Arbrealettres

Poésie

LE CHIEN (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



LE CHIEN

Je suis un chien errant
Et je n’en sais pas plus,
Mais voilà cette voix,
Qui me tombe dessus,
Une Voix de poète
Qui voulut me choisir
Pour me faire un peu fête,
Moi qui ne puis rien dire,
Et, qui n’ai qu’un aboi
Pour un peu m’éclaircir
Les brumes et la voix.
Je ne veux pas sortir
De mon obscurité‚,
Je ne veux rien savoir
D’une tête habité‚e
Par des mots descendus
De quelque hors-venu.
Je suis un chien errant
N’en demandez pas plus.

(Jules Supervielle)

Illustration: ArbreaPhotos

4 Réponses vers “LE CHIEN (Jules Supervielle)”

  1. A reblogué ceci sur Maître Renard.

  2. Chien du premier jardin
    ———-

    Ce fut un parangon de sagesse canine,
    Spectateur assidu de tous les rituels ;
    Obéir en tous points lui fut habituel,
    Jamais il ne tomba dans l’ire léonine.

    Adam sur une feuille un beau jour le dessine,
    Appelant ce portrait «compagnon virtuel» ;
    Mais un tel document n’est pas perpétuel,
    Il redoute le Temps et sa griffe assassine.

    On lui fit pour le soir un panier de roseaux
    Qu’il découvrit un jour en fronçant les naseaux;
    «Pourquoi pas, se dit-il, c’est une douce chose».

    Pas de cage pour lui, ce n’est pas un oiseau,
    Mais cent mille chemins qui forment un réseau
    Dont il lit le marquage avec sa truffe rose.

    • Grand chien solipsiste
      ———-

      Cet animal ne vient jamais quand on l’appelle,
      Que ce soit en moldave, en russe ou en latin ;
      Il va sur les sentiers dans le petit matin,
      Arborant un collier d’un antique modèle.

      Il vole au charcutier un peu de mortadelle,
      Un peu de saucisson, du lard et du boudin ;
      Au plus profond des bois il disparaît soudain,
      Nous ne pourrons jamais en faire un chien fidèle.

      Avec un brave troll il bavarde souvent,
      Aussi avec la neige, et la pluie, et le vent ;
      Ils évoquent entre eux des choses inconnues.

      Sa mère fut, dit on, l’ondine Cordélia,
      Qui d’un pays nordique était jadis venue ;
      Celle qu’on surnomma la Dame aux Camélias.

  3. Ambichien de Maître Perutz
    —————

    Il sait où fut caché l’argent du trépassé,
    Il en parle d’ailleurs à des gens qu’il rencontre ;
    L’un deux doit hériter, le testament le montre,
    Que d’écrire, pourtant, le mort s’est dispensé.

    L’héritier par tout ça se trouve dépassé,
    Il ne sait même plus lire l’heure à sa montre ;
    Il arrive à parler aux ambichiens, par contre,
    Du trésor attendu qu’il voudrait dépenser.

    L’homme est bien malheureux, mais de chercher ne cesse ;
    L’animal a perdu son maître et sa maîtresse,
    Donc en son lieu natal plus rien ne le retient.

    Oublier cet argent, ce serait bien plus sage,
    Dont cet homme n’aurait que fort peu d’avantages ;
    Mais son coeur le désire, il dit que c’est son bien.

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