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Poésie

Archive for 8 décembre 2015

L’OMBRE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



 

L’OMBRE

Jamais d’accord jamais entier
Son ombre souffre où il se plaît
Où son ombre s’amuse
Il attend à la porte indigné

(Ernest Delève)

Illustration

 

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Les branches bougent suivies de rien (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015


arbres

 

Nul ne les voit, hormis l’attente
insignifiante du mot qui effleure
comme effleure l’aile de la mouette
à distance si courte de la mer.

En somme, une attente au but
continûment différé.

Pénurie du regard – les branches bougent
suivies de rien.

(Michel Dugué)

Illustration

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Bohémiens, Hellequins, Roulottiers (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015


VanGogh

 

Les Bohémiens sont revenus
Vautrés autour de la roulotte
Où gambadent des enfants nus
Dans l’odeur d’ail et d’asphodèle.

On voit rôder dans la chanson
Du graillon, des frites heureuses,
Un vieux tapir, un hérisson
Bourru, grognard et philosophe,

Des chiens, silencieux lémures,
Plus maigres que des lévriers,
Chiens errants, veufs de compagnie
Ces animaux n’ont point d’amis.

Des ânes tondus et pelés,
Aux dents longues comme la mort,
Contemplent les badauds troublés
Ivres d’un silencieux remords.

Leur repas bref est terminé :
L’homme saisit une guitare
Et joue des airs mélancoliques
En attendant que la nuit tombe.

Mais le soir un spectacle d’or
Fleurit sur la place publique
Et fait trembler jusqu’aux étoiles
Dans les sidéraux interstices.

(Maurice Fombeure)

 

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Les jardins de minuit (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



 

Guillaume Bourquin   Bleu 1 2003

Les jardins de minuit
Ont des immenses grilles
Belles ténébreuses harpes
Où l’on crucifie
Les amants condamnés
A sept ans de malheur
Les jardins de minuit
Ont de longues aiguilles
Qui blessent le coeur des rêveurs

Les jardins de minuit
Ont des grands miroirs noirs
Où les chagrins vont voir
L’ange qui sombre méprisé
Par l’ange de la réalité

Les jardins de minuit
Ont des froides allées
Où les délaissés
Promènent longtemps
L’aura de l’absence

Les jardins de minuit
Ont des arbres fidèles
Qui nous donnent leur sève
Pour faire fleurir les flèches
Que nous avons au coeur

Les jardins de minuit
Ont des arbres trompeurs
Et qui nous mènent loin
Dans des forêts sauvages
Ils vont jusqu’au matin

Les forêts de minuit
Ont des grandes épines
Qui vont jusqu’aux étoiles
Qui vont jusqu’à nos larmes
Qui nous vont jusqu’au coeur

(Ernest Delève)

Illustration: Guillaume Bourquin

 

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FEUILLE BLANCHE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



 

FEUILLE BLANCHE

Quel trait savant de plume d’ange
Nous fit cette belle blessure
Le mal et ses fioritures

Le front fêlé comme un miroir
Où nulle femme ne vient voir

La bouche amère qui n’a plus
Savouré le fruit défendu

Un tout petit souci qui crie
Le cri de la poulie
Jusqu’au coeur de la nuit
Tant il voudrait sortir du puits
Un seau d’étoiles

Une très petite joie
Fébrilement se bat les flancs
Pour avoir des ailes géantes
Tant elle a peur de retomber
Comme les étoiles filantes

Mais une parcelle de nuit
S’envole d’une nuit de noces
Et va se percher sur l’arbre
Ebloui par excès de sève

Et chante seule l’inouïe
Nuit d’amour parfaite
O rossignol grâce à toi
J’entends le bonheur des autres

Ta réserve d’air pur
Fait un flambeau de bulles
Un bouquet d’étoiles
Pour tous les amants

La lumière me vient
D’un nuage en fête
Eclairant les fenêtres
Ces cristaux du festin

Où trône l’aimée
Jamais oubliée
Puisqu’elle est dans les yeux
De ceux qui sont heureux

De ses lèvres vient l’haleine
Par qui traversent la nuit
Ces étincelles de graines
Des parterres de minuit

Et peut-être mon jardin vide
En sera-t-il un peu fleuri

Pendant que cette feuille blanche
Tombe de l’arbre de la nuit

(Ernest Delève)

 

 

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INTERMEDE (Aragon)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



INTERMEDE

Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule
Comme ta joue à mon épaule
Comme la paupière l’œil dos
Une barque s’en va sur l’eau
sur l’eau
Comme fait la feuille du saule

Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire
Qui tant ressemble la mémoire
Et comme la mémoire fuit
Elle fend sans heurt et sans bruit
sans bruit
La rivière profonde et noire

Un rire léger qui s’éteint
s’éteint
Une chanson des robes claires
Ce n’est pas pour chercher à plaire
Est-ce le soir ou le matin
Un rire léger qui s’éteint
s’éteint
Une chanson des robes claires

La barque vire tourne et vient
et vient
Innocemment vers le rivage

Chercher caresse du feuillage
Où le coeur battant je me tiens
La barque vire tourne et vient
et vient
Innocemment vers le rivage
Par-dessus bord ii pend un bras
un bras
Lisse et doré de jeune fille

La barque oscille sur sa quille
Comme d’un lit sortait des draps
Par-dessus bord il pend un bras
un bras
Lisse et doré de jeune fille
Les cheveux de l’autre debout
debout
En approchant
touchent les branches
Elle y accroche sa main blanche
La première se penche au bout
Les cheveux de l’autre debout
debout
En approchant touchent les branches

Et la troisième qui me voit
me voit
Que dirais-je de la troisième
sinon que c’est elle que j’aime
Elle chante et j’entends sa voix
C’est la troisième qui me voit
et voit
Ce que je dis de la troisième

(Aragon)


Illustration: Claude Monet

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Soudain le froid passe entre nos doigts (Marcelin Pleynet)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015




Soudain le froid passe entre nos doigts
Soudain entre nos jeux de glace
Soudain l’ivoire de l’âme se plante en nous

(Marcelin Pleynet)

 

 

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Le plus nu silence (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015


paysage lunaire

 

Paysage lunaire
où le plus nu silence
approche le mot juste

(Michel Dugué)

Illustration

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Aucun de nous ne tient seul (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



Aucun de nous
ne tient seul.

Il lui faut outre les os
une parole – fût-elle économe.

Alors le jour contemporain s’éclaire
un peu.

(Michel Dugué)


Illustration

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Phénix (José Ángel Valente)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015




Phénix

RESTER
Dans ce qui reste
après le feu,
résidu, seule
racine du chant possible.

***

Fénix

QUEDAR
en lo que queda
después del fuego,
residuo, sola
raíz de lo cantable.

(José Ángel Valente)

 

 

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