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Poésie

Archive for 14 novembre 2015

Toi qui es dans mon tu (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



toi qui es dans mon tu

mon présent est une pierre
tu la jettes dans mes yeux

la page de verre monte
le visage éclate dedans

je tète le blanc
le linge du regard volé

le lit du temps coule
au milieu de la bouche

dans L’ombre du double

(Bernard Noël)

Illustration: Christian Schloe

 

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Quelqu’un demeure au bord (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



quelqu’un demeure au bord
bouche collée à l’avenir
mais nul à vif
ne définit la forme qui le hante

trop de temps à dissoudre
en ce lieu tangent à l’infini
et la fin l’impatiente

douleur
douleur risible
d’avoir encore à devenir

(Bernard Noël)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Certains bâtissent une respiration (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



certains bâtissent une respiration
ils savent que dedans et dehors
souffle le même espace

ils savent que les murs ne doivent
ni couper le souffle

ni boucher la vue

dans Les yeux dans la couleur

(Bernard Noël)

 

 

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Pétrification absolue (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



 

Pétrification absolue

Là-bas, loin par-delà les monts,
Une pâle lune paresse
Et sous ses éternels rayons
Demeure ma morte jeunesse.

Là-bas, loin par-delà les monts,
Auprès du tombeau de la reine,
Mon amour mort, hâve, harassé,
Comme un fantôme se promène.

Là-bas, loin par-delà les monts,
Où sont les temples froids de pierre,
Devant mes dieux morts, dans le vent,
Errante, pleure une prière

(Hermann Hesse)

 

 

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Lettre d’amour (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



Lettre d’amour

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j’étais alors morte,
Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m’inquiète,
Et je restais là sans bouger selon mon habitude.
Tu ne m’as pas simplement une peu pousser du pied, non-
Ni même laissé régler mon petit oeil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,
De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.
Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires telle une roche noire
Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l’hiver –
Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement ciselées
Qui se posaient à tout moment afin d’attendrir
Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,
Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
Mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.
Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.
La première chose que j’ai vue n’était que de l’air
Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Il y avait alentour
Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.
Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.
Je brillais, recouverte d’écailles de mica,
Me déroulais pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’y suis pas trompée. Je t’ai reconnu aussitôt.
L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

(Sylvia Plath)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Je viens de là où l’on sait lire le ciel (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



Je viens de là où l’on sait lire le ciel et décrypter
le vent. Là où rien n’est fatalité, où l’imprévisible
s’accepte. Là où je n’aurais de cesse de dialoguer
avec graminées et pluies. Dans la filature des temps
j’ouvre la porte à l’étable des mots. J’essaie
d’atteindre le champ libre en courant dans la partition
de l’herbe, du vent et de la bouse. J’ai inscrit depuis
longtemps sur mon front les sillons de mes songes
et l’incertaine récolte de la vie…

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Je songe à la piété du sable (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



Je songe à la piété du sable
la fable du temps
autant de feuilles jaunies
dans les fouilles de ma parcelle
où se reflète le monde

L’immensité profonde de l’infime
fonde et proclame en moi
la flamme intime du silence
de ce qui sera d’avoir été
si lent, si jaillissant

Grande mathématique de lumière
qui thésaurise le temps
qui trésorise, qui complique
me dilemme, me dilue
ici bas, si battu
si habité dans ma parcelle

J’ai de la rouille dans le coeur
et le corps plein de trouille
c’est dans l’excessive mélancolie
qu’évolue l’inaccessible aberration

J’interroge les abers et les flaques
ici bas, si habité dans la parcelle
aux élégiaques syllabes
de l’empreinte atlantique

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Je marche dans la parole plurielle (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



Je marche dans la parole plurielle
d’un pays de haut vol.

Respirer un peu d’espace
est ma prière,
ma peine, fluidifiée
sur les herbes rases.

Rugissement de l’océan
autant de discours
du Grand Gardien du temps.

Un chemin céleste se dessine,
trace en moi le panthéos de l’aube.

Tout commence dans une goutte d’eau
où se lit le monde,
une bulle le respire,
un grain de sable le ferme,
dans les cercles des siècles …

Les rivages sont de fausses ruptures,
simplement des frontières
où s’échangent des densités.

La mer avale sa bave
dans une épilepsie de baleine,
reprend souffle,
râle les métamorphoses à venir …

J’entrevois tes pensées toi l’invisible,
l’habité du silence.

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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La mer (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



galet1

La mer laisse une œuvre
de cailloux finement percés
travail d’orfèvre qui contraste
avec la brutalité de sa force

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Les quatre sans cou (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



Les quatre sans cou

Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête,
Quatre à qui l’on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c’était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c’était du sang.

Quand ils couraient, c’était du vent,
Quand ils pleuraient, c’était vivant,
Quand ils dormaient, c’était sans regret.

Quand ils travaillaient, c’était méchant,
Quand ils rôdaient, c’était effrayant,
Quand ils jouaient, c’était différent,

Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c’était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c’était d’amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qu’il leur restait de sang.

Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdaient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.

Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leur croix
Quand devant elles ils passaient droits.

On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois.
Les ayant retrouvées à la chasse ou dans les fêtes,

Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Cela ne faisait peut-être pas l’affaire
Des chapeliers et des dentistes.
La gaîté des uns rend les autres tristes.

Les quatre sans cou vivent, c’est certain.
J’en connais un au moins un
Et peut-être aussi les trois autres.

Le premier, c’est Anatole,
Le second, c’est Croquignole,
Le troisième, c’est Barbemolle,
Le quatrième, c’est encore Anatole.

Je les vois de moins en moins,
C’est déprimant à la fin,
La fréquentation des gens trop malins .

(Robert Desnos)

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