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Poésie

Archive for 18 novembre 2015

Conte d’amour VIII (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Conte d’amour VIII

Ne ternis pas de pleurs les mystiques prunelles
De tes grands yeux navrés, striés d’or et d’agate ;
Laisse-la t’emporter, la berceuse frégate,
Par les immensités des vagues solennelles.

Triste, je rêverai, pendant mes nuits moroses,
De baisers alanguis et de caresses brusques,
De nids capitonnés où des coupes étrusques
S’exhalent les ennuis des chlorotiques roses.

Et l’absence irritant le désir qu’elle rive,
Ma passion tenace où le souvenir veille
Montera dans mon coeur, débordante et pareille
Aux fluviales eaux qui grondent sur la rive.

(Jean Moréas)

 

 

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Conte d’amour IX (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Conte d’amour IX

Nous marchions nous tenant par la main, dans la rue
Où sous les becs de gaz se heurte la cohue.
Sous les jasmins en fleur qui bordent le chemin,
A l’ombre nous marchions, nous tenant par la main.
Et ma joie est fanée avec le blanc jasmin.

Sa voix, perlant tout bas ses notes argentines,
Berçait mon coeur, ainsi qu’un psaume des matines.
Son baiser acharné, grisant comme les nuits,
Faisait sourire encor mon front chargé d’ennuis.
Et mes bras veufs en vain la cherchent dans les nuits.

(Jean Moréas)

 

 

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Conte d’amour XI (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Conte d’amour XI

La feuille des forêts
Qui tourne dans la bise
Là-bas, par les guérets,
La feuille des forêts
Qui tourne dans la bise,
Va-t-elle revenir

Verdir-la même tige ?
L’eau claire des ruisseaux
Qui passe claire et vive
A l’ombre des berceaux,
L’eau claire des ruisseaux
Qui passe claire et vive,
Va-t-elle retourner
Baigner la même rive ?

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Les bonnes souvenances (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Les bonnes souvenances

Irisant le ciel gris de nos mornes pensées,
Ravivant les soleils éteints des renouveaux,
Elles passent toujours au fond de nos cerveaux,
Un bon souris sur des lèvres jamais plissées.
Leur prunelle est l’aurore, et leur natte tressée
Est fulgurante ainsi que l’éclat des flambeaux.
Leur prunelle est la nuit, et, sur le cou massée,
Leur chevelure est bleue ainsi que les corbeaux.

Aux accords pénétrants d’anciennes ritournelles,
Elles bercent nos coeurs pleins d’ennui; ce sont elles
Qui pansent doucement nos blessures mortelles,
Elles qui, sur nos cils, viendront sécher nos pleurs.
Et le temps, émondeur de beautés et de fleurs,
Met sur leur front vieilli de plus fraîches couleurs.

(Jean Moréas)

Illustration: Malinowsky

 

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La Carmencita (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



John Singer Sargent La_Carmencita_ba

La Carmencita

Pauvre enfant, tes prunelles vierges,
Malgré leur feu diamanté,
Dans mon coeur, temple dévasté,
Ne rallumeraient pas les cierges.

Pauvre enfant, les sons de ta voix
Telles les harpes séraphiques-
De mes souvenirs maléfiques
Ne couvriraient pas les abois.

Pauvre enfant, de tes lèvres vaines,
La miraculeuse liqueur
N’adoucirait pas la rancoeur
Qui tarit la vie en mes veines.

Pareil au climat meurtrier
Déserté de toute colombe,
Et pareil à la triste tombe,
Où l’on ne vient jamais prier,

O la trop tard-au cours du fleuve
Inéluctable, je m’en vais,
Ayant au gré des vents mauvais
Effeuillé ma couronne neuve.

(Jean Moréas)

 Illustration: John Singer Sargent

 

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Dans la basilique II (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Dans la basilique II

Dans la chambre rose où les lilas blancs
Mêlaient leurs parfums aux tiédeurs des bûches,
Cette présidente en peignoir à ruches,
Quand elle jouait avec ses perruches,
Sangdieu ! Qu’elle avait des regards troublants !

Tu n’as pas cueilli les beaux lilas blancs,
Tu n’as pas cherché les secrets troublants
Du peignoir à traîne avecque des ruches,
Dans la chambre rose où les lilas blancs
Mêlaient leurs parfums aux tiédeurs des bûches.

(Jean Moréas)

 

 

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Le démoniaque (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Le démoniaque

Ai-je sucé les sucs d’innommés magistères ?
Quel succube au pied bot m’a-t-il donc envoûté ?
Oh ! Ne l’être plus, oh ! Ne l’avoir pas été !
Suc maléfique, ô magistères délétères !

Point d’holocauste offert sur les autels des Tyrs,
Point d’âpres cauchemars, d’affres épileptiques !
Seuls les rêves pareils aux ciels clairs des tryptiques,
Seuls les désirs nimbés du halo des martyrs !

Qui me rendra jamais l’hermine primitive,
Et le lis virginal, et la sainte forêt
Où, dans le chant des luths, Viviane apparaît
Versant les philtres de sa lèvre fugitive !

Hélas ! Hélas ! Au fond de l’Erèbe épaissi,
J’entends râler mon coeur criblé comme une cible.
Viendra-t-on te briser, sortilège invincible ? –
Hâte-toi, hâte-toi, bon Devin, car voici

Que l’automne se met à secouer les roses,
Et que les jours rieurs s’effacent au lointain,
Et qu’il va s’éteignant le suave matin :
Et demain, c’est trop tard pour les métamorphoses !

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Passe-temps (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Passe-temps

Blanc satin neuf, oeuf de couvée fraîche,
Neige qui ne fond,
Que vos tétins, l’un à l’autre revêche,
Si tant clairs ne sont.

Chapelets de fine émeraude, ophites,
Ambre coscoté,
Semblables aux yeux dont soulas me fîtes,
Onques n’ont été.

Votre crêpe chef le soleil efface,
Et votre couleur
Fait se dépiter la cerise, et passe
La rose en sa fleur.

Joncade, coings farcis de frite crème,
Pâté, tarte (ô vous ! ),
Que vos gras baisers, voire de carême,
Ne sont pas plus doux.

(Jean Moréas)

Illustration: Octavio Ocampo

 

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Intimité (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Intimité

Les rumeurs des hommes et des choses
Comme un flot expiré se sont tues.
Tes beaux desseins que tu prostitues,
O mon cœur, compte-les, si tu l’oses.

Des détritus de bouquets de roses
Parfument les brises abattues.
Compte tes fiertés condescendues,
Et tes vains essors aux ailes closes.

Mais le doux ciel d’une nuit d’été
Bénit le sommeil de la cité ;
Au sort, va, n’en gardons pas rancune !

Puisque la vie est un sottisier,
Que je fume en face de la lune
Ma bonne pipe de merisier !

(Jean Moréas)

 

 

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Notre mouvement (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Danny Quirk g111 [1280x768]

Notre mouvement

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses
Le jour est paresseux mais la nuit est active
Un bol d’air à midi la nuit le filtre et l’use
La nuit ne laisse pas de poussière sur nous

Mais cet écho qui roule tout le long du jour
Cet écho hors du temps d’angoisse ou de caresses
Cet enchaînement brut des mondes insipides
Et des mondes sensibles son soleil est double

Sommes-nous près ou loin de notre conscience
Où sont nos bornes nos racines notre but

Le long plaisir pourtant de nos métamorphoses
Squelettes s’animant dans les murs pourrissants
Les rendez-vous donnés aux formes insensées
À la chair ingénieuse aux aveugles voyants

Les rendez-vous donnés par la face au profil
Par la souffrance à la santé par la lumière
À la forêt par la montagne à la vallée
Par la mine à la fleur par la perle au soleil

Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre
Nous naissons de partout nous sommes sans limites

(Paul Eluard)

Illustration: Danny Quirk

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