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Poésie

Archive for 11 décembre 2015

La dame de l’automne (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



La dame de l’automne

La dame de l’automne écrase les feuilles mortes
Dans l’allée des souvenirs :
C’était ici ou là… le vent passe et emporte
Les feuilles de nos désirs.

Ô vent, emporte aussi mon cœur : il est si lourd !

La dame de l’automne cueille des chrysanthèmes
Dans le jardin sans soleil :
C’est là que fleurissaient les roses pâles que j’aime,
Les roses pâles au cœur vermeil.

Ô soleil, feras-tu fleurir encore mes roses ?

La dame de l’automne tremble comme un oiseau
Dans l’air incertain du soir :
C’était ici ou là, et le ciel était beau
Et nos yeux remplis d’espoir.

Ô ciel, as-tu encore des étoiles et des songes ?

La dame de l’automne a laissé son jardin
Tout dépeuplé par l’automne :
C’était là… Nos cœurs eurent des moments divins…
Le vent passe et je frissonne…

Ô vent qui passe, emporte mon cœur : il est si lourd !

(Remy de Gourmont)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson

 

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Chanson de l’automne (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Chanson de l’automne

Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.
L’automne humide et monotone,
Mais les feuilles des cerisiers
Et les fruits mûrs des églantiers
Sont rouges comme des baisers,
Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.

Viens, mon amie, le rude automne
Serre son manteau et frissonne
Mais le soleil a des douceurs ;
Dans l’air léger comme ton cœur,
La brume berce sa langueur,
Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.

Viens, mon amie, le vent d’automne
Sanglote comme une personne.
Et dans les buissons entr’ouverts
La ronce tord ses bras pervers,
Mais les chênes sont toujours verts,
Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.

Viens, mon amie, le vent d’automne
Durement gronde et nous sermonne,
Des mots sifflent par les sentiers,
Mais on entend dans les halliers
Le doux bruit d’ailes des ramiers,
Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.

Viens, mon amie, le triste automne
Aux bras de l’hiver s’abandonne,
Mais l’herbe de l’été repousse,
La dernière bruyère est douce,
Et l’on croit voir fleurir la mousse,
Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.

Viens, mon amie, viens, c’est l’automne,
Tout nus les peupliers frissonnent,
Mais leur feuillage n’est pas mort ;
Gonflant sa robe couleur d’or,
Il danse, il danse, il danse encor,
Viens, mon amie, viens, c’est l’automne.

(Remy de Gourmont)

Illustration

 

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La dame de l’été (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



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La dame de l’été

Sous les yeux d’or des églantines blanches,
Les liserons grimpent autour des fougères.
La fleur des ronces met des petites croix blanches
Dans la haie d’où surgissent les fougères.

L’herbe des prés ondule en vagues blondes,
Qui vont mourir sous les pas du faucheur,
Il y a dans l’herbe des ailes bleues, des ailes blondes,
Et la grande aile noire de la faux du faucheur.

Alors j’ai vu, assise près d’une source,
Cueillant des joncs pour lier ses cheveux,
Une femme aux yeux clairs comme une source,
Qui me permit de baiser ses cheveux.

Et je fus plein d’amour pour les yeux verts
De la dame de l’été qui vient sourire
Au bord des sentiers, au fond des bois verts,
Et mirer dans les sources son beau sourire.

(Remy de Gourmont)

Illustration

 

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L’église (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



L’église

Simone, je veux bien. Les bruits du soir
Sont doux comme un cantique chanté par des enfants.
L’église obscure ressemble à un vieux manoir ;
Les roses ont une odeur grave d’amour et d’encens.

Je veux bien, nous irons lentement et bien sages,
Salués par les gens qui reviennent des foins ;
J’ouvrirai la barrière d’avance à ton passage,
Et le chien nous suivra longtemps d’un œil chagrin.

Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes
Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour,
La lourde nef pareille à une bête de somme
Chargée du poids de nos péchés de tous les jours ;

Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail
Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier ;
Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail
Et un petit enfant qui dort chez un fermier.

Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix,
Le coq, les gonds et les ferrures de la porte ;
À ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois
Qui est représentée les mains jointes et morte.

Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze
Des cloches où l’on jetait un petit agneau d’or,
A ceux qui ont creusé, en l’an mil deux cent onze,
Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor ;

À ceux qui ont tissé la tunique de lin
Pendue sous un rideau à gauche de l’autel ;
À ceux qui ont chanté au livre du lutrin ;
À ceux qui ont doré les fermoirs du missel.

Je songerai aux mains qui ont touché l’hostie,
Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé ;
Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies ;
Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré.

Je songerai aussi aux morts du cimetière,
A ceux qui ne sont plus que de l’herbe et des fleurs,
À ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres,
À la croix qui les garde jusqu’à la dernière heure.

Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close ;
Nous aurons l’air de fantômes sous les sapins,
Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses,
Au chien qui nous attend, aux roses du jardin.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Le brouillard (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Le brouillard

Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,
Nous irons comme en barque à travers le brouillard.

Nous irons vers les îles de beauté où les femmes
Sont belles comme des arbres et nues comme des âmes ;
Nous irons vers les îles où les hommes sont doux
Comme des lions, avec des cheveux longs et roux.
Viens, le monde incréé attend de notre rêve
Ses lois, ses joies, les dieux qui font fleurir la sève
Et le vent qui fait luire et bruire les feuilles.
Viens, le monde innocent va sortir d’un cercueil.

Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,
Nous irons comme en barque à travers le brouillard.

Nous irons vers les îles où il y a des montagnes
D’où l’on voit l’étendue paisible des campagnes,
Avec des animaux heureux de brouter l’herbe,
Des bergers qui ressemblent à des saules, et des gerbes
Qu’on monte avec des fourches sur le dos des charrettes.
Il fait encore soleil et les moutons s’arrêtent
Près de l’étable, devant la porte du jardin,
Qui sent la pimprenelle, l’estragon et le thym.

Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,
Nous irons comme en barque à travers le brouillard.

Nous irons vers les îles où les pins gris et bleus
Chantent quand le vent d’ouest passe entre leurs cheveux.
Nous écouterons, couchés sous leur ombre odorante,
La plainte des esprits que le désir tourmente
Et qui attendent l’heure où leur chair doit revivre.
Viens, l’infini se trouble et rit, le monde est ivre :
Nous entendrons peut-être, en rêvant sous les pins,
Des mots d’amour, des mots divins, des mots lointains.

Simone, mets ton manteau et tes gros sabots noirs,
Nous irons comme en barque à travers le brouillard.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Zite (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



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Zite

Sainte aux yeux doux, sainte en bonnet, sainte en sabots,
Zite dont l’oratoire était une cuisine,
Zite, qui pour marmitons avait les Anges du ciel,
Zite, bon cœur, bon feu, bonne soupe et bon gîte,
Zite aux mains rouges fleuries de menthe et d’estragon,
Sainte Zite, mettez la table où s’attable l’Amour.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Arnould de Vuez

 

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Jeanne (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Jeanne

Bergère née en Lorraine,
Jeanne qui avez gardé les moutons en robe de futaine,
Et qui avez pleuré aux misères du peuple de France,
Et qui avez conduit le Roi à Reims parmi les lances,
Jeanne qui étiez un arc, une croix, un glaive, un cœur, une lance,
Jeanne que les gens aimaient comme leur père et leur mère,
Jeanne blessée et prise, mise au cachot par les Anglais,
Jeanne brûlée à Rouen par les Anglais,
Jeanne qui ressemblez à un ange en colère,
Jeanne d’Arc, mettez beaucoup de colère dans nos cœurs.

(Remy de Gourmont)

 Illustration: Charles Victor Thirion

 

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Colette (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



SAINTE COLETTE [800x600]

Colette

Douloureuse beauté cachée dans la prière,
Colette, dure à son cœur et plus dure à sa chair,
Colette prisonnière dans les cloîtres amers
Où les colliers d’amour sont des chaînes de fer,
Colette qui pour mourir se coucha sur la terre,
Colette après sa mort restée fraîche comme une pierre,
Sainte Colette, que nos cœurs deviennent durs comme des pierres.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Catherine (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



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Catherine

Contemplatrice héroïque du Rêve,
Catherine que le démon battait comme la mer
Bat le sable innocent des dunes et des grèves,
Catherine visitée par Jésus familièrement
– Jésus venait chanter le psautier avec elle, –
Catherine au front orné du diadème sanglant,
Catherine pleine de larmes, pleine de charmes, pleine de songes,
Sainte Catherine, protégez nos âmes pleines de songes.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Dédicace (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



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Dédicace

Ô pérégrines qui cheminez songeuses,
Songeant peut-être à des roses lointaines,
Pendant que la poussière et le soleil des plaines
Ont brûlé vos bras nus et votre âme incertaine,
Ô pérégrines qui cheminez songeuses,
Songeant peut-être à des roses lointaines !

Voici la route qui mène à la montagne,
Voici la claire fontaine où fleurissent les baumes,
Voici le bois plein d’ombre et d’anémones,
Voici les pins, voici la paix, voici les dômes,
Voici la route qui mène à la montagne,
Voici la claire fontaine où fleurissent les baumes !

Ô pérégrines qui cheminez songeuses,
Suivez la voix qui vous appelle au ciel :
Les arbres ont des feuillages aussi doux que le miel
Et les femmes au cœur pur y deviennent plus belles.
Ô pérégrines qui cheminez songeuses,
Suivez la voix qui vous appelle au ciel.

(Remy de Gourmont)

Illustration

 

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