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Poésie

Archive for 23 novembre 2015

(SUR LA VILLE DE SAINT-PÉTERSBOURG) (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015




(SUR LA VILLE DE SAINT-PÉTERSBOURG)

Luxueuse, miséreuse,
grande allure, esprit servile,
firmament d’un vert pâli,
toute gel, granit, ennui –
à mes yeux tu trouves grâce
pour m’avoir parfois montré
la pointe d’un pied menu,
une boucle d’or vrillé.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

http://arbreaphotos.wordpress.com/2011/06/25/grand-wk-a-saint-petersbourg-14/

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LE CHANTEUR (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015




LE CHANTEUR

Avez-vous entendu aux bois la voix nocturne
du poète d’amour chantant son infortune ?
Lorsque les champs au matin se taisaient,
ce chant pur et traînant du pipeau,
l’avez-vous entendu ?

L’avez-vous rencontré au plus sombre des bois,
le poète d’amour chantant son infortune ?
Avez-vous reconnu la trace de ses larmes,
son sourire, ses yeux, voilés par la langueur ?
L’avez-vous rencontré ?

Avez-vous soupiré, oyant la douce voix
du poète d’amour chantant son infortune ?
Voyant l’adolescent errer dans la forêt
et croisant le regard de ses yeux embués,
avez-vous soupiré ?

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: David Jay Spyker

 

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Combien il a vu juste (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



Ernest Pignon-Ernest extases 2

Combien il a vu juste celui qui inventa cette formule : l’être pour mourir !
Car chaque existence aboutit à cela : rien.

Se dire qu’un être unique, irremplaçable, a fait place à une abstraction,
s’enfoncer cette évidence dans la cervelle, prendre le monde en haine,
se révolter ou acheter la résignation contre de petites lâchetés accumulées,
se tirer une balle dans la tête
ou s’en aller doucement vers le gâtisme comme un fonctionnaire vers sa retraite,

tout revient au même : le dénominateur commun.

(André Hardellet)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

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Pour une minute de vie (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015




pour une minute de vie
brève et unique aux yeux ouverts
une minute où l’on verrait
dans le cerveau de menues fleurs
dansant comme des mots dans la bouche d’un muet

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Joséphine Wall

 

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Âge,voyages et paysages (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



 

Âge,voyages et paysages

Rien ne ressemble plus à l’inspiration
Que l’ivresse d’une matinée de printemps,
Que le désir d’une femme.
Ne plus être soi, être chacun.
Poser ses pieds sur terre avec agilité.
Savourer l’air qu’on respire.
Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.
Les plaisirs de la vie.
Le vin qu’on boit avec ses camarades.
L’amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l’on chante en marchant sur la route.
Le lit où l’on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.
Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses
dont on ose refuser la possession aux hommes.

J’aime et je chante le printemps fleuri
J’aime et je chante l’été avec ses fruits
J’aime et je chante la joie de vivre
J’aime et je chante le printemps
J’aime et je chante l’été, saison dans laquelle je suis né.

(Robert Desnos)

Illustration: Kristoff L

 

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Le myosotis (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



 

Le myosotis

Ayant perdu toute mémoire
Un myosotis s’ennuyait.
Voulait-il conter une histoire ?
Dès le début, il l’oubliait.
Pas de passé, pas d’avenir,
Myosotis sans souvenir.

(Robert Desnos)

 

 

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NOTRE TOUR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



 

NOTRE TOUR

J’ai vu un projet de maison
Beau rêve élancé à l’échelle d’un centième
Tout autour les fenêtres tournoyaient
Enveloppant la tour de tant de lumière
Que du blanc de la page soufflait
L’air pur des hauteurs agité par les ailes

Fenêtres fenêtres cadres qui nous attendent
Points fertiles de l’espace
Où le visage de nos désirs
Vient et nous fait lever 1a tête

Là-haut j’aurais voulu vivre longtemps sans redescendre

Beau rêve précis on avait tout prévu l’avenir
Etait là déjà à chaque étage et j’ai tout vu
Les murs de verre les jardins inattendus
Les terrasses reflétant une carte du ciel
Alcôves où le sommeil était image de survie
Les baignoires donnant des moulages parfaits
Et des chambres avaient pour trésor le silence
Dans l’ambre des cloisons et des jets d’eau
Attendaient le signal de la grâce

L’homme déjà rêve très bien
Il dorme des mesures si précises à ses désirs
Qu’autour de lui voilà que les lignes s’allongent
Montent s’échafaudent
Et parfois il sait agir de même

Mais éviter l’éclair affreux de la discorde
Et célébrer sur la plus haute tour
L’instant sacré quand les bâtisseurs de très haut
Verront tous les hommes semblables
Comme des frères
Alors plus rien ne pourra t’empêcher d’exister
O splendide palais de la réalité

(Ernest Delève)

Illustration: Michael Whelan

 

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La route (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



 

Jane Whiting Chrzanoska 1948 - American painter -  (14)

La route

Une route est près d’ici,
J’entends le bruit des voitures,
Le vent, les pas indécis
D’une lourde créature
Qui va, qui vient, qui soupire,
Trébuche sur les cailloux,
Implore, mendie, expire.
Est-ce un dieu? Est-ce un voyou?

Lourdement sa main se dresse
Sur la prairie des cheveux.
Elle esquisse une caresse
Et crispe ses doigts nerveux.
Enfin le restant du corps
Surgit droit jusqu’aux nuages
Et le soleil couvre d’or
Le géant des marécages.

Est-ce Hercule? Ou est-ce Atlas?
Il marche à travers la plaine.
De son long sans un hélas
Il tombe et perd son haleine.
Il recouvre de sa masse
Le paysage en entier
Et puis plus rien, plus de trace,
Ni colline, ni sentier.

Moins réel que les mirages
Ainsi disparaît celui
Qui voulait dicter aux âges,
Aux vents, aux jours et aux nuits.

(Robert Desnos)

Illustration: Jane Whiting Chrzanoska

 

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Vaincre le jour, vaincre la nuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



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Vaincre le jour, vaincre la nuit,
Vaincre le temps qui colle à moi,
Tout ce silence, tout ce bruit,
Ma faim, mon destin, mon horrible froid.

Vaincre ce coeur, le mettre à nu,
Écraser ce corps plein de fables
Pour le plonger dans l’inconnu,
Dans l’insensible, dans l’impénétrable.

Briser enfin, jeter au noir
Des égouts ces vieilles idoles,
Convertir la haine en espoir,
En de saintes les mauvaises paroles.

Mais mon temps n’est-il pas perdu ?
Tu m’as pris tout le sang, Paris.
À ton cou je suis ce pendu,
Ce libertaire qui pleure et qui rit.

(Robert Desnos)

Illustration

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Printemps (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015



Françoise Lallemand reflets-dans-un-lavoir--redim-rec

Printemps

Tu, Rrose Sélavy, hors de ces bornes erres
Dans un printemps en proie aux sueurs de l’amour,
Aux parfums de la rose éclose aux murs des tours,
à la fermentation des eaux et de la terre.

Sanglant, la rose au flanc, le danseur, corps de pierre
Paraît sur le théâtre au milieu des labours.
Un peuple de muets d’aveugles et de sourds
applaudira sa danse et sa mort printanière.

C’est dit. Mais la parole inscrite dans la suie
S’efface au gré des vents sous les doigts de la pluie
Pourtant nous l’entendons et lui obéissons.

Au lavoir où l’eau coule un nuage simule
A la fois le savon, la tempête et recule
l’instant où le soleil fleurira les buissons.

(Robert Desnos)

Illustration: Françoise Lallemand

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