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Poésie

Archive for 9 novembre 2015

J’ai froid dans le mot froid (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



J’ai froid dans le mot froid.
J’ai mal dans le mot nuque.
Vais-je guérir des signes?
Mon corps attend qu’on le sépare d’une idée de soi.
Qu’on le baptise encore dans une eau transparente,
celle qui germe ici.
J’avance dans mon nom
jusqu’à ce mur.

(Claude Esteban)

 

 

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UNA OU LA MORT LA VIE (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



UNA OU LA MORT LA VIE

Dire je t’aime est dire je te mange
Et je ne veux rien qu’être mangé de toi
Rien qui distraie ne doit subsister entre
Deux affamés qui savent qu’être ensemble
Est bien leur faim boulimique de soi
Plus ils se rassasient plus ils s’attisent
Mais quand leurs yeux seraient d’une seule eau
Quand leurs deux corps en un se pétriraient l’un l’autre
Pour former la première argile où s’imprima
La main qui les créa homme et femme à la fois
C’est d’avant l’être que leur chair veut se repaître
Ne pouvant supporter le néant avant soi.

(Pierre Emmanuel)

Illustration: Chakir Alla

 

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Le poète tardif écrit (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



 
Le poète tardif écrit:

« Mon esprit s’effiloche peu à peu.

Même la passerose et la mésange me semblent lointaines,
et le lointain de moins en moins sûr.

J’en arriverais presque à demander
qu’on me décharge de ce sac de lumière:
drôle de gloire! »

Qui de vous, beautés, répondra ?

N’en sera-t-il pas une d’entre-vous
pour, même sans rien dire,se tourner vers lui ?

Comme il s’égaille, le troupeau des sources
qu’on avait cru conduire un jour dans ces prairies…
Voilà que désormais
toute musique de jadis lui monte aux yeux
en fortes larmes:

« Les giroflées, les pivoines reviennent,
l’herbe et le merle recommencent,
mais l’attente, où est-elle ? Où sont les attendues ?
N’aura-t-on plus jamais soif ?
Ne sera-t-il plus de cascade
pour qu’on en serre de ses mains la taille fraîche ?

Toute musique désormais
vous bâte d’un faix de larmes. »

Il parle encore, néanmoins,
et sa rumeur avance comme le ruisseau en janvier
avec ce froissement de feuilles chaque fois
qu’un oiseau effrayé fuit en criant vers l’éclaircie.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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LUNE D’HIVER (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



LUNE D’HIVER

Pour entrer dans l’obscurité
Prends ce miroir où s’éteint
un glacial incendie:

atteint le centre de la nuit,
tu n’y verras plus reflété
qu’un baptême de brebis

(Philippe Jaccottet)

 Illustration

 

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Fragile est le trésor des oiseaux (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



Fragile est le trésor des oiseaux.
Toutefois, puisse-t-il scintiller toujours dans la lumière !

Telle humide forêt peut-être en a la garde,
il m’a semblé qu’un vent de mer nous y guidait,
nous le voyions de dos devant nous comme une ombre…
Cependant, même à qui chemine à mon côté,
même à ce chant je ne dirai ce qu’on devine dans l’amoureuse nuit.
Ne faut-il pas plutôt laisser monter aux murs le silencieux lierre
de peur qu’un mot de trop ne sépare nos bouches
et que le monde merveilleux ne tombe en ruine?

Ce qui change même la mort en ligne blanche
au petit jour, l’oiseau le dit à qui l’écoute.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Rabi Khan

 

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Accalmie I (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



Accalmie I

Lorsque sous la rafale et dans la brume dense,
Autour d’un frêle esquif sans voile et sans rameurs,
On a senti monter les flots pleins de rumeurs
Et subi des ressacs l’étourdissante danse,

Il fait bon sur le sable et le varech amer
S’endormir doucement au pied des roches creuses,
Bercé par les chansons plaintives des macreuses,
A l’heure où le soleil se couche dans la mer.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Accalmie II (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



Accalmie II

Que l’on jette ces lis, ces roses éclatantes,
Que l’on fasse cesser les flûtes et les chants
Qui viennent raviver les luxures flottantes
A l’horizon vermeil de mes désirs couchants.
Oh! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine,
Oh! Ne me fixez pas de vos yeux fulgurants,
Car je me sens brûler, ainsi qu’une phalène,
A l’azur étoilé de ces flambeaux errants.

Oh! Ne me tente plus de ta caresse avide,
Oh! Ne me verse plus l’enivrante liqueur
Qui coule de ta bouche-amphore jamais vide
Laisse dormir mon coeur, laisse mourir mon coeur.
Mon coeur repose, ainsi qu’en un cercueil d’érable,
Dans la sérénité de sa conversion ;
Avec les regrets vains d’un bonheur misérable,
Ne trouble pas la paix de l’absolution.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Accalmie III (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



Accalmie III

Feux libertins flambant dans l’auberge fatale
Où se vautre l’impénitence des dégoûts,
Où mon âme a brûlé sa robe de vestale,
Eteignez-vous !

Par les malsaines nuits de crimes traversées,
Hippogriffes du mal, femelles des hiboux,
Qui prêtiez votre essor à mes lâches pensées,
Envolez-vous !

Salamandres-désirs, sorcières-convoitises
Qui hurliez dans mon coeur avec des cris de loups
La persuasion de toutes les feintises,
Ah ! Taisez-vous !

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Accalmie V (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



Accalmie V

Mon cœur, mon cœur fut la lanterne
Eclairant le lupanar terne ;
Mon cœur, mon cœur, fut un rosier,
Rosier poussé sur le fumier.

Mon cœur, mon cœur est le blanc cierge
Brûlant sur un cercueil de vierge ;
Mon cœur, mon cœur est sur l’étang
Un chaste nénuphar flottant.

(Jean Moréas)

 

 

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DUEL (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2015



DUEL

J’habite en moi avec impatience
Toute étonnée d’être ainsi limitée
Si j’ai grand mal à concevoir mon corps
Quels contours j’offre et je dérobe au-dehors
Et leurs reflets que me renvoient les autres
J’aime plonger dans le vert de tes yeux
Pour m’immerger et m’aimer sans limite
Être en toi qui ne m’es rien moins qu’une maison
Car c’est l’eau que j’épouse ici dans sa nature
Double la transparente et l’engouffrée sans fond
Surface où ma raison prend sa claire mesure
Abîme où ma folie voit enfin sa raison.

(Pierre Emmanuel)

Illustration

 

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