Arbrealettres

Poésie

Archive for 19 décembre 2015

HERAT HORA (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




HERAT HORA

« Merci, quoi qu’il advienne. » Puis elle se retourna
Et, comme le rayon de soleil sur les fleurs penchées
S’évanouit quand le vent les a redressées, glissa
De mes bras. Et même, quoi qu’il advienne,
Une seule heure fut soleil et les dieux les plus puissants
Ne peuvent se vanter d’avoir connu plaisir plus grand
Que celui de regarder cette heure s’écouler.

(Ezra Pound)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Assis sur un fagot, une pipe à la main (Marc-Antoine Girard de Saint-Amant)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixés vers terre, et l’âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir qui me remet du jour au lendemain,
Essaye à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un Empereur Romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent :

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d’espérance,
Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent.

(Marc-Antoine Girard de Saint-Amant)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Il passe toujours un nuage (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015



Il passe toujours un nuage
Pour nous distraire à nous-même
Il vole toujours un oiseau
Pour nous enlever à la terre

Il passe toujours une étoile
Pour nous ôter au troupeau
Il naît toujours une fleur
Pour nous enlever aux oiseaux

Il vient toujours une insecte
Qui nous ravit à la fleur
Il accourt toujours une vague
Pour nous ôter à ce qui meurt

(Max-Pol Fouchet)

Illustration: Rafal Olbinski

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Doux comme un gant (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015



Mon cadavre est doux comme un gant
Doux comme un gant de peau glacée
Et mes prunelles effacées
Font de mes yeux des cailloux blancs.

Deux cailloux blancs dans mon visage,
Dans le silence deux muets
Ombrés encore d’un secret
Et lourds du poids mort des images.

Mes doigts tant de fois égarés
Sont joints en attitude sainte
Appuyés au creux de mes plaintes
Au nœud de mon cœur arrêté.

Et mes deux pieds sont les montagnes,
Les deux derniers monts que j’ai vus
À la minute où j’ai perdu
La course que les années gagnent.

Mon souvenir est ressemblant,
Enfants emportez-le bien vite,
Allez, allez, ma vie est dite.
Mon cadavre est doux comme un gant.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: John Everett Millais

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 5 Comments »

Complicité (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015



Complicité

Toi et moi nous tenons tout le ciel dans nos mains
Caressons le soleil sur le faîte du mur
Et respirons un air plus pur
Qui frissonne dans le lointain
Tu m’offres les fruits que tu cueilles
Dans la joie de la sève et le rire des feuilles

Nous chantons dans le vent
Emportés par sa course
Et dans ton beau regard de source
Je lis un désir de clarté
Un grand souffle de liberté
Nous pousse jusqu’à l’horizon

Nous ôtons les toits des maisons
Pour y faire entrer le printemps
Avec tous les oiseaux chantants
Et l’odeur de l’herbe des champ
Qui monte à l’heure du couchant

Le bois s’éloigne
Nous ne l’atteindrons jamais
Pour nous cacher aux regards indiscrets
Qui veulent nous empêcher de nous aimer
Et la plaine est trop vaste à traverser
Pour être à l’abri

La trace de nos pas
S’effacera dans le sable
Mais restera gravée dans la glaise
Pour nous dénoncer.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Hugues Gillet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

LA MAISON DES SPLENDEURS (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




LA MAISON DES SPLENDEURS

C’est la maison d’Evanoe,
Que les mains n’ont pas édifiée,
Mais quelque part, par-delà les chemins du monde
Son or s’étend, dessus, partout, tissé,
D’où sont façonnés des murs et d’étranges chemins.

Et j’ai vu ma dame dans le soleil,
Les cheveux épars, faisceau ailé,
Et rouge était le soleil derrière toute la scène.

Et je l’ai vue là, dans sa maison,
Six imposants saphirs étaient suspendus au mur,
Sur le bas, tels des panneaux, à la hauteur de ses genoux,
Et toute sa robe était tissée d’or pâle.

Il y a là maintes pièces, toutes d’or,
De murs tissés, soigneusement ornés, émaillés,
De travail martelé; et à travers la pierre bordeau
S’applique à tisser la lumière d’or.

Mon amour pour elle m’a conduit ici,
Vois cette adoration
Qui me rend lucide, il y a en cela des pouvoirs
Qui, mis en oeuvre par les vertus de son âme,
Font éclater les murs solides du temps immuable.

(Ezra Pound)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans ce lent flot de lumière (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




Dans ce lent flot de lumière et de profondeurs variées,
Non! il n’y a rien! Rien de rien et de tout.
Rien qui soit vraiment à toi.
Pourtant ce rien, c’est toi.

(Ezra Pound)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

AKR CAAR (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




AKR CAAR

« Je suis ton âme, Nikoptis. J’ai veillé
Cinq millénaires durant, mais tes yeux morts
Ne bougeaient pas, ne répondaient pas à mon appel,
Et tes membres légers, où je bondissais, flamme de vie,
Ne brûlent pas avec moi ni avec le safran.

Vois, l’herbe tendre avait fleuri pour soutenir
Ta tête et l’embrasser d’une myriade de langues;
C’est aussi ce que j’attendais de toi.
J’ai lu tout l’or du mur
Et usé ma pensée sur ses signes.
Et rien de nouveau n’a jamais surgi.

J’ai été bonne. Vois, j’ai laissé les jarres scellées,
Te lèveras-tu pour réclamer ton vin?
Et j’ai gardé intactes tes tuniques.

Oh ingrat! Comment oublier?
– La rivière, voici longtemps…
La rivière? Tu étais jeune alors.
Et trois âmes vinrent à ta rencontre…
Et je vins.
Et je coulai en toi, pour les défaire
Ah j’ai été ton intime, j’ai connu tes secrets.
N’ai-je pas touché tes paumes et tes doigts,
Coulé en eux et à travers toi jusqu’aux talons?
Comment? N’étais-je pas toi et Toi?

Et nul soleil ne vient me secourir
Et je suis déchiqueté par l’ombre,
Et nulle lumière ne bat contre moi et tu ne dis
Pas un mot, jour après jour.
Oh je pourrais m’enfuir, malgré les signes
Et leur art subtil sur la porte, m’enfuir
À travers les champs trop verts…

Non, tout est plus calme ici :
Je ne pars pas. »

(Ezra Pound)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Vois, je t’ai vue par tes rêves prise (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




Vois, je t’ai vue par tes rêves prise,
Vois, j’ai connu ton coeur et son désir;
La vie, toute la vie, ma mer et tous les fleuves
Des hommes s’unissent en elle comme les flammes d’un feu d’autel!
Vois! tu n’as pas fait le voyage! Il est mien le vaisseau.

(Ezra Pound)

Illustration: Anita Travadel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

LE PLONGEON (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




LE PLONGEON

J’aimerais plonger dans l’Inconnu!
Tous ces conforts m’écrasent, m’étouffent!
Je brûle, je bous de trouver du Nouveau!
Nouveaux amis, visages nouveaux,
Lieux nouveaux!
Oh être loin
Ici j’ai tout ce que je veux
— sauf du Nouveau.
Et toi,
Mon amour, très désirée, toujours plus désirée!
Tous les murs, les rues, les pierres me dégoûtent,
La boue, la brume, le brouillard,
Toute cette circulation!
J’aurais voulu me baigner de ta présence
Mais loin d’ici!
Dans l’herbe et les champs et les collines,
Au soleil,
Oh, surtout au soleil,
Loin d’ici, parmi
des étrangers!

(Ezra Pound)

Illustration: Josephine Wall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :