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Poésie

Archive for 5 novembre 2015

Que le bonheur arrive lentement ! (Évariste de Parny)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



Que le bonheur arrive lentement !
Que le bonheur s’éloigne avec vitesse !
Durant le cours de ma triste jeunesse,
Si j’ai vécu, ce ne fut qu’un moment.
Je suis puni de ce moment d’ivresse.
L’espoir qui trompe a toujours sa douceur,
Et dans nos maux du moins il nous console ;
Mais loin de moi l’illusion s’envole,
Et l’espérance est morte dans mon cœur.
Ce cœur, hélas ! que le chagrin dévore,
Ce cœur malade et surchargé d’ennui,
Dans le passé veut ressaisir encore
De son bonheur la fugitive aurore,
Et tous les biens qu’il n’a plus aujourd’hui ;
Mais du présent l’image trop fidèle
Me suit toujours dans ces rêves trompeurs,
Et sans pitié la vérité cruelle
Vient m’avertir de répandre des pleurs.
J’ai tout perdu ; délire, jouissance,
Transports brûlants, paisible volupté,
Douces erreurs, consolante espérance,
J’ai tout perdu ; l’amour seul est resté.

(Évariste de Parny)

 

 

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J’ai cherché dans l’absence (Évariste de Parny)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



J’ai cherché dans l’absence un remède à mes maux ;
J’ai fui les lieux charmants qu’embellit l’infidèle,
Caché dans ces forêts dont l’ombre est éternelle,
J’ai trouvé le silence, et jamais le repos.
Par les sombres détours d’une route inconnue
J’arrive sur ces monts qui divisent la nue :
De quel étonnement tous mes sens sont frappés !
Quel calme ! quels objets ! quelle immense étendue !
La mer paraît sans borne à mes regards trompés,
Et dans l’azur des cieux est au loin confondue.
Le zéphyr en ce lieu tempère les chaleurs ;
De l’aquilon parfois on y sent les rigueurs ;
Et tandis que l’hiver habite ces montagnes,
Plus bas l’été brûlant dessèche les campagnes.

[…]

(Évariste de Parny)

Illustration: David Caspar Friedrich

 

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Voici le cabinet charmant (Évariste de Parny)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



cabinet_de_toilette  [800x600]

Voici le cabinet charmant
Où les Grâces font leur toilette.
Dans cette amoureuse retraite
J’éprouve un doux saisissement.
Tout m’y rappelle ma maîtresse,
Tout m’y parle de ses attraits ;
Je crois l’entendre ; et mon ivresse
Ce bouquet, dont l’éclat s’efface,
Toucha l’albâtre de son sein ;
Il se dérangea sous ma main,
Et mes lèvres prirent sa place.
Ce chapeau, ces rubans, ces fleurs,
Qui formaient hier sa parure,
De sa flottante chevelure
Conservent les douces odeurs.
Voici l’inutile baleine
Où ses charmes sont en prison.
J’aperçois le soulier mignon
Que son pied remplira sans peine.
Ce lin, ce dernier vêtement…
Il a couvert tout ce que j’aime ;
Ma bouche s’y colle ardemment,
Et croit baiser dans ce moment
Les attraits qu’il baisa lui-même.
Cet asile mystérieux
De Vénus sans doute est l’empire.
Le jour n’y blesse point mes yeux ;
Plus tendrement mon cœur soupire ;
L’air et les parfums qu’on respire
De l’amour allument les feux.
Parais, ô maîtresse adorée !
J’entends sonner l’heure sacrée
Qui nous ramène les plaisirs ;
Du temps viens connaître l’usage,
Et redoubler tous les désirs
Qu’a fait naître ta seule image.

(Évariste de Parny)

 

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Sur la terre de la veille (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



Sur la terre de la veille
La foudre était pure au ruisseau
La vigne sustentait l’abeille
L’épaule levait le fardeau

Les routes flânaient, leur poussière
Avec les oiseaux s’envolait
Les pierres s’ajoutaient aux pierres
Des mains utiles les aimaient

O toi, âme qu’on voit à peine
Reflet du soleil, strict ami,
Nous sommes las de cette vie,
De ses montagnes de ses plaines.
Ramène nous à ta patrie.

(Jean Follain)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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PAIN DE NUIT (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



dragées  [800x600]

PAIN DE NUIT

Au fond de certains songes est un gros pain
de chair bise
volé un jour de neige
mais là, cette nuit de la femme
était totale
sans étoiles avec un pain étroit
émietté de minute en minute
et porté jusqu’à sa bouche mauve
et tout un chacun disait d’elle :
il faut lui tenir
la dragée haute.
Dérision, ô dragées jetées aux enfants assistés
et dont l’amande éclate sous leurs dents
par le triomphal matin
d’un printemps qui ne revient pas.

(Jean Follain)

 

 

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APPEL CHAMPÊTRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



APPEL CHAMPÊTRE

Un morceau de pain
couvert de raisiné sombre
est le goûter du garçon assis
sur un mur d’éclatante argile
et ses pieds pendants sont chaussés
de brodequins cloutés de fer ;
lorsqu’on l’appelle de loin
il ne répond pas aussitôt
la même voix
clamant alors plus fort son nom
à l’unique syllabe brève
trouble à peine le calme des îles.

(Jean Follain)

Illustration: Charles Sprague-Pearce

 

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LA PLANTE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2015



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LA PLANTE

Espèce sauvage dite nuisible
elle dresse sur le ciel
sa tige cannelée et ses grandes ombelles
la sève monte amère en ses canaux.
Le promeneur émacié
qu’on prendra pourtant
bon pour la guerre
d’une canne alerte et sûre
abat pareil végétal triomphant
percevant alors tous ces cris des enfants
qui jouent dans les brumes
il n’en peut plus
de vivre et mésuser de tout au monde.

(Jean Follain)

Illustration

 

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