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Poésie

Archive for 6 novembre 2015

Les sources naissent des pierres (Jean Claude Renard)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



 

Les sources naissent des pierres.
Elles ont, dans l’herbe,
Le goût des framboises.
Des coqs blancs traversent les falaises.
En amont, en aval
L’échéance du sang conduit à l’origine.
Même la neige annonce les îles.
Elles luisent la nuit
Avec les eaux sacrées.
Ces fêtes vertes, ces fables
N’extraient du fleuve que l’enfance.
Chaque banc de sable est beau comme un buisson de laine
Où le feu prophétise
Qu’il y aura, demain,
Des villes sous les branches.
La mort est pure dans l’estuaire
– Et la transparence habitable.
Je parle en elle
La langue du dieu frais.

(Jean Claude Renard)

 

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LE CHIEN (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



LE CHIEN

Je suis un chien errant
Et je n’en sais pas plus,
Mais voilà cette voix,
Qui me tombe dessus,
Une Voix de poète
Qui voulut me choisir
Pour me faire un peu fête,
Moi qui ne puis rien dire,
Et, qui n’ai qu’un aboi
Pour un peu m’éclaircir
Les brumes et la voix.
Je ne veux pas sortir
De mon obscurité‚,
Je ne veux rien savoir
D’une tête habité‚e
Par des mots descendus
De quelque hors-venu.
Je suis un chien errant
N’en demandez pas plus.

(Jules Supervielle)

Illustration: ArbreaPhotos

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EST-CE UN POÈME… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



EST-CE UN POÈME…

Est-ce un poème qu’il va faire
Ou bien va-t-il comme un ivrogne
Embrasser les gens dans la rue ?
Il ne sait pas mais, à grands coups,
On frappe en lui dans les ténèbres,
Il faut qu’il ouvre à l’inconnu.
Mais où la porte ? et quelles clefs ?

Il ne sait pas pourquoi ces coups,
Pourquoi son coeur est sur sa main…
Est-ce un poème qu’il va faire
Ou bien va-t-il jeter sa vie
Dans le giron d’une passante,
Plus belle encore, et maternelle,
D’être la première venue ?

Il a suffi qu’un oiseau bouge
Dans les forêts de sa poitrine
Et le voici, tout eau-de-feu,
Qui ne sait plus s’il croit en Dieu
Ou si Dieu n’est que son chef-d’oeuvre ;
Il court comme une signature
Mais est-ce lui qui va mourir ?
Mais est-il ce billet d’adieu
Qu’on griffonne au bord du couteau ?
Mais qu’a-t-il à léguer au monde
Hormis ses battements de coeur ?

Ah, qui te parle de mourir
Quand tu n’es ivre que d’amour,
O poète qui bats les murs
Pour qu’ils se tiennent éveillés,
Pour que cette nuit ne finisse
Dont tu fais le jour à ton gré ?

Quelle que soit la main qui frappe
Sur les vantaux de tes poumons,
Cette grappe de sang qui bouge,
Ecrase-la pour notre soif :
Il y a fête, fête aux larmes
Avec des mots en banderole
Pris à son compte par le vent :
Que ton amour soit la parole
Qui les rende au monde vivant !

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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J’ai l’âme lourde encore d’amour inexprimé (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015




J’ai l’âme lourde encore d’amour inexprimé,
Et je meurs ! Jamais plus, jamais mes yeux grisés,
Mes regards dont c’était les frémissantes fêtes,
Ne baiseront au vol les gestes que vous faites;
J’en revois un petit qui vous est familier
Pour toucher votre front, et je voudrais crier…

(Edmond Rostand)

Illustration: Louis Janmot

 

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LE POÈTE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



LE POÈTE

Tant qu’Apollon n’exige du poète
qu’il aille oeuvrer au sacrifice saint,
vous le voyez lâchement englouti
dans les soucis futiles de ce monde.
Sa lyre sainte alors se tait,
son âme endormie est glacée
et parmi les pauvres humains
nul n’est plus que lui démuni.

Mais dès que le verbe du dieu
fait vibrer son ouïe sensible,
l’âme du poète frémit,
pareille à l’aigle qu’on éveille.
Les fêtes du monde lui pèsent,
il fuit l’humaine rumeur,
ne courbe pas sa tête altière
devant les idoles vulgaires,
mais s’enfuit, farouche et sévère,
plein d’émoi, regorgeant de chants,
vers la rive des eaux désertes,
dans l’ample clameur des forêts

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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Je ne sais celui que je voudrais être (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015




Les gens de Glenbeigh boivent et chantent
dans l’auberge des Towers illuminée
de rose à travers la nuit froide étoilée
Un petit âne regarde par la fenêtre
étincelante de ses grands yeux résignés
comme ceux du vieil homme à casquette
qui boit en battant la mesure sans chanter
L’âne se perd dans le noir qu’il cadence
de son pas droit, menu, sûr. Le vieil homme
quitte l’auberge en se tenant aux murs
Les refrains des ballades marines résonnent
sur les prairies et les troupeaux obscurs
le vent prend l’ombre par la taille et danse
Je ne sais celui que je voudrais être
dans la vitrine claire de la fête
et le nocturne où se pâture l’existence
peut-être la lumière des abat-jour
qui donne aux visages lourds
la légèreté des transparences.

(Robert Mallet)

Illustration: Beryl Cook

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De loin en loin (Christine Bonduelle)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



de loin en loin
l’allure alerte virtuose
silhouette
chemin faisant elle s’estompe
ne se retourne pas
nos espaces forclos
et la joie
entre

(Christine Bonduelle)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Edvard Munch

 

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Poser un soir son pied nu sur un clou (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



Poser un soir son pied nu
sur un clou
Tomber des branches
boire à même une eau trop froide
sont les accidents mortels
qu’impose le vieux destin
le monde alors n’a plus d’âge
le ciel reste intact et bleu
les murs sèchent inexorables

(Jean Follain)

 

 

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La félicité pourtant (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



…la félicité pourtant
dénude merveilleusement celle
qui s’endort dans sa jeunesse
rêvant des prés et des mers.

(Jean Follain)

Illustration: F.A. Moore

 

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Ce monde est encore en enfance (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



… ce monde est encore en enfance
avec sa rivière chantante

(Jean Follain)

 

 

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