la plaine.
Qu’ils tombent, moins lourds qu’un pleur,
Que n’y tombent ni songes ni peines !

*

Quand la brume passe en croupe au corps d’un cheval blanc,
Le soleil étonné grandit.

(Armand Robin)

Illustration: Pier Francesco Mola

 

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Revenu du désert (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015


 

Revenu du désert,
me tenant agrippé
au bord du renouveau
et voici, tout à coup
du repos qui console
à ma joie débordée,
que scintille frileux,
ô matin, ô bonté,
la dentelle et les fleurs,
Noël aubépine blancheur,
mon amour.

Le sourire de la plénitude
secrète comme la colombe,
seules des caresses furtives
avec les mains de la neige.
Venez, nous irons nous marier
dans un pays plus clair.

Mais toujours à merci
du néant qui m’entraîne
à chercher sous l’écaille
ce qu’il faut pour nourrir
à l’étal de ma vie
cette angoisse,
je retourne au désert,
emportant avec moi
le sel noir de tes larmes,
la tendresse entrouverte,
Noël, aubépine, blancheur.

(André Frénaud)

 

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M’endormir la joue contre le ciel (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



M’endormir la joue contre le ciel
avec un picotement d’étoiles
sur la peau comme d’abeilles
qui butineraient mon sommeil

pour nourrir des essaims de joies.

(Robert Mallet)

Illustration: Josephine Wall

 

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Agape (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



Ce sont les dieux qui régalent
ou bien c’est nous, quand chacun
rend grâces à l’autre de sa joie,
la lui donne.

(André Frénaud)

Illustration

 

 

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Et même si (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015




Et même si je savais tes propos mot à mot?
Et si tu savais que je les savais, parlerais-tu?
Et même si je savais tes propos mot à mot,
Et tandis que tu vas les répétant, j’ai dit,
« Vois, il y eut celle qui inclinait sa jolie tête de lumière
Et soupirait comme toi, dans ses propos dorés. »
Ou, comme nos rires savent se mêler,
Comme les lèvres écrasées se dégagent par caprice,
Et même si mes pensées à mi-chemin se retournaient
Se chuchotaient: « Le joli mort
Doit connaître de tels instants, pensif parmi les herbes,
La manière dont les blancs cornouillers murmuraient au-dessus au-dessus de nos têtes,
Les jours de joie et de lumière! »

(Ezra Pound)

Illustration: Albert Herter

 

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