Arbrealettres

Poésie

Archive for 11 novembre 2015

Béatitude (Christine Bonduelle)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



béatitude

l’eau coule
d’abondance
dans nos mains
bord à bord
en vasque
le trop-plein
débordant
à perte
à la fontaine
noli me tangere

(Christine Bonduelle)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Parmi les marronniers (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



Parmi les marronniers

Parmi les marronniers, parmi les
Lilas blancs, les lilas violets,
La villa de houblon s’enguirlande,
De houblon et de lierre rampant.
La glycine, des vases bleus pend ;
Des glaïeuls, des tilleuls de Hollande.

Chère main aux longs doigts délicats,
Nous versant l’or du sang des muscats,
Dans la bonne fraîcheur des tonnelles,
Dans la bonne senteur des moissons,
Dans le soir, où languissent les sons
Des violons et des ritournelles.

Aux plaintifs tintements des bassins
Sur les nattes et sur les coussins,
Les paresses en les flots des tresses.
Dans la bonne senteur des lilas
Les soucis adoucis, les coeurs las
Dans la lente langueur des caresses.

(Jean Moréas)

 

 

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Dans la basilique (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



Dans la basilique I

Dans la basilique où les pâles cierges
Font briller les ors du grand ostensoir,
Sur les feuillets des missels à fermoir
Courent les doigts fins des pudiques vierges.
Elle t’attendait, la vierge aux yeux bleus,
Mais tu n’as pas su lire dans ses yeux-
Dans la basilique, aux clartés des cierges.

(Jean Moréas)

 

 

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Les roses jaunes (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



Les roses jaunes

Les roses jaunes ceignent les troncs
Des grands platanes, dans le jardin
Où c’est comme un tintement soudain
D’eau qui s’égoutte en les bassins ronds.

Nul battement d’ailes, au matin ;
Au soir, nul souffle couchant les fronts
Des lis pâlis, et des liserons
Pâlis au clair de lune incertain.

Et dans ce calme où la fraîcheur tombe,
C’est comme un apaisement de tombe,
Comme une mort qui lente viendrait
Sceller nos yeux de sa main clémente,
Dans ce calme où rien ne se lamente
Ou par l’espace, ou par la forêt.

(Jean Moréas)

 

 

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TGV 3 (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



TGV 3

la nuit vient lente et grise un virus en air
le regard cherche à sentir son invasion
une fumée trois maisons un trait de neige
comment voir la pénétration de l’image
son reflux quand les mots la jettent dehors
mais rien et rien et rien un rond de lumière
quelques formes à peine vues dans la vitesse
langue balayée par la ventée du temps
le noir a déjà imbibé tout l’espace
chaque chose ainsi réduite à sa fumée
la solitude s’étend sur la fenêtre

(Bernard Noël)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Nevermore (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



Nevermore

Le gaz pleure dans la brume,
Le gaz pleure, tel un oeil.
– Ah ! prenons, prenons le deuil
De tout cela que nous eûmes.

L’averse bat le bitume,
Telle la lame l’écueil.
– Et l’on lève le cercueil
De tout cela que nous fûmes.

Ô n’allons pas, pauvre soeur,
Comme un enfant qui s’entête,
Dans l’horreur de la tempête

Rêver encor de douceur,
De douceur et de guirlandes,
– L’hiver fauche sur les landes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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GRAND ARBRE BLANC (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



GRAND ARBRE BLANC

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un i
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour

grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile
et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard sans paupière
grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres

grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cœur est nu
grand arbre
l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or

pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air
d’atroces armes blanches

qui tue
qui parle

le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid

grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent
morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort qui nous lèche
est seule bouche du savoir

(Bernard Noël)

 

 

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On aimerait voir passer un dieu mort (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



on aimerait voir passer un dieu mort
enfin quelqu’un pas seulement un nom
mais rien ne glisse au fil du temps

l’inexistence est parfois si présente
est-il possible que le vide soit plein
que son creux sonne en plein dedans

le corps possède ainsi ses blancs
un quelque part qui n’est pas organique
un quelque chose informe et sans limites

êtes-vous déjà venu ici fait une voix
aucun son rien qu’une image vive
un pays flou dans la nuque

quelle écriture pourrait sauver le vif
jeu de limaille vers l’aimant secret
tout pressentiment pétille en vain

pas de sens dans les coïncidences
juste un reflet qui fait plaisir
l’azur ne sera jamais que l’azur

(Bernard Noël)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Gao Xingjian

 

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L’air est les yeux (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



L’air est les yeux

on pose quatre mots
un piège
le monde tourne le dos
silence
silence et rumeur
la nuit en plein jour
les yeux partis loin
la tête à l’envers
et plus bas que tout
le ciel sous les pieds
tout à coup
trop de voix dans la main
la main aérée
et moi l’embrumé
me voilà hors je
alors couché là
le banc de soi-même
et là-haut debout
et soi de soi
l’ombre
puis tout projeté
pour combler l’espace
tout vers l’un tout vers l’autre
et l’empreinte d’air
tombant sur la page

(Bernard Noël)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Gao Xingjian

 

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Si je pouvais le dire (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



Si je pouvais le dire

Le Temps dira, sans plus: Je te l’avais bien dit.
Seul, le temps sait le prix qu’il faudra que l’on paie,
Et je te l’apprendrais, si je pouvais le dire.

Si nous devons pleurer quand les clowns se produisent
Et si nous trébuchons quand jouent les musiciens,
Le Temps dira, sans plus: Je te l’avais bien dit.

Nul ne peut prévoir l’avenir, et cependant
Comme je t’aime plus que je ne saurais le dire,
Ah, je te l’apprendrais, si je pouvais le dire.

Il faut bien que les vents soufflent de quelque part,
Il faut bien expliquer que les feuilles pourrissent.
Le Temps dira, sans plus: Je te l’avais bien dit.

Peut-être que la rose aime vraiment s’ouvrir,
Que la vision vraiment souhaite demeurer;
Ah, je te l’apprendrais, si je pouvais le dire.

Supposons que les lions viennent à décamper
Et que tous les ruisseaux et les soldats s’enfuient,
Le Temps ne dira-t-il que: Je l’avais bien dit?
Ah, je te l’apprendrais, si je pouvais le dire.

***

If I Could Tell You

Time will say nothing but I told you so
Time only knows the price we have to pay;
If I could tell you I would let you know.

If we should weep when clowns put on their show,
If we should stumble when musicians play,
Time will say nothing but I told you so.

There are no fortunes to be told, although,
Because I love you more than I can say,
If I could tell you I would let you know.

The winds must come from somewhere when they blow,
There must be reason why the leaves decay;
Time will say nothing but I told you so.

Perhaps the roses really want to grow,
The vision seriously intends to stay;
If I could tell you I would let you know.

Suppose the lions all get up and go,
And the brooks and soldiers run away;
Will Time say nothing but I told you so?
If I could tell you I would let you know.

(Wystan Hugh Auden)

 

Illustration

 

 

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